Paris, le 10 décembre 2003
Tester les pesticides directement sur l'homme ? C'est le projet délirant
auquel a très sérieusement songé la Commission européenne. Dans un document
sibyllin datant du 19 juin dernier, elle évoque « un projet de déclaration
conjointe de la Commission européenne et des États membres sur l'utilisation des
données humaines pour l'évaluation des substances actives et la fixation des
Limites maximales de résidus (LMR) ».
Pour « données humaines », il faut lire « volontaires sains ». Sous couvert de
fixer au plus juste les seuils limites de résidus dans notre assiette,
l'objectif est en effet d'autoriser l’expérimentation de pesticides sur des
humains en bonne santé lesquels seraient exposés de façon cutanée, orale et
respiratoire à cette rude chimie.
Ce projet fou a fait bondir l'Agence française de sécurité sanitaire des
aliments (Afssa), qui vient de rendre un avis au vitriol, affirmant qu'« une
telle dérive apparaît inacceptable au regard des principes généraux d'éthique ».
Jusqu’à présent, en effet, les seuls tests autorisés sur l'homme concernent les
médicaments : avant de commencer un « essai thérapeutique », comme on les
appelle, on soupèse avec soin les bénéfices et les risques encourus par le «
cobaye ». Mais les cobayes des pesticides sont sûrs de n'en tirer aucun avantage
!
Comme le souligne l'AFSSA, donner le feu vert à de telles études « conduirait à
mettre en place une sorte de jurisprudence insidieuse, inacceptable, pour toutes
molécules chimiques qui ne sont pas destinées à être administrées à l'homme ».
Si des fabricants de pesticides ont réussi à faire passer au sein de l'Union
européenne l'idée qu'il était légitime de tester leurs cochonneries sur l'homme,
on imagine avec effroi ce qui doit déjà se passer dans les pays
sous-développés...
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