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Un rendez-vous à ne pas manquer... Par B. Cartel |
S’il
est une opération apicole fondamentale à exécuter dès le retour des beaux jours,
c’est bien la visite de printemps, un rendez-vous à ne pas manquer. Outre le
fait de reprendre contact avec ses abeilles, l’apiculteur profite de cette
visite pour faire un état complet des lieux entre l’époque charnière de la
difficile sortie d’hivernage et le moment de la reprise d’activité.
Jusqu’avant la visite, les seuls indices révélateurs de l’état de chacune des
colonies étaient ceux décelables au trou de vol. S’ils donnaient déjà quelques
bonnes indications à un œil averti, ils ne permettaient qu’une analyse
subjective de l’état de la colonie observée.
L’ouverture de celle-ci, l’examen minutieux des abeilles et de chaque cadre
permet maintenant un bilan objectif de la situation à l’instant T, tout comme le
ferait une photographie. C’est à partir de cette photo virtuelle que seront
prises tout de suite et plus tard un certain nombre de décisions qui
contribueront à mettre chaque colonie en état de produire sur place. S’abstenir
de la visite de printemps, c’est prendre le risque de perdre le contrôle du
rucher et d’y voir s’installer quelques désordres contraires à une apiculture
organisée. Certes, notre abeille n’a pas attendu l’homme pour s’implanter et se
développer sur de multiples et différents territoires. Mais aujourd’hui, dans un
environnement modifié, résisterait-elle aux nouvelles donnes de notre monde ? Si
l’apiculteur ne prétend pas diriger ses abeilles, il peut et doit les aider dans
leurs missions de pollinisatrices et de productrices de miel.
Objectifs
de la visite
Le premier objectif consiste à vérifier la présence de la reine et de sa ponte
(présence d’œufs, de larves et de couvain operculé d’ouvrières).
Dans le cas contraire, reine introuvable, absence de couvain d’ouvrières, ou
présence uniquement de couvain de faux-bourdons, deux explications sont
possibles :
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la colonie est orpheline ; |
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la colonie possède encore sa reine mais elle ne pond que des œufs non fécondés ne donnant à terme que des mâles. |
Quelle que soit la cause d’absence de couvain d’ouvrières,
la colonie n’a aucune chance de survie. La récupération de ces vieilles abeilles
n’offre aucun intérêt économique. Tout au plus, elles peuvent être dispersées
non loin du rucher, en souhaitant qu’elles trouvent refuge pour le peu de temps
qu’il leur reste à vivre. Ensuite, nous nous appliquerons à :
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déterminer l’état sanitaire de la colonie, des abeilles et du couvain. En cas d’anomalie, nous prendrons les mesures sanitaires utiles ou nous ferons appel à l’agent sanitaire local. |
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évaluer les provisions disponibles, en sachant qu’un cadre de corps Dadant entièrement operculé pèse 4 kg. A cette époque de l’année, les rentrées de nectar sont peu importantes. Comme en général, on évalue les besoins mensuels à 2 ou 3 kg de miel, il faudra adapter si besoin les apports nutritifs. |
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remplacer au moins deux cadres dont les cires sont anciennes, noircies, moisies, au profit de deux cadres de cire gaufrée. |
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réorganiser la colonie en adaptant son volume utile en fonction de sa force : une colonie se développe d’autant mieux quand le volume qu’elle occupe lui convient, ni trop exigu, ni trop spacieux. |
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pratiquer quelques opérations de nettoyage (crémaillères, ponts de cire, amas de propolis). |
Quand
visiter ?
Il existe des règles générales applicables à chaque rucher en fonction de sa
situation géographique. Comme dans notre pays, la plage climatique est très
importante, la visite de printemps s’étale vraisemblablement sur plus d’un mois,
selon l’état d’avancement de floraison des espèces locales. A la fin février, si
les amandiers fleurissaient déjà dans le midi de la France, mes ruches étaient
encore dans la neige, malgré l’étirement bien visible des chatons de quelques
noisetiers. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas donner de date de visite,
mais plutôt parler de l’époque de fleurissement d’une essence particulière,
comme par exemple celle du pissenlit. Cela dit, on attendra une belle journée
dont on pense qu’elle en sera suivie d’autres, en se référant à notre météo
nationale dont les prévisions sont de plus en plus sûres à court terme.
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La
visite
Chaque apiculteur possède sa propre façon d’opérer sur le cas particulier que
représente chaque colonie. Aussi nous proposons à l’apiculteur débutant notre
propre façon de faire appuyée par quelques schémas-types – avant/après visite.
Ceux-ci pourront l’aider à organiser ses colonies en fonction des diverses
situations classiques rencontrées : ruche forte, moyenne ou faible. Le jour J,
on découvre la ruche et au premier coup d’œil, on localise la position de la
grappe. La visite commence à l’opposé de celle-ci.
Après avoir retiré le premier cadre de rive, voire le suivant, on organisera la
colonie selon sa force et selon l’un des trois couples de schémas proposés, en
gardant à l’esprit les objectifs fixés précédemment et en les réalisant pour le
mieux. Si ces schémas n’ont qu’une valeur théorique, ils fournissent néanmoins
un bon support de travail. En fin de visite, après avoir remis le couvre-cadres,
on reportera sur la fiche individuelle de la colonie ce qui a été vu et fait.
Ces renseignements seront utilisés lors de la visite suivante. Par comparaison,
on se rendra compte aussi de l’évolution ou de la non évolution de la colonie et
de son devenir. A titre d’exemple, une colonie possédant deux cadres de couvain
à mi-avril et trois à la mi-mai pose problème et devient une non valeur. Au
contraire, une autre colonie possédant elle aussi 2 cadres de couvain à mi-avril
et 6 à mi-mai s’est fort bien développée et sera en état de produire pendant la
miellée de juin/juillet.
Equilibrages
des colonies
Comme nous l’avons déjà dit, chaque colonie est un cas particulier dont le
développement est différent. Il se peut que lors de la visite de printemps, nous
observions quelques situations extrêmes. On peut être tenté d’égaliser ces
colonies en prenant l’excédent de couvain d’une très forte colonie pour muscler
sa voisine un peu faible. Dans ce cas, outre l’égalisation des forces, on peut
penser limiter le risque d’essaimage de la plus forte. Ce type de manipulation
peut fort bien se pratiquer, dans la mesure où l’état sanitaire du cheptel ne
pose pas de problèmes. Dans le cas contraire, le brassage des cadres de couvain
peut être le facteur de dissémination de maladie latente au moment de
l’opération. C’est le contraire d’une bonne prophylaxie apicole qui préconise
entre autres, de ne pas interchanger les cadres … méthode à ne pratiquer qu’en
connaissance de cause et en se rappelant que de toutes les façons, deux colonies
sont perturbées.

Nourrissement
spéculatif
C’est un moyen de doper une colonie : l’apport régulier d’un peu de sirop 50/50
(moitié sucre/moitié eau), par exemple 1 verre tous les deux jours provoque une
ponte spectaculaire dans la mesure où la reine est encore jeune. Cependant le
terme de « spéculatif » peut trouver dans ce cas tout son sens premier. A
vouloir forcer la nature, la colonie trop fortement sollicitée peut enclencher
un processus d’essaimage difficile à contrarier. Mais puisque la méthode est
pratiquée, il faut en parler ainsi que de ses avantages et inconvénients.
La
grille à reines
Juste avant de poser la hausse, on peut déposer une grille à reines sur le corps
de ruche. Son intérêt est de limiter les déplacements de la reine dans le corps
de ruche, les ouvertures de la grille ne permettant le passage que des ouvrières
dans les deux sens. La grille à reine présente elle aussi des avantages et
inconvénients :
Inconvénients : si la reine est très prolifique, il peut y avoir blocage de
ponte dans le corps par manque de place : risque d’essaimage.
Avantages :
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pas de ponte dans la hausse : les cadres sont réservés au stockage du miel. Ils peuvent être extraits dès qu’ils sont operculés. |
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pas de pollution des cadres de hausse par des résidus de pollen ou des accumulations de cocons. |
La
pause des hausses
Avant même de la poser, chaque hausse doit être démontée et ses cadres examinés.
Toute cire ayant contenu du couvain, que l’on reconnaît par la couleur sombre
des alvéoles, est retirée du circuit et destinée à la fonte, tout comme celle
contenant du pollen ancien souvent moisi. Comme pour le corps de ruche, une
rotation des cires sur 4/5 ans favorise une bonne hygiène de la colonie.
Quand
poser la hausse ?
Au cas par cas, dès que les abeilles occupent les 9/10 de la colonie et d’autant
plus vite que la surface de couvain est importante. A titre d’exemple, une
surface de couvain donnée libère des ouvrières capables de couvrir le triple de
cette surface. L’encombrement peut arriver très vite. Cependant, la pose d’une
hausse type Dadant augmente brutalement de 50 % le volume de la ruche. Si les
conditions météo se dégradent, il y a risque de refroidissement du couvain. On
peut parer à ce risque en disposant une feuille de papier journal entre corps et
hausse. Dès qu’elles le souhaitent, les abeilles réduisent le papier et occupent
la hausse.

Conditions
laissant espérer une récolte
L’objectif de l’apiculteur est de faire produire ses colonies. Pour qu’il soit
atteint, il est nécessaire que trois conditions soient réunies au même moment :
Une quantité maximale d’ouvrières butineuses,
Une floraison abondante d’essence(s) mellifère(s),
Des conditions climatiques favorables à la montée du nectar.
1) Une quantité maximale d’ouvrières butineuses
Si la miellée est là mais que les butineuses manquent, chacun comprendra que le nectar disponible ne rentrera pas à la ruche. Il est donc vital que les colonies soient à l’apogée de leur population au moment de la miellée. Rappelons que pour « faire » une butineuse, il faut 42 jours : 21 de l’œuf à l’imago (insecte adulte) et tout autant pour que celui-ci exerce tous les métiers d’intérieur (nettoyeuse, nourrice, cirière gardienne) avant de devenir enfin butineuse. Cependant, en cas de nécessité, la colonie peut modifier cet ordre chronologique. Elle s’adapte en fonction des besoins et peut envoyer aux champs des ouvrières avant qu’elles ne deviennent théoriquement butineuses. Dans le cas où cet ordre serait bousculé, il ne concerne que les ouvrières et en aucun cas l’insecte dans les 21 jours où il est à l’état larvaire. Le nourrissement spéculatif est l’un des leviers permettant d’augmenter la ponte de la reine.
2) Une floraison abondante
Selon l’emplacement du rucher, la floraison d’un maximum
d’essences mellifères principalement sauvages produisant une miellée est
variable. Elle est liée aux conditions climatiques. Bien malin est celui qui à
coup sûr peut prévoir cette époque. L’apiculteur débutant a tout intérêt à
s’informer auprès de collègues expérimentés qui peuvent tout au plus prévoir une
période approximative. C’est plus facile lorsqu’il s’agit de grandes cultures
(ex. colza) ou d’essences sauvages très représentées (ex. acacia). L’observation
régulière de l’avancement de la floraison et l’activité d’insectes butineurs
indiquent à coup sûr le début de la miellée.
3) Des conditions climatiques favorables
Elles se résument en quelques mots : température de douce
à chaude, hygrométrie suffisante, absence de vent d’Est ou de Nord. Si ces
conditions sont remplies, le nectar coulera des fleurs. Si l’une des conditions
manque, il ne coulera pas. On se souviendra de l’été 2003 : les fleurs étaient
présentes, la chaleur était là, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il
manquait l’humidité, donc le nectar n’a pas été au rendez-vous. Les butineuses
sans emploi attendaient désespérément sur la planche de vol…
Après la visite de printemps, nous avons pris connaissance de l’état de nos
colonies à la sortie d’hivernage. Nous les avons organisées pour le mieux et
nous devons maintenant contrôler régulièrement leur développement et, au bon
moment, poser les hausses. Echapperons-nous à un essaimage toujours possible qui
contrarierait nos espoirs de production ? Nous en reparlerons le mois prochain.
B. Cartel
avec l'aimable autorisation de la revue
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