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Interdiction du gaucho et du
régent-TS Marie Claude Beaudeau Question orale au ministre de l'agriculture Ma question a été discutée en séance publique le 24 février 2004. |
Compte-rendu du débat en séance publique le 24
février 2004:
Présentation
de la question par Marie-Claude BEAUDEAU:
Monsieur le Président, Madame la Ministre, Mes chers collègues,
Depuis huit ans, j’interpelle les différentes Ministres qui se succèdent sur la
nécessaire interdiction du « Gaucho » seul, au début, puis étendue au Régent TS,
sans beaucoup de succès il faut bien le reconnaître.
Des mortalités anormales d’abeilles se traduisent par de véritables hécatombes
comme celles du printemps 2003 en Midi-Pyrénées, faisant suite à celles du
courant 2002 dans tout le Sud-ouest. Parmi les plus marquants, il faut également
noter la disparition de 21% des ruches en Vendée après l’hiver 2002 bien entendu
avec des conséquences économiques évidentes. En 8 ans, 10 000 apiculteurs ainsi
que 500 000 ruches, le 1/3 du cheptel agricole ont disparu. La production de
miel est devenue déficitaire. Il manque 24 000 tonnes de miel que nous devons
importer. Toujours en Vendée, on a noté une baisse de 70% de la récolte du miel.
Madame la Ministre, des questions graves sont posées.
La 1ère question est simple mais directe. Pourquoi le Gouvernement
français reste-t-il le seul, resterait-t-il le seul à ne pas reconnaître
l’influence Toxique du Gaucho et du REGENT TS et de leurs molécules
l’IMIDACLOPRIDE et le FIPRONIL sur la vie (plutôt la mort) des abeilles et de la
faune pollinisatrice ? A-t-il évolué ? Votre réponse nous le dira. Mais si j’en
crois les déclarations des Ministres faites hier, une évolution se produit et
croyez le bien je m’en félicite.
Madame la Ministre de l’environnement s’est prononcée par une dépêche d’agence
pour la suppression totale, stocks compris du GAUCHO et du REGENT.
Monsieur le Ministre de l’agriculture s’est prononcé par conférence de presse
hier après-midi pour la suppression de l’utilisation du REGENT TS mais par
contre, également pour l’utilisation des stocks existants. Dans votre réponse,
vous nous le confirmerez ! Nous attendons de connaître la position officielle du
Gouvernement car destruction ou utilisation des stocks et des semences
imprégnées, la différence est de taille ! Enfouis en terre, GAUCHO et REGENT TS
restent actifs de nombreuses années.
Le Gouvernement est-il bien d’accord pour que l’interdiction porte sur la
fabrication, la commercialisation, l’utilisation du GAUCHO et du REGENT TS avec
destruction immédiate des stocks existants ?
Ma deuxième question sur laquelle le Gouvernement doit s’exprimer
c’est l’indemnisation des 10 000 apiculteurs ruinés qui ont disparu avec autant
en situation actuelle de déclin d’activité. Que prévoyez-vous pour la survie de
ces derniers et l’aide à la reprise d’activité des premiers ? Comment BAYER et
BASF contribueront-ils à cette réparation ? Ces deux groupes en ont les moyens.
BAYER a comme perspective 6 milliards d’Euros d’investissements et envisage la
création de nouvelles activités en Chine, au Japon, en Asie du Sud Est. BASF
compte 350 usines regroupant entre elles 100 000 salariés avec une production
répartie en 40 pays. L’indemnisation des apiculteurs Français ne mettrait pas en
péril des profits colossaux réalisés par ces deux grands de l’agro-alimentaire
et de l’industrie chimique.
Quels sont les moyens envisagés par le Gouvernement pour la renaissance de
l’apiculture Française ?
Ma troisième question et sur laquelle le Gouvernement ne semble pas
s’être exprimé, c’est l’utilisation de nouvelles molécules semblables à celle du
GAUCHO et du REGENT TS. Je pense notamment aux molécules « PONCHO » et «
THIAMETOXAM ». Est-il vrai que ces molécules appartiendraient à la même famille
chimique que le FIPRONIL et qui pourraient bien être mises sur le marché dans
quelques mois. Est-il vrai, Madame la Ministre, que l’utilisation de ces
molécules produirait les mêmes effets ? L’utilisation des stocks existants
permettrait-elle de faire la « soudure » ?
Ma quatrième question porte sur les procédures d’homologation et de mise
sur le marché de produits qui se révèlent toujours dangereux, voire mortels.
Quelles mesures envisage le Gouvernement pour que désormais des comités
d’experts indépendants et compétents en APIDOLOGIE puissent, dans la plus grande
transparence, publier le fruit de leurs travaux, leurs conclusions et puissent
faire l’objet d’un contrôle de la part des acteurs des filières intéressées.
Le système actuel est laxiste, incohérent, incompétent, et explique les
atermoiements de ces dix dernières années de la toxicité du GAUCHO et du REGENT
TS.
Mais, Madame la Ministre, nous sommes entrés dans le domaine non plus de la
simple disparition d’espèces sauvages ou apprivoisées, mais dans celui du
développement durable que vous connaissez bien mais aussi de la santé publique.
Confirmez-vous que le lait des vaches mangeant le maïs traité soit à son tour
contaminé ?
L’exemple de la vache folle ou du sang contaminé nous appelle à une prudence
rigoureuse. Nous attendons vos réponses, celle du Gouvernement, Madame la
Ministre.
A quelle date sera publié l’ARRETE Ministériel ou Interministériel qui mettra
fin au GAUCHO-REGENT, ces substances devenues empoisonneuses publiques ? Ce sera
ma dernière question
Compte-rendu
analytique de la réponse de la ministre, le 24
février 2004:
Mme SAÏFÏ, secrétaire d'État. – La
commission d'études de la toxicité a remis fin janvier un avis recommandant de
ne pas autoriser l'utilisation de la molécule Fipronil. Cet avis se fonde sur «
l'insuffisance d'informations permettant de caractériser notamment le
comportement de la substance dans l'environnement et ses conséquences sur la
faune sauvage ». Mon collègue Gaymard a lui-même transmis un avis à l'Autorité
européenne de sécurité des aliments (A.E.S.A.) en proposant, en l'état actuel de
nos connaissances de suivre les préconisations de cette commission.
Conformément aux principes généraux du droit, il avait engagé parallèlement la
procédure contradictoire destinée à permettre tant à l'industriel qui fabrique
ce produit, qu'aux utilisateurs de faire valoir leurs observations. À l'issue de
cette procédure et après avoir procédé aux consultations interministérielles
nécessaires, il a décidé – sur la base des articles L. 253-6 et R. 253-46 du
Code rural, qui concernent les décisions de retrait ou de modification des
autorisations de mise sur le marché, et de l'article L. 110-1 du Code de
l'environnement relatif au principe de précaution – de suspendre les
autorisations de commercialisation des spécialités à usage agricole à base de
Fipronil.
Cette décision concerne les produits suivants : Régent TS, Régent 5 GR, Schuss,
Métis, Texas et Zoom. Cette décision s'appliquera, sauf fait scientifique
nouveau, jusqu'à ce que l'Autorité européenne de sécurité des aliments prenne
position.
Concrètement, cette suspension entraîne l'interdiction de commercialiser ces
produits et de les utiliser sur le territoire national. Cette décision
s'appliquera à compter de sa notification à B.A.S.F., qui interviendra demain.
Elle sera portée à la connaissance des utilisateurs de ces produits par
publication au Journal officiel dans les meilleurs délais.
Dans ce type de décision, l'article R. 253-46 du Code rural permet « d'accorder
un délai pour supprimer, écouler, utiliser les stocks existants dont la durée
est en rapport avec la cause du retrait ». La question se pose, à ce stade de
l'année, pour les semis de printemps : la quasi-totalité des semences enrobées
sont déjà chez les distributeurs ou chez les agriculteurs. Compte tenu des
motifs sur lesquels se fonde l'avis de la commission d'études de la toxicité, il
a paru possible d'autoriser les agriculteurs à utiliser pour ces semis de
printemps les semences déjà enrobées dont ils disposent. Je rappelle que cet
avis se fonde sur les risques pour l'environnement et les espèces sauvages et
précise qu'il n'y a pas d'effets nocifs pour le consommateur, ni pour ceux qui
appliquent ce produit en respectant les précautions d'emploi.
L'ensemble de ces décisions concerne tous les produits à usage agricole à base
de Fipronil. La molécule qui entre dans la fabrication du Gaucho a des
propriétés comparables à celles du Fipronil. C'est pourquoi, Hervé Gaymard a
décidé de demander à la commission d'études de la toxicité de me rendre sous un
mois une mise à jour de ses avis précédents à la lumière de ce nouveau texte.
Parallèlement, il a demandé à ses services d'engager la procédure contradictoire
qui permettra au fabricant du Gaucho et à ses utilisateurs de faire valoir leurs
observations. Enfin, il a décidé avec ses collègues chargés de la santé, de
l'écologie et du développement durable et de la consommation, de saisir l'AFSSA
(Agence française de sécurité sanitaire des aliments) et de l'AFSSE (Agence
française de sécurité sanitaire pour l'environnement) afin de lever les
incertitudes liées à certains avis d'experts qui paraissent contredire celui de
la commission des toxiques au regard du risque pour la santé humaine.
Mme Marie-Claude BEAUDEAU. – Je suis déçue. Alors que personne ne conteste plus la toxicité du Gaucho, il demeure autorisé ! C'est une décision grave. M. Gaymard n'a pas pris de position claire, et en demandant une nouvelle étude, il s'en remet une fois de plus à Bruxelles.
Tous les stocks existants chez les agriculteurs seront utilisés pour les semences de printemps, alors qu'on vient de confirmer la toxicité du Fipronil : c'est incompréhensible ! Je demande que tous les stocks soient détruits, y compris ceux qui sont déjà chez les agriculteurs car les semences sont imprégnées de cette molécule dangereuse. Le gouvernement ne fait ainsi que gagner du temps dans l'attente de produits de substitution. Les apiculteurs sauront apprécier ce report…
Sur l'indemnisation, vous êtes restée silencieuse. Souhaite-t-on voir disparaître l'apiculture française ?
Le gouvernement ne fait que renforcer des contrôles qui auraient déjà dû être effectifs depuis longtemps et je suis déçue que vous ne précisiez pas la date de parution de l'arrêté ministériel au Journal officiel. Le gouvernement se contente de faire un petit pas dans la bonne direction – je le reconnais – mais c'est dans une urgence radicale qu'il conviendrait d'agir si on ne veut pas s'acheminer, comme avec l'affaire du sang contaminé, vers de multiples procédures judiciaires.
SENAT
15, rue de Vaugirard
75006 PARIS
Tél : 01.42.34.28.33
Fax : 01.42.34.43.31
E mail : mc.beaudeau@senat.fr.
Page web : http://www.senat.fr/senateurs/beaudeau_marie_claude
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