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Chrysomèle des
racines du maïs |
![]() Chrysomèle des racines du maïs adulte. photo : DRAF Ile-de-France |
Un
nouveau risque est apparu en apiculture avec le petit coléoptère Diabrotica
virgifera virgifera Le Conte. Plus communément appelé chrysomèle des racines du
maïs, ce coléoptère ailé atteint 7 mm au stade adulte. Polyphage, l’adulte peut
être trouvé sur différents organes du maïs (soies, panicule, feuille) mais
également sur d’autres graminées.
Par
contre, ses larves se nourrissent principalement de racines de graminées et
affectionnent tout particulièrement celles de maïs, provoquant un déficit
nutritionnel, un dépérissement et jusqu’à la verse des plantes concernées (1).
Chrysomèle des racines du maïs adulte.
photo : LNPV Station Entomologie Montpellier
Chrysomèle des racines
du maïs adulte.
photo : Arvalis
Diabrotica virgifera sur une panicule de maïs.
photo : Arvalis
Le cycle biologique de ce coléoptère s’étale sur près d’une année (une seule
génération par an). Les femelles peuvent pondre jusqu’à 1 000 œufs dans le sol
en fin d’été. Après émergence au printemps, les larves colonisent les racines et
radicelles du maïs. Trois à quatre semaines plus tard, les larves se
transforment en pupes puis en adultes. Devenues adultes, les chrysomèles
émergent du sol et se nourrissent des soies et panicules des plantes. Les
premiers adultes s’accouplent en début d’été et après deux semaines, les
femelles pondent dans le sol.
Après un rapide historique de la colonisation par Diabrotica virgifera des zones
maïsicoles des Etats-Unis et plus récemment d’Europe occidentale, seront
présentées la stratégie de lutte définie par le ministère français chargé de
l’agriculture et les conséquences ainsi que les alternatives pour une lutte
permettant de limiter les risques des maïsiculteurs tout en évitant de
fragiliser un peu plus les colonies d’abeilles.
Un
parasite des zones maïsicoles
Originaire d’Amérique centrale, Diabrotica virgifera virgifera Le Conte a
progressivement envahi l’Amérique du Nord, devenant l’un des principaux
ravageurs du maïs, notamment dans la « Corn Belt », espace agricole du Middle
West des Etats-Unis, qui est atteint dans les années 1980.
Malgré le déclenchement d’une stratégie de lutte alliant pesticides et mesures
biotechniques, la chrysomèle s’est remarquablement adaptée aux zones de
monoculture de maïs présentes outre-atlantique. Pour l’instant, la seule
solution pour lutter contre ce ravageur du maïs dans ces zones de monoculture
est l’utilisation d’insecticides et d’OGM.
Parasite spécifique du continent américain, la présence de la chrysomèle des
racines de maïs est constatée pour la première fois en Europe en 1992, à
proximité de l’aéroport international de Belgrade. Dès lors la chrysomèle
d’origine américaine va se développer dans les zones maïsicoles de Serbie et des
pays voisins. Ainsi, en 1998, un foyer dont les chrysomèles ont les mêmes
caractéristiques génétiques que celles d’Europe centrale est détecté au Nord-Est
de l’Italie.
Par la suite d’autres foyers sont également détectés au Nord-Ouest de l’Italie,
en Suisse (2000) et en France (2002) et résulteraient d’introductions
indépendantes en provenance d’Amérique du Nord (2).
Face aux nombreux cas de détection du coléoptère en Europe, le Service de la
Protection des Végétaux organise dès 1999 une surveillance du territoire et
détecte pour la première fois la chrysomèle près des aéroports parisiens en août
2002.
Par la suite, le renforcement du réseau de surveillance permettra de détecter
des foyers dans plusieurs régions françaises : en Alsace (1 foyer en 2003), en
Picardie (1 foyer en 2005), en Rhône-Alpes et en Bourgogne (respectivement 1 et
3 foyers en 2007).
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![]() Dégâts occasionnés par Diabrotica virgifera sur la culture de maïs. (photo ci-contre et ci-dessus) photos : Arvalis |
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En
France, la lutte s’organise mais l’infestation progresse
Suite aux premiers piégeages de chrysomèle à proximité des
aéroports parisiens, un arrêté ministériel relatif à la lutte contre la
chrysomèle est publié le 22 août 2002. L’arrêté définit un périmètre de lutte
avec délimitation d’une zone focus (cercle de 5 km de rayon), d’une zone de
sécurité (10 km de rayon) et d’une zone tampon (40 km de rayon), stipule un
renforcement de la surveillance par l’établissement d’un dispositif de piégeage
dans les zones focus, sécurité et tampon. L’arrêté précise les mesures de lutte
telles que l’obligation d’une lutte à l’aide d’insecticides et/ou de larvicides
dans la zone focus l’année de la découverte des coléoptères et l’année suivante
et l’obligation de rotation culturale, pour que le maïs ne soit cultivé qu’un an
sur deux dans la zone de sécurité, et un an sur trois dans la zone focus (3).
Les modifications de l’arrêté en 2007 (14 août 2007) et en 2008 (28 juillet
2008) assouplissent certaines mesures de lutte et en particulier celles
concernant l’obligation de rotation dans les zones focus et les zones de
sécurité, dans le cas où « pas plus de deux spécimens de l’organisme au total
n'ont été mis en évidence ». En outre les rayons des zones focus et sécurité
sont réduits à respectivement 1 et 6 km (4).
Malgré la mise en œuvre des mesures de lutte stipulées par ces arrêtés
ministériels, la chrysomèle poursuit son expansion, comme l’indiquent les
piégeages réalisés entre 2005 et 2008.
Ainsi, en Ile-de-France, de nouveaux foyers de chrysomèle ont été détectés dans
les départements des Yvelines et de l’Essonne (relativement proches des
aéroports de Roissy et d’Orly) au cours des années 2003 à 2005 et en 2008.
A noter toutefois que suite à la mise en œuvre des mesures de lutte (obligation de rotation dans la zone focus 2 années sur 3 et dans la zone sécurité 1 année sur 2, pulvérisation de deltaméthrine sur plus de 5 400 hectares au cours de l’été 2005 et 1 395 hectares ha en 2006, traitement larvicide de 1 395 ha lors des semis de maïs en 2006), aucune détection n’a été faite en 2007. En 2008 par contre, une chrysomèle a été à nouveau piégée à Avrainville dans l’Essonne entraînant à nouveau l’application des mesures de lutte et en particulier la pulvérisation de deltaméthrine sur 75 hectares.
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En dehors de l’Ile-de-France, l’application de la réglementation n’a pas permis non plus d’empêcher la progression de la chrysomèle. Comme il apparaît dans le tableau ci-dessus, trois foyers ont été identifiés en 2007 dans la région Rhône-Alpes. Malgré l’épandage d’insecticide à base de deltaméthrine par hélicoptère sur près de 6 500 hectares, deux nouveaux foyers ont été détectés en 2008 et ont impliqué la pulvérisation d’un insecticide à base de deltaméthrine sur près de 850 hectares complémentaires. En outre, les parcelles de monoculture de maïs des zones de sécurité fixées en 2007 ont reçu un traitement larvicide en recourant soit au « Cruiser » (matière active : thiaméthoxam), soit au « force 1,5 G » (matière active téfluthrine) et deux traitements deltaméthrine en juillet et août 2008.
| De même en Alsace, après une détection de la
chrysomèle en 2003, le coléoptère a de nouveau été capturé à 9
reprises en 2007 et à 13 reprises en 2008, impliquant le
déclenchement des mesures de pulvérisation de deltaméthrine, de
traitement larvicide au moment du semis et de rotation des cultures
sur des surfaces qui n’ont pas été communiquées par la SRPV Alsace. En Picardie, 1 foyer détecté en 2005 a entraîné le traitement de 1 300 hectares (dont 600 en Ile-de-France) avec un insecticide à base de deltaméthrine au cours de l’été 2005 et d’une centaine d’hectares avec un larvicide lors des semis de maïs de 2006 et un insecticide au cours de l’été de cette année. Par la suite, aucun autre coléoptère n’a été piégé dans le dispositif de surveillance. Enfin en Bourgogne, la chrysomèle capturée en 2007 a entraîné un traitement aérien à la deltaméthrine de 600 ha en Saône-et-Loire (dont 70 ha dans le Jura) en 2007 et un traitement larvicide (thiaméthoxam) et insecticide (téfluthrine) sur 45 hectares pour lesquels une dérogation à l’obligation de rotation a été accordée en 2008. Des traitements onéreux et n’épargnant pas les abeilles Ce survol des régions concernées montre qu’en France, l’infestation est ralentie, mais poursuit sa progression et ce malgré la pulvérisation de deltaméthrine sur plusieurs milliers d’hectares au cours des années 2007 et 2008. Le coût de l’épandage d’insecticides étant de l’ordre de 70 euros par hectare, cette stratégie de lutte, visant l’éradication de la chrysomèle des racines du maïs, adoptée à l’échelle de la France s’avère très onéreuse. En outre, son impact sur l’abeille et les autres insectes pollinisateurs est avéré. Ainsi une étude montre que la pulvérisation d’une solution de deltaméthrine sur des abeilles en cage a des effets létaux à une dose de 11,2 grammes par hectare (6). |
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En outre, selon le recueil des effets non intentionnels des produits phytosanitaires écrit par le groupe “Actions secondaires” (DGAl/SDQPV - UIPP - ACTA), la deltaméthrine fragilise de nombreuses espèces d’organismes utiles et auxiliaires dont certains régulent les populations de ravageurs. A noter en particulier que la deltaméthrine est toxique ou très toxique pour les insectes pollinisateurs (familles des Apidés, Bombidés, Megachilidés), et des prédateurs utiles (famille des Vespidés, des Coccinellidés, des Syrphidés, des Anthocoridés). A contrario, le recueil indique que la deltaméthrine peut favoriser certains organismes nuisibles et en particulier les pucerons Rhopalosiphum padi et Metopolophium dirhodum ravageurs du maïs (7) et (8).
Quelles
alternatives ?
Face aux résultats mitigés obtenus par la stratégie de lutte, visant
l’éradication du coléoptère en France, définie par le Ministère de l’agriculture
et à ces importants coûts financiers et environnementaux, il est nécessaire
d’explorer d’autres méthodes de contrôle du coléoptère.
Avec toutes les précautions qui s’imposent pour éviter d’introduire de nouvelles
espèces invasives, il semble que les recherches entreprises dans le domaine de
la lutte biologique donnent des résultats prometteurs, en particulier dans le
cadre d’un projet de recherche sur le contrôle biologique de Diabrotica
virgifera virgifera Le Conte en Europe centrale (10). Certes, les chercheurs
(Toepfer et al.) indiquent qu’aucun ennemi naturel de la chrysomèle des racines
du maïs n’a été rencontré en Europe centrale à l’exception des champignons
entomopathogènes Beauveria bassiana1 et Metarhizum anisophiae, dont l’efficacité
reste toutefois insuffisante.
Mais ils indiquent par ailleurs que sur le continent américain, parmi les six
parasites connus des formes adultes du genre Diabrotica, l’un est un parasite
spécifique de la chrysomèle du maïs. Il s’agit du diptère Celatoria compressa.
Selon les auteurs, tenant compte d’une part que ce diptère peut être élevé en
laboratoire et d’autre part que ses impacts directs et indirects sur d’autres
organismes sont faibles, une stratégie de lutte intégrée semble envisageable en
Europe centrale en utilisant simultanément des méthodes de lutte biologique (au
moyen de Celatoria compressa) et des pratiques de rotations culturales.
Néanmoins, les auteurs soulignent que certains aspects doivent encore être
étudiés avant d’envisager d’importer ce diptère et en particulier de mieux
connaître sa résistance au froid et son impact en condition réelle (9).
Dans l’attente de ces résultats complémentaires et d’informations relatives aux
pratiques agricoles permettant de renforcer le maïs [semis plus précoce, engrais
starter (10)], la seule alternative crédible aux mesures de lutte par
insecticides et larvicides reste la rotation des cultures. Celle-ci permet
d’introduire une rupture dans le cycle de reproduction, cassant le cycle annuel
du coléoptère et supprimant le support de ponte des chrysomèles des racines du
maïs.
Cette mesure de lutte devrait donc être logiquement renforcée et non pas
atténuée dans le cas où moins de 2 coléoptères sont capturés, comme le stipule
désormais l’arrêté ministériel du 28 juillet 2008. Parallèlement ce renforcement
des mesures de rotation culturale devrait être accompagné d’un mécanisme
d’accompagnement financier de l’effort réalisé par les maïsiculteurs.
Nous remercions la FREDON Rhône-Alpes, la SRPV Ile-de-France, la SRPV Picardie,
la SRPV Bourgogne ainsi que Arvalis et le LNPV de Montpellier pour leur aimable
collaboration.
Note 1 : Les champignons entomopathogènes Beauveria
bassiana et Metarhizum anisophiae sont également étudiés dans le cadre de
programme de recherche de lutte contre Varroa destructor
http://www.ibra.org.uk/articles/20080612_74
Références
1 P. Renaud, 2005. Portrait d’un envahisseur. LNPV entomologie.
2 N. Miller et al., 2005. Multiple Transatlantic Introductions of the
Western Corn Rootworm. Science. Vol. 310.
http://www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/310/5750/992
3 Arrêté ministériel du 22 août 2002 relatif à la lutte contre Diabrotica
virgifera, publié au JORF n° 196 du 23 août 2002 – p. 14097.
4 Arrêté ministériel du 28 juillet 2008 publié au JORF n° 196 du 30
juillet 2008 – p. 12221.
5 Note de service DGAl / SDQPV / N2008-8163 du 30 juin 2008.
6 WHO, 1990. Environmental health criteria for tetramethrin, cyhalothrin
and deltamethrin.
http://www.inchem.org/documents/ehc/ehc/ehc97.htm#PartNumber:1
7 Recueil des effets non intentionnels des produits phytosanitaires,
2002. Groupe “Actions secondaires” (DGAl/SDQPV - UIPP - ACTA).
8 Effets non intentionnels de la deltaméthrine sur les insectes utiles et
nuisibles sur le site :
http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ecoacs/02818.htm
En particulier, impact de la deltaméthrine sur les pollinisateurs :
• les Bombynidés :
http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ecoacs/1a2012.htm
• les Apinidés :
http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ecoacs/1a1001219.htm
• les Megachillidés :
http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ecoacs/1a2054.htm
9 Toepfer et al. The invasion of the Western Corn Rootworm in
Europe and potential for classical biological control
http://www.bugwood.org/arthropod2005/vol1/1c.pdf
10 Peairs F. B. et al., Western Corn Rootworm.
http://www.ext.colostate.edu/PUBS/insect/05570.html
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