U.S.A.
Insectes transgéniques : le législateur américain dépassé par les chercheurs

Washington 22/01/2004

La modification génétique d'insectes pour lutter contre le paludisme ou protéger les récoltes donne des résultats encourageants, les chercheurs avançant plus vite que les législateurs, selon un rapport plaidant pour une réglementation du secteur, publié jeudi à Washington.

"Le gouvernement (américain) manque de cadre réglementaire pour passer en revue la sécurité de l'environnement et d'autres questions associées aux insectes génétiquement modifiés", estime le centre d'étude Pew dans son étude.
"Même si plusieurs années peuvent encore passer avant que les scientifiques soient prêts à propager à grande échelle des insectes transgéniques, la recherche menace de dépasser la réglementation", a estimé Michael Rodemeyer, directeur de la Pew Initiative on Food and Biotechnology.

© AFP

Parmi les recherches prometteuses, le rapport cite la modification de moustiques pour les rendre incapables de transmettre le paludisme, une maladie qui infecte 300 à 500 millions de personnes chaque année et tue entre un et trois millions de malades annuellement.

Les abeilles peuvent également être modifiées pour mieux résister aux maladies et parasites qui ont décimé ces insectes au cours de la décennie écoulée, selon les auteurs de l'étude.

D'autres chercheurs tentent de modifier des vers à soie pour les transformer en mini-usines pharmaceutiques ou leur faire produire des protéines industrielles, comme celles utilisées pour produire une substance dérivée de la soie des araignées, d'une exceptionnelle résistance, utilisée pour les gilets pare-balles, les parachutes et les ligaments artificiels.
Les auteurs du rapport soulignent néanmoins la méconnaissance des effets de tels insectes sur les écosystèmes, la santé ou la sécurité alimentaire, une fois qu'ils seront lâchés dans la nature.
Le succès de certains insectes modifiés, comme le moustique "anti-palu", est en effet lié à leurs capacités à se reproduire pour remplacer les insectes porteurs de la maladie. Mais la prise de pouvoir de ces insectes hybrides pourrait "aggraver les problèmes ou en créer de nouveaux", estiment les experts.

"Il est également possible qu'un insecte génétiquement modifié pour contrôler la transmission d'une maladie ait pour effet involontaire de rendre un insecte capable de transmettre plus efficacement une maladie ou même d'être porteur d'une maladie humaine qu'il ne pouvait pas transmettre auparavant", écrivent encore les auteurs du rapport.

Enfin, prenant l'exemple de la modification génétique des abeilles, les spécialistes n'excluent pas que le miel qu'elles produisent soit également modifié, créant un problème de sécurité alimentaire.

Pour toutes ces raisons, l'utilisation d'insectes génétiquement modifiés doit faire l'objet d'une réglementation préalable à leur diffusion dans la nature, insiste le centre d'étude Pew qui souligne l'absence d'autorité claire en la matière aux Etats-Unis.
Actuellement, le département de l'Agriculture, l'administration de la sécurité alimentaire et pharmaceutique (FDA) et l'agence de protection de l'environnement peuvent se déclarer compétentes en matière d'organismes génétiquement modifiés.