FRANCE

Homologation bloquée pour le Regent

Pesticide. Une commission française l'a qualifié de «préoccupant» pour l'environnement.

23/12/2003

La Commission d'étude de la toxicité (Comtox), groupe d'experts indépendant auprès du ministère français de l'Agriculture, recommande de ne pas inscrire l'insecticide Regent sur la nouvelle liste des pesticides autorisés au niveau européen. La nouvelle, révélée mercredi par France-Soir, tombe bien mal pour ce produit déjà pris dans une tourmente judiciaire.

Surmortalité. Destiné à lutter contre les insectes souterrains, le Regent TS est utilisé par enrobage des semences. Un succès commercial (54 % du tournesol français) et mondial. Mais, depuis février 2003, le Regent est la vedette, en France, d'une information judiciaire destinée à déterminer si son usage, dans des conditions normales, induit une surmortalité d'abeilles, voire des effets sur l'homme. Deux expertises judiciaires auraient établi, l'une des risques pour les abeilles, l'autre des risques pour l'homme. Mais voilà à présent que des experts dûment mandatés par le ministère de l'Agriculture donnent de la voix, suivant un calendrier qui ne doit rien à celui de la justice.

L'avis sur le Fipronil (autre nom du Regent) rendu par la Comtox s'inscrit en effet dans le cadre de la révision, au niveau européen, de toutes les homologations des pesticides actuellement commercialisés. Pour maintenir son autorisation de vente, le fabricant doit déposer, auprès de l'Etat «rapporteur» de son choix, un dossier permettant d'évaluer sa sécurité, lequel dossier fera l'objet d'une monographie et d'un avis qui sera transmis à Bruxelles. Pour le Regent, fabriqué en France, c'est la France qui est l'Etat rapporteur...

Clarifications. Bonne pioche, mauvaise pioche. Bonne, parce que la commission conclut qu'«il n'y a pas de risques d'effets nocifs pour les consommateurs» (au vu des «études fournies», comme c'est l'usage, par le fabricant). Mauvaise pioche, car les experts demandent néanmoins de ne pas délivrer une homologation européenne, «compte tenu des préoccupations majeures pour l'environnement et les espèces sauvages (organismes aquatiques, abeilles, oiseaux et mammifères sauvages)». Ils ajoutent que «des demandes complémentaires nécessaires à l'évaluation ont été adressées à la société». Le fabricant BASF a immédiatement riposté en déclarant que cet avis est «intermédiaire», la société «finalisant d'ores et déjà les réponses et clarifications nécessaires». La Comtox pourrait-elle changer d'avis ? Il faudrait que BASF sorte de son chapeau des données renversantes. Une certitude : la bataille embarrasse la Direction générale de l'alimentation, tutelle de la Comtox... En effet, à sa demande, l'avis rendu par la commission a disparu de son site (1) pour être remplacé par une phrase opaque : «Le dossier a été examiné, l'avis de la Comtox sera diffusé après transmission du projet de monographie à l'Agence européenne de sécurité des aliments». Le texte original de l'avis est néanmoins disponible auprès du service de communication de BASF...

Corinne BENSIMON