À propos
des antibiotiques...
...en usage apicole
par Jean-Marie BARBANÇON, Docteur Vétérinaire
(crédit photographique : Jean-Paul FAUCON)
Avec l'aimable autorisation de la revue "La Santé de l'Abeille"
Les principales maladies de labeille pour lesquelles
sont indiqués les antibiotiques, sont les loques américaine et européenne, toutes deux,
dues à des bactéries ainsi que dans la lutte contre la nosémose, cette dernière étant
provoquée par un protozoaire.
| Le terme antibiotique est utilisé au sens large. Il faut plutôt le comprendre comme un anti-infectieux. Dans les anti-infectieux sont classées diverses substances dont les antibiotiques au sens strict, les sulfamides, etc. |
Contre la nosémose, le seul antibiotique dont lefficacité
soit reconnue est la fumagilline, FUMIDIL B. La spécificité et le prix de ce dernier
médicament contribuaient en grande partie à limiter son utilisation à sa seule
indication, mais depuis janvier 2000, il nest plus commercialisé.
Il nen va malheureusement pas ainsi contre les loques où lon a encore
tendance à pratiquer ce que lon appellera pudiquement des traitements de
précaution. Mais où en sommes-nous avec lemploi raisonné de
lantibiothérapie en apiculture ? En toute logique et dune façon idéale pour
lutter contre un germe pathogène, le thérapeute se devrait demployer
lantibiotique pour lequel le ou les germes (bactéries) sont sensibles. En médecine
humaine ou vétérinaire, dans la plupart des maladies infectieuses, une recherche sur
lagent infectieux est effectuée à la suite dun prélèvement qui permet en
laboratoire :
lidentification et le typage des bactéries en cause après mise en culture ; |
puis souvent : antibiogramme, grâce auquel on teste la sensibilité ou la résistance du germe concerné face à une palette dantibiotiques : petites pastilles de papier imprégnées des différents antibiotiques que lon pose sur les cultures microbiennes. |
![]() Spores de loque américaine Démonstration de lutilisation des antibiotiques lors dun cours de pratique sanitaire apicole (cours DGAl) => |
![]() |
Au vu du résultat de ces recherches, le praticien (médecin, vétérinaire) prescrit la substance antifectieuse qui semble la plus performante. Voilà la démarche idéale ! Hélas, malgré cette rigueur, le praticien constate quelquefois des distorsions entre ce qui sest passé in vitro (au laboratoire) et les résultats obtenus in vivo sur le(s) patient(s). Mais ici tout a été fait dans les règles de lart : diagnostic clinique, diagnostic de laboratoire et traitement raisonné. Quen est-il en matière apicole et notamment de loque américaine ?
| Le diagnostic clinique suite à lobservation des symptômes exprimés dans les colonies est-il certain ? | |
| Un prélèvement et une recherche de lagent infectieux au laboratoire ont-ils été réalisés ? |
Ce dernier point amène une observation et permet dexprimer
un regret : pour réaliser un antibiogramme il faut nécessairement pouvoir cultiver au
laboratoire le germe identifié comme pathogène. Lagent causal de la loque
américaine, Paenibacillus larvae (= Bacillus larvae), est facile à
identifier ; en revanche, sa culture in vitro est
assez délicate. Dans certains pays, les chercheurs le cultivent (Argentine, Japon,
États-Unis, Grande-Bretagne...), mais en France, personne ! du moins à notre
connaissance. Pourtant, quand on se plonge dans de vieux traités de pathologie apicole
français, on constate que cela a déjà été fait ! Mais me direz-vous, les temps
changent !
À lépoque où lon faisait cela, les chercheurs des
Instituts ou Laboratoires dÉtat qui se préoccupaient de pathologie apicole
navaient pas encore été transformés par le Système en prestataires de services
et en mercenaires, et navaient pas de préoccupation en matière de rentabilité.
Donc en France, si personne ne cultive Paenibacillus larvae, personne ne peut
réaliser dantibiogramme ! Alors que fait-on ?
Et bien, la vulgarisation et les habitudes ont fait que depuis des années une seule et
même famille dantibiotiques est préconisée : celle des cyclines (tétracycline,
oxytétracycline). Pourtant, depuis, la chimie des antibiotiques a fait des progrès et
bien dautres substances ont fait leur apparition, sans compter que danciens
bactéricides présentent encore un intérêt en matière defficacité. Autre fait
marquant : dans certains pays où lon pratique des antibiogrammes sur le bacille
loqueux, des résistances de ce germe aux tétracyclines ont été établies ainsi que des
sensibilités à d'autres antibiotiques. Certaines souches de Bacillus larvae ont
donc bien pu, au fil des années, développer une résistance aux tétracyclines, un peu
comme Varroa jacobsoni la fait vis-à-vis du fluvalinate.
En dehors de ces phénomènes de résistance face à un antibiotique, un autre aspect de
lutilisation de telles substances en apiculture est trop souvent négligé :
cest celui de leur forme galénique où des notions comme la solubilité dans
leau, la durée de vie active, pH de milieu requis, entrent en ligne de compte.
Rappel du traitement de la loque américaine :
|
Combien de fois nous a-t-il été permis de constater la mauvaise
solubilité de telle ou telle poudre jaune vendue sous le nom de machin-cycline ! Pour
vérifier, il suffit de faire un petit échantillon : poudre + eau, dagiter, de
laisser reposer et de contrôler le lendemain. Quelquefois, oh surprise ! les cristaux que
lon croyait dissous, sont retrouvés 24 heures après, déposés au fond du tube !
Donc sil est dit que lon doive continuer traiter la loque américaine grâce
à lemploi de substances antibiotiques, doit-on toujours tabler sur une discutable
efficacité des cyclines ? ou bien essayer dêtre un peu plus rigoureux !
Dans quelques pays (Grande-Bretagne, Belgique par exemple) où il est interdit de traiter
la loque américaine, les ruchers reconnus infectés sont détruits. En dautres
contrées, certains apiculteurs vont vers une systématisation (généralisation,
banalisation) de lusage des antibiotiques : distribution de sirop médicamenteux à
labreuvoir, au milieu du rucher (États-Unis) ; mélange antibiotique avec graisse
végétale posé sur les cadres (pas toujours consommé !), insufflation de poudre
antibiotique dans toutes les ruches à la pompe. Pourquoi ?
1. Le rucher est infecté et la distribution dune substance antibiotique est la seule intervention envisagée. Dans ce premier cas, le seul résultat à espérer sera un blanchiment provisoire des colonies. Cest un peu comme si lon prétendait soigner un abcès déjà mûr par la seule intervention des antibiotiques, sans pratiquer lacte chirurgical qui consiste à évacuer le pus par lincision de labcès. Dans le cas de la loque, le pus est représenté par le couvain malade, car il contient des milliards de germes sous forme de spores.
2. Un traitement de
précaution contre les loques ?
Un peu comme sil s'agissait dun traitement préventif.
Peut-être est-il bon de rappeler que les antibiotiques nagissent que sur les formes
végétatives du bacille de la loque américaine, et nont absolument aucune action
sur ses spores (formes de résistance). Spéculer sur une action à lencontre des
formes végétatives qui se développeraient à partir de spores présentes dans la ruche,
cest admettre une longue persistance de lantibiotique dans les colonies,
persistance incompatible avec les délais dattente pour la consommation du miel.
3. Recherche dun effet dopant sur les
colonies ?
Autre raison de lemploi inconsidéré des antibiotiques. En effet, il na
jamais été établi dune façon scientifique que ces substances pouvaient avoir un
tel effet. Au contraire, il a même été montré que les antibiotiques anti-bactériens
pouvaient favoriser le développement. Abordons maintenant le problème de la persistance
de substances étrangères dans nos colonies dabeilles. Les substances étrangères
introduites dans une ruche nétant hélas pas toutes repérables à lil
nu, un test édifiant, très simple, à la portée de tout apiculteur ou mieux du
rucher-école, vous est proposé : le test du sirop coloré, du sirop de grenadine, fait
parfaitement laffaire ! On administre donc ce sirop à une colonie ayant déjà
quelques provisions et établie sur cires jeunes et encore bien claires, ce qui permet de
suivre lévolution du colorant dans les cadres par transparence. Si cette colonie ne
subit pas de période de disette qui occasionnerait la consommation rapide du sirop
coloré, le colorant, rouge en loccurrence, va persister pendant plusieurs semaines
en se diluant progressivement au fil des apports de nectar.
Maintenant imaginez une substance étrangère (antibiotique, acaricide) en lieu et place
du colorant et vous comprendrez mieux que lon puisse retrouver des résidus de
produits de traitements dans le miel. De lintérêt deffectuer les divers
traitements loin des miellées !

Un antibiogramme (évaluation de lefficacité des
antibiotiques)
Les antibiotiques : substances banales ? Non, certes pas. Leur emploi abusif présente des risques à cause des résidus que lon peut retrouver dans le miel. Certains pays nadmettent aucune trace dantibiotique dans le miel (Suisse : 0 ppb*) ou nen tolèrent que de très faibles quantités (Allemagne : 10 ppb*).
| * ppb : partie par billion Remarque : À lheure actuelle, en France, aucun antibiotique ne possède dAMM pour lespèce abeille. |
Les antibiotiques éventuellement présents dans le miel, ou dans toute autre denrée alimentaire dailleurs, sont ennuyeux pour la santé humaine :
| risque de déclenchement dallergies et ce, même à de très faibles doses ; | |
| risque de provoquer la sélection de souches résistantes parmi les germes pathogènes de lHomme. |
Il est peut-être intéressant de savoir que dans la courte histoire des antibiotiques, on a déjà interdit lusage dun antibiotique en pharmacie vétérinaire (le chloramphénicol), où il était largement employé, cela à la principale fin den préserver lefficacité chez lHomme où, du reste, on le réserve au milieu hospitalier.
En conclusion, nous pensons quil existe
certainement un moyen terme entre la non utilisation des antibiotiques associée à la
destruction des ruchers atteints de loque américaine et lemploi aveugle et
systématique des dites substances. Il sera certainement possible dêtre plus
performant dans la lutte contre cette maladie de labeille le jour où lon se
décidera daméliorer le dépistage des cas, de respecter les consignes classiques
de traitement et enfin quand on voudra bien administrer aux colonies justiciables du
traitement médicamenteux lantibiotique le plus adapté. On peut également fonder
un espoir de lutte contre les infections du couvain (loques, mycoses) ainsi que contre
linfestation par Varroa jacobsoni, grâce à la sélection dabeilles
possédant un bon comportement hygiénique leur permettant de détecter, de désoperculer
et déliminer le contenu des cellules malades.
Jean-Marie BARBANÇON, Docteur Vétérinaire
A lire : "Utilisation des antibiotiques, Restons vigilants !", La Santé de l¹Abeille n°198
Avec l'aimable autorisation de la revue
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| Réalisation : Gilles RATIA Mise à jour : 03/04/02 APISERVICES - Copyright © 1995-2004 |
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