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Brève synthèse des travaux des 10 dernières années
Mars 1992
CNEVA
Nombreux sont ceux qui s'interrogent depuis plusieurs années sur le rôle des pesticides dans des affaiblissements de colonies qui paraissent de plus en plus fréquents. Ils se traduisent par une diminution de population, une adynamie et nous constatons une mortalité de colonies régulièrement supérieure à 10% alors qu'il y a une vingtaine d'années la mortalité habituelle se situait aux alentours de 2%.
L'impact des pesticides sur la faune sauvage et notamment sur les insectes ne fait aucun doute et de nombreux travaux expérimentaux réalisés par plusieurs équipes dans le monde entier ont permis d'imputer aux pesticides des réductions de population voire des disparitions par mortalité directe ou par des effets moins immédiatement visibles sur la reproduction, la longévité, le dynamisme ou le capital génétique. L'abeille fait partie de cette faune et il est tout à fait légitime de s'interroger sur l'influence des pesticides sur sa survie et son activité.
Depuis 10 ans le CNEVA-LPPRA a mené un certain nombre de travaux afin de préciser si les pesticides pouvaient intervenir dans les dépopulations constatées et comment ils intervenaient. Ainsi, successivement ou parallèlement :
Nous nous sommes interrogés sur la valeur des analyses qui sont mises en œuvre pour déceler une intoxication sur le terrain : un essai inter laboratoire, (1), a permis de conclure qu'on ne pouvait pas, même dans les meilleures conditions, déceler à l'analyse les doses auxquelles peuvent être soumises les abeilles; au mieux, l'analyse permet de récupérer 10% à 30% de la dose initiale. Ceci prouve que la référence à la DL50 pour conclure à une intoxication après une analyse chimique est totalement inadéquate.
Nous sommes intervenus fréquemment sur le terrain dans des cas de mortalités importantes ou de dépopulations graves afin d'en cerner les causes. Nous avons pu constater les symptômes d'affaiblissement sans pouvoir les rapporter à une cause infectieuse ou climatique.
Nous avons mené des essais expérimentaux en condition de terrain: Des essais ont été conduits avec la Deltaméthrine ou au champ afin d'observer précisément l'effet d'épandages dans les conditions normales d'emploi. S'il n'a pas été possible de conclure péremptoirement sur des effets néfastes (puisque en fin d'essai nous avons retrouvé de la Deltaméthrine aussi bien sur le champ témoin non traité que sur le champ traité) cette expérimentation a permis de constater les symptômes d'affaiblissement décrits par les apiculteurs et que nous avions observés lors de visites sur le terrain effectuées à leurs demandes. Elle a permis de montrer également que dans les conditions normales d'emploi l'abeille pouvait être en contact avec le produit et le ramener à la ruche par le pollen et ce non seulement à des doses supérieures à la DL50 mais aussi, bien après la période des 3 jours où le phénomène de " répulsivité " est censé éviter l'intoxication des abeilles. Elle a permis de montrer par des essais complémentaires en laboratoire que, à 17° (au lieu de 25° recommandé) la DL50 est divisée par 5 or en période d'épandages (printemps pour le colza) on est plus près de 17 que de 25°. Enfin cet essai prouve que le produit peut se retrouver sur les plantes à des périodes et en des lieux suffisamment éloignés de l'épandage pour remettre en question les données admises en la matière.
Nous avons mené une enquête écopathologique (2) portant sur une année, 10 départements, 17 ruchers. Grâce à des prélèvements hebdomadaires, cette enquête a permis la mise en évidence de résidus de pesticides dans tous les ruchers et pendant toute la période de végétation, une pollution particulièrement importante des pollens ramenés à la ruche avec souvent plusieurs produits dans un même échantillon et ce même dans des zones où les épandages sont peu fréquents. Ces résultats remettent donc aussi en question les données admises sur la persistance et la diffusion des pesticides. Ils nous interrogent également sur les conséquences que peuvent avoir les quantités non négligeables de produits qui sont introduits dans la colonie grâce au pollen. Notons que parmi ces produits figurent en bonne place pour la quantité et la fréquence les fongicides et les herbicides qui ne sont pas tous dénués de toxicité.
Nous menons des essais de toxicité aiguë et subaigu afin d'évaluer la pertinence des références actuelles (DL50) pour juger des risques encourus par l'abeille lors d'épandages de pesticides. Ce que nous pouvons dire au vu de nos expériences c'est que: la DL50 situe très approximativement le produit sur une échelle de toxicité immédiate et dans des conditions très différentes du terrain. Elle varie avec l'âge des abeilles, selon que l'on observe la mortalité après 1, 2, 3, ou 20 jours. Les essais qui sont menés sous cage ou au champ quand le produit s'avère toxique au laboratoire, ne permettent pas, le plus souvent, de conclure sans ambiguïté.
Aucun de ces essais n'évalue l'impact des pesticides sur la colonie elle même or c'est l'individu réel à considérer dans le cas de l'abeille. Il faut juger des dysfonctionnements qui peuvent se produire dans la colonie et compromettre sur un temps plus ou moins long sa pérennité .
En annexe quelques textes et références sur les résultats de nos investigations.
(1) Voir le compte rendu § 6
(2) Voir extraits § 8
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