| Henri Clément subit les foudres du groupe Bayer par Jean-Pierre Amarger - Article du "Midi Libre" paru le 04/09/01 |
Henri Clément, le président des apiculteurs de Lozère, et par ailleurs leur président national, vient d’être assigné devant le tribunal de grande instance de Mende par le groupe pharmaceutique Bayer. Selon le groupe chimique et son porte-parole Gérard Eyries, « le produit Gaucho n’a rien à voir avec la mort des abeilles. Nous aiderons à trouver la vraie cause de ces disparitions. Mais en attendant, nous allons faire taire les allégations de certains apiculteurs contre notre produit. Le groupe Bayer a toujours été soucieux de préserver l’environnement en mettant sur le marché des produits exempts de tout danger et dont l’innocuité a été préalablement vérifiée lors des homologations accordées par le ministère de l’Agriculture. Nous ne souhaitons pas nous attaquer à la profession, c’est pourquoi nous assignons devant le tribunal de grande instance de Mende Henri Clément en tant que personne privée et non en tant que président de la profession, tout simplement pour que ces campagnes de dénigrement à propos du Gaucho prennent fin ».
La S.A. Bayer demande 1 F de dommages et intérêts en réparation de l’atteinte à l’image de marque du produit. Car toujours selon la firme, « l’ensemble de ces propos, par leur systématisme, leur répétition et la manière dont ils sont assénés, sans la moindre preuve et la moindre contradiction nuisent au Gaucho ».
Le produit a été mis sur le marché français, avec pour finalité première le traitement des semences de betteraves. Plus tard, son utilisation a été étendue sur d’autres plantes, le blé, l’orge, le maïs et le tournesol. Le Gaucho est un insecticide dont la substance active, l’imidaclopride, protège les plantes contre les pucerons et d’autres insectes ravageurs. Les semences sont traitées avant leur mise en culture (par enrobage, 80 g/ha), ce qui permet de limiter localement l’application du produit, de minorer les quantités d’insecticide apportées à l’hectare, et en conséquence d’en réduire la dispersion dans l’environnement par rapport à la solution classique de traitement des cultures. En outre, par leur effet systémique, les molécules du produit protègent la plante pendant la période sensible de la croissance, à la différence des produits pulvérisés dont l’efficacité est ponctuelle et se limite aux périodes d’application.
C’est dans ce sens que le laboratoire chimique affirme, « le Gaucho présente d’énormes avantages pour les agriculteurs et pour l’environnement ».
« Faux », explique Henri Clément l’une des trois personnes mises en cause par le laboratoire Bayer. « La Lozère ne cultive pas de tournesol, ses apiculteurs ne sont donc pas directement concernés par le produit Gaucho. Mais nous sommes solidaires de ce qui se passe ailleurs en France notamment en matière d’environnement. Le 27 juillet, Bayer a choisi de ne pas attaquer de front la profession apicole. Nous faisons donc les frais d’une politique peu courageuse consistant à s’attaquer à des personnes privées plutôt qu’à des syndicats professionnels. Nous allons aussi demander le soutient de la FNSEA ».
Les apiculteurs contestent énergiquement les analyses faites par Bayer à l’encontre de son produit. Selon eux, le Gaucho est à l’origine de la destruction progressive du rucher français. Le produit devait avoir une durée de vie de 90 jours et en aucun cas ne devait se trouver dans la fleur du tournesol. Ce n’est pas le cas. Selon eux, il reste présent dans le sol plus de 300 jours et peut même passer d’une culture à l’autre. En fait, il est rémanent.
« Les abeilles ont accès au Gaucho en butinant la fleur. Rapidement, elles perdent la notion du temps et des distances, ne retrouvent plus le chemin de la ruche et meurent. 20 à 30 % des abeilles disparaissent tous les ans contre 6 % auparavant. Nous avons aujourd’hui du mal à reconstituer le cheptel. Les pouvoirs publics ont été trompés par Bayer, c’est pourquoi nous déposons une plainte contre X au pôle financier. Bernard Fau, l’avocat qui s’est occupé des hormones de croissance nous défendra. Pour ce qui est de l’assignation devant le tribunal de Mende, je ressens cela comme une victoire. C’est la preuve que le groupe Bayer craint notre profession », ajoute crânement le président de l’Union nationale des apiculteurs de France.
Jean-Pierre Amarger