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REGENT-TS : Les scandaleuses dissimulations du ministère de l’Agriculture sur la santé humaine

Union Nationale de l'Apiculture Française

Paris, le 06 janvier 2004

Le 2 janvier 2004, le Professeur Jean-François NARBONNE, professeur à l’Université de Bordeaux, ancien président du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, expert à l’O.N.U. et à la Commission Européenne, spécialiste mondial de toxicologie, a remis au juge d’instruction en charge du dossier REGENT-TS le rapport d’expertise qui lui a été demandé dans le cadre de l’instruction pénale, sur la toxicité pour l’homme et spécialement sur le classement toxicologique du Regent TS et des risques présentés par ce produit.

L’Union Nationale de l’Apiculture Française, qui s’est constituée partie civile dans l’ instruction, vient de prendre connaissance de ce rapport. Bien au-delà des intoxications et surmortalités d’abeilles qui ont anéanti des exploitations apicoles tout entières, l’expert judiciaire révèle que c’est la santé humaine qui est directement menacée à court terme par inhalation et à long terme par ingestion.

Alors que, dans ses déclarations du 23 décembre 2003, M Thierry KLINGER, directeur général de l’Alimentation déclarait : « Il n’y a aucune dangerosité pour la santé humaine, via l’exposition directe ou par la consommation de produits végétaux ou animaux », le Professeur NARBONNE révèle que ces « données toxicologiques étaient disponibles dès le premier examen des dossiers » dès 1993 .

L’expert dénonce que, dès l’origine, « Le REGENT-TS aurait dû être classé comme très toxique par inhalation (T+R26) ». Il précise que cette haute toxicité « compte-tenu d’une exposition par inhalation significative, avait été négligée ou fortement sous-estimée…». Alors que « ce classement R26 entraîne des précautions supplémentaires.

On comprend, à la lecture de l’expertise, que l’autorité publique a « accepté sans discussion approfondie les argumentaires proposés par le pétitionnaire, basées essentiellement sur des études théoriques d’exposition (arguments développés pour les opérateurs, comme pour les abeilles) en minimisant grandement les données de toxicité par inhalation et les études d’exposition alimentaires de l’homme ».

Le Professeur NARBONNE précise que « dans le dossier toxicologique, deux éléments essentiels indiquent que le FIPRONIL présente des données préoccupantes sur le plan toxicologique, en particulier la liposolubilité élevée et les effets thyroïdiens. »

Sur le premier point, l’expert précise : « Cette donnée revient souvent dans le dossier, en particulier pour la non-utilisation sur maïs-ensilage, du fait de la contamination du lait ».

L’expert ajoute : « Pour ce qui concerne la contamination des poules pondeuses élevées en liberté, la contamination peut aussi venir par le sol et non pas seulement par l’alimentation. »

Sur le deuxième aspect, l’expert rappelle que le fipronil présente les caractéristiques de bioaccumulation, neurotoxicité, hépato et néphrotoxicité ainsi que les effets thyrïdiens . Il précise que les mammifères exposés « se comportent alors comme des hypothyroïdiens avec augmentation des métabolismes des T3 et T4 , diminution plasmatique et augmentation de la TSH ».

Le Pr NARBONNE souligne qu’il est « totalement surprenant » d’avoir affirmé « que les données sur les effets thyroïdiens ne sont pas extrapolables à l’homme ». Il ajoute que cela a permis de « minimiser un aspect capital du dossier toxicologique ».

L’expert ajoute que « l’association des deux paramètres précédents (liposolubilité et effets thyroïdiens) suggèrent un passage transplacentaire et un effet sur le développement cérébral du nouveau-né ». L’expert précisant encore que « cet aspect n’a jamais été abordé dans le dossier » !

Il précise que « dès 1994, les calculs d’exposition théorique par voie alimentaire montraient des possibilités de dépassement de la dose journalière admissible (DJA), en particulier chez l’enfant ». En 2002, l’exposition connue était même à « 43% pour l’adulte et à plus de 200% (de la DJA) pour le nourrisson et le bambin ».

Il affirme que « dans ce cas, le ministère de la Santé aurait dû être alerté, en particulier le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, sa section Alimentation et Nutrition et son groupe d’experts sur les contaminants et résidus phytosanitaires chargé d’évaluer les pesticides susceptibles de dépasser les DJA, en particulier pour les enfants. »

Le Pr NARBONNE estime que « de tels dépassements pour le FIPRONIL auraient dû amener une attention particulière aux extensions d’utilisation ».

Pour achever ce réquisitoire, le Pr Jean-François NARBONNE conclut que « les autorisations d’emploi provisoires ( …) auraient dû s’accompagner de surveillances accrues sur les effets chez l’homme et sur l’environnement. »

Usant d’un euphémisme, M NARBONNE indique : « il semble que ces surveillances n’aient pas été proportionnelles aux risques identifiés dans le dossier initial et signalés d’ailleurs par les experts. Les observations sur les abeilles ou même chez l’homme, qui auraient dû alerter les services de l’Agriculture n’ont pas été traitées avec l’attention voulue et comme arguments forts de révision des autorisations "provisoires" accordées. »

Le Professeur NARBONNE avance une explication à ce scandale sanitaire et environnemental : « une certaine urgence a sous-tendu l’examen des dossiers, puisqu’il s’agissait de remplacer rapidement les utilisations du Mirex et du LINDANE… ».

L’UNAF rappelle que , entendu par la Commission d’Enquête Parlementaire en 1999, le P.D.G. de Rhône-Poulenc, société créatrice du FIPRONIL, avait expliqué, pour sa part, que ce produit était le fer de lance agrochimique de son entreprise, destinée à la privatisation….

Ce sont sans doute toutes ces invraisemblables déviances que le directeur général de l’Alimentation qualifie d’ « imperfections administratives » !

L’UNION NATIONALE DE L’APICULTURE FRANCAISE demande solennellement à l’autorité judiciaire de poursuivre avec la plus extrême sévérité tous les comportements délinquants que cette affaire peut révéler et qu’il soit procédé aux mises en examen et aux mesures conservatoires qui s’imposent .

L’U.N.A.F. sera très vigilante quant aux moyens judiciaires qui devront être accordés au juge d’instruction pour qu’il puisse remplir pleinement sa mission.


Contacts presse :
UNAF
Tel : +33 (0)1.48.87.47.15


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