Lettre ouverte à M. Martin
HIRSCH, Directeur-Général de l’AFSSA
Syndicat des Apiculteurs
Professionnels des Pays de la Loire et de Poitou-Charentes
Les adhérents du SAP-PLPC, réunis le 11 janvier 2005 en
assemblée générale à Saint-Lin (79) ont pris acte que l’Unité
« Pathologie de l’Abeille » de l’AFSSA / Sophia Antipolis
persiste dans la défense de son
"Étude expérimentale de la toxicité de l’imidaclopride distribué dans le
sirop de nourrisseurs à des colonies d’abeilles" :
sa réponse en date
du 5 janvier 2005 sur apiculture.com, aux critiques exprimées par un groupe de
réflexion de vétérinaires-spécialistes de la pathologie apicole, sous la
direction du Dr. J.M. Barbançon, confirme son choix d’affronter ce qu’il
convient d’appeler un consensus parmi les scientifiques.
Le
« Groupe de Travail Abeilles de la Commission des Toxiques »,
auquel s’est pourtant associée l’AFSSA / Sophia-Antipolis, a lors de sa réunion
du 25 mars 2004 “considéré que cette expérimentation a été menée avec des
méthodes grossières affectant la précision de données importantes. ( … )
l’entrée expérimentale
d’imidaclopride est peu représentative de celle qui a lieu en conditions
de terrain ” . Ce « Groupe de Travail
Abeilles » conclut : “ L’étude (…) n’a pas été jugée de
nature à remettre en cause cette conclusion (ndlr : d’un risque
important de l’abeille dans les différents scénarios d’exposition), du
fait de la faible exposition des abeilles et donc de sa faible représentativité
par rapport à l’exposition
des colonies d’abeilles lors d’une miellée de tournesol ” (d’après C.R.
réunion 25.03.04 sur site du MAAPR)
La Commission
des Toxiques dans son avis du 12 mai 2004, s’agissant du Gaucho (maïs /
tournesol) conclut :
“ (…) compte tenu des
conclusions du CST (…) et du caractère limité des études
expérimentales de l’AFSSA, la Commission des Toxiques considère qu’il existe un
risque important … ” (d’après
C.R. réunion 12.05.04 sur site du MAAPR/ SSM). Nous notons que dans cette
formulation, - implicitement - la Commission des Toxiques semble avoir compris
que les conclusions de l’AFSSA n’allaient pas dans le sens de celles du CST,
qui exprimaient un risque important.
Leur capacité
d’expertise en matière d’affaiblissements des colonies en régions de grandes
cultures et leur expérience de la miellée de tournesol, autorisent les
apiculteurs professionnels - et notamment ceux des Pays de la Loire et de
Poitou-Charentes - à qualifier les critiques adressées par le groupe de
réflexion autour du Dr. Barbançon d’assurément judicieuses et fondées,
même si à leur sens, elles ne sont pas exhaustives. Comme lui ils
déplorent que le protocole conçu par l’AFSSA Sophia-Antipolis n’est pas pertinent. Outre son erreur première de mesurer -
plutôt que la dépopulation - des mortalités (lesquelles n’ont pourtant été
observées sur floraisons estivales de cultures qu’à de rares occasions), ses
insuffisances en termes de la compréhension de la colonie d’abeilles et de la
miellée de tournesol, mais aussi en termes de connaissances et de maîtrise de
la pratique apicole, ont rendu la tentative de réduire des évènements de
terrain dans un protocole d’études, vaine. Le moment venu, ce point de
vue pourra être développé. S’il est de bonne guerre que l’AFSSA tente de
discréditer le groupe autour du Dr. Barbançon, en citant certaines de ses
phrases, seul 2 d’entre elles sont finalement recevables :
- l’AFSSA
a raison d’objecter qu’elle n’a jamais cherché à “évaluer la mortalité
normale en pesant les colonies” , mais il faut
noter que cette phrase malheureuse
n’affaiblit en rien l’argumentaire de fond.
-
comme elle peut aussi faire valoir que son rapport ne conclut pas à
l’innocuité de l’imidaclopride. Observons toutefois que depuis le 26 février
2004 (article du Figaro sous le titre : « Le Gaucho ne tue pas
selon une étude jamais rendue publique ») il a souvent été prétexte
pour soutenir « l’absence de lien entre Gaucho et les problèmes des
abeilles » (Bayer CropScience dans le communiqué AFP du
25.05.04) : il faut admettre que la présentation du rapport n’a pas su éviter
une certaine ambiguïté (voir aussi ci-haut : avis de la Commission des
Toxiques)
La
publication annoncée de l’étude, sous le titre "Experimental study on the toxicity of imidacloprid
given in syrup to honey bee (Apis mellifera) colonies" dans "Pest Management Science",
revue internationale à comité de lecture, peut-elle pour autant être
interprétée comme validation de l’étude par le monde scientifique ? Rien
n’est moins sûr… La valeur et la probité scientifique d’un article
qui rompt avec un consensus scientifique (i.c. celui du risque important pour
l’abeille de l’imidaclopride, à travers le Gaucho sur maïs et tournesol),
seront d’autant moins reconnues que sa publication est prévue dans la revue "Pest Management Science" : BayerCS,
le propriétaire de l’imidaclopride, est lié à la
« Society of Chemical Industry », détentrice du copyright de la dite revue ! Il n’est pas inutile de rappeler que
plusieurs études réalisées par BayerCS, lesquelles - presque naturellement
- avaient été publiées dans cette revue, ont en un deuxième temps, été récusées
par le CST (Analyse des risques : Gaucho/abeilles - sept. 2003)
Par la même occasion, les adhérents du SAPPLPC ont appris
que l’AFSSA/ Sophia Antipolis chargée de coordonner l’ « Enquête
prospective multifactorielle des troubles des abeilles » entre l’AFSSA,
les SRPV et le laboratoire d’analyse GIRPA /Angers a conclu son rapport
intermédiaire, présenté les 6/7 janvier dernier au Comité de pilotage MIEL, par
la phrase : “ Ces premiers résultats (confirment l’intérêt indéniable de l’enquête
… et ) montrent une fois encore, la complexité du problème des
affaiblissements ”. Pourtant les résultats des analyses du GIRPA, attestent
d’une contamination généralisée par le fipronil et surtout par l’imidaclopride,
des pelotes de pollens ramenées tout au long de la saison à la ruche. Quand des
niveaux de contamination par ces molécules et leurs dérivés, de l’ordre de 0,1
µg/ kg, voire moins, sont réputés induire des effets délétères sur l’abeille,
la conclusion lapidaire de l’AFSSA relève soit de l’aveuglément, soit de la
partialité étant entendu que jusqu’à preuve du contraire l’enquête ne révèle
pas d’autres pistes significatives.
A la sortie de l’hiver 2002-03, des échantillons de pelotes de pollen,
essentiellement de végétation spontanée, peuvent être contaminés par du
fipronil et/ou son dérivé sulfone et/ou son dérivé désulfinyl, quelque soit le
département concerné par l’enquête (Gard, Yonne, mais surtout Gers, Eure et
Indre) : on détecte au moins un des 3 composés recherchés du fipronil
dans 46 % des pelotes de pollen de sortie d’hiver (Limite de Détection LD =
0,3 µg/ kg).
Quant à l’imidaclopride, au titre duquel sont recherchés la
molécule-mère et le dérivé acide 6 chloronicotinique, au moins 1 de ces 2
composés est détecté (LD = 0,3 µg/ kg) dans 70 % des pelotes
de pollen, peu importe le département (entre 61% pour le Gard et 77%
pour le Gers), et peu importe le moment de la saison (fin hiver,
printemps, été, automne 2003
En novembre dernier dans une tentative de comprendre le bilan « Constatation des troubles des abeilles » dressé par la DGAl à partir des réponses des DDSV à son enquête, les adhérents du SAPPLPC avaient consigné leurs réflexions dans un document, qui vous est joint à cette lettre. L’Unité « Pathologie de l’Abeille » de l’AFSSA / Sophia Antipolis y est citée dans le corps du texte comme acteur de cette action voulue par la DGAl, et fait également l’objet de son annexe 4., d’où il ressort qu’un contentieux lourd existe entre l’AFSSA et les apiculteurs.
Aussi les adhérents du SAPPLPC demandent-ils au Directeur-Général de l’AFSSA, de vérifier le bien-fondé et la véracité de leurs interrogations ; et en conséquence de quoi, de prendre toutes les mesures susceptibles de régulariser les relations entre l’AFSSA et la filière apicole.
Le 19 janvier 2005.
Guy BROSSIER
Philippe VERMANDERE