Si l’envie de visiter tenaille le jeune en apiculture, que les anciens le mettent en garde et lui recommandent d’attendre encore un peu !
C’est vrai que le noisetier qu’on
bouscule nous éclabousse de ses premiers pollens. De même le chant matinal des
oiseaux nous ferait presque oublier cette longue période d’hivernage… Déjà bien
présentes aussi, mais insignifiantes, voici les fleurs du mouron des oiseaux qui
attirent les premières butineuses…
Malgré tous ces signes, que l’on ne s’y méprenne pas : l’hiver est encore là et
la bise qu’on pourrait oublier n’a pas jeté son dernier souffle.
Puisque le temps de visiter n’est pas encore venu, soyons prêts simplement à
observer, à réfléchir sur l’état de chaque colonie ou à interpréter les indices
visibles au trou de vol. Certes, la chose n’est pas aisée, mais que la
satisfaction est grande, lorsqu’après l’ouverture de la ruche, le premier
jugement subjectif se confirme !
À
QUAND LA PREMIERE VISITE ?
Si l’on exclut les ruches placées dans les zones privilégiées du pourtour méditerranéen, ailleurs il faudra encore attendre pour visiter. Ouvrir une ruche, pénétrer dans son cœur, crée toujours un stress pour la colonie. Si les conditions météo sont favorables, elle s’en remettra assez vite.Il n’en est pas de même pour la colonie déjà faible que l’on stresse par une visite prématurée. Ce sera donc seulement par l’observation de l’activité au trou de vol que l’on aura déjà une multitude de renseignements sur l’état ou sur le comportement des colonies.
| Puisque nous parlons d’observation, nous conseillons vivement à l’apiculteur
débutant ou non la lecture ou la relecture du livre « Au trou de vol ». Son
auteur H. STORCH part chaque fois d’une observation et en tire les conclusions
qui s’imposent en
donnant les explications de tous les événements qui se passent dans la ruche.
Lors d’une douce journée,
prenons donc le temps d’observer nos ruches et classons-les en trois groupes : - les ruches avec une forte activité, - celles avec une activité moyenne - et celles sans activité.
On pourra placer un repère quelconque sur chaque ruche et l’y laisser quelque temps. Ensuite, chaque ruche sera traitée ou non, en fonction des urgences et des possibilités. |
![]() |
| Colonie à
forte activité OBSERVATIONS
Colonie de faible ou moyenne activité
Colonie ne rentrant pas de pollen |
DÉDUCTIONS / ACTIONS
|
LE
VOL DE PROPRETÉ
Pour maintenir sa température corporelle et donc celle de la colonie, l’abeille
consomme du miel. Fatalement, cette combustion laisse quelques déchets qui
s’accumulent dans l’ampoule rectale de l’abeille. Son extensibilité lui permet
de rester plusieurs semaines sans expulser ses matières fécales. Comme l’abeille
possède une qualité très développée de propreté, elle ne se libère pas dans la
ruche, mais attend que les conditions météo le permettent pour sortir. C’est
ainsi que dès les premières heures d’une belle journée, nos abeilles se
précipitent pour vider leur intestin loin de la ruche. Si le sol est encore
couvert de neige, nous pouvons alors observer de multiples traces jaunâtres,
quelques abeilles mortes ou mourantes. Pour ces dernières, il n’y a généralement
pas lieu de s’inquiéter. Ce sont souvent de vieilles ouvrières ou des malades
qui n’ont plus leur place dans la ruche où aucune pitié, au sens où nous
l’entendons, n’existe.
Ces traces, nous les retrouvons aussi sur nos autos ou sur le linge étendu au
dehors. Si ces désagréments touchent nos voisins, n’attendons pas une remarque
de leur part et offrons-leur d’emblée un petit pot de miel pour nous faire
pardonner… Tout apiculteur, même parfaitement en règle, se doit de garder de
bonnes relations avec son voisinage et a fortiori, l’apiculteur débutant qui
installe un nouveau rucher : il doit tout faire pour ne pas perturber
l’environnement.

Même si l’abeille est sympathique pour la majorité des gens, l’installation et
la présence de ruches ne sont pas toujours appréciées par ceux qui avec ou sans
raison craignent les insectes. À bon entendeur salut.
LES
BUVEUSES D’EAU
Parallèlement aux rentrées de pollen, ce sont les buveuses d’eau qui indiquent,
avec une quasi-certitude, la reprise de ponte. Ces abeilles désignées ou
volontaires, ne recherchent pas spécialement une belle eau pure, comme on
pourrait le supposer. On les observe aussi bien sur la rosée fraîche, sur l’eau
de la source ou sur celle s’échappant d’un tas de fumier. Pourquoi ne font-elles
pas systématiquement le choix d’une eau de qualité, au sens où nous l’entendons
? On sait qu’elles ont besoin de matières azotées qu’elles trouvent justement
sur certains de ces emplacements que l’on juge rebutants. En Suède, J. STARK a
établi une relation entre le développement des mycoses de la colonie et
l’installation de fosses à lisier des élevages de bovins.
Outre ces matières azotées, les abeilles rapportent inévitablement à la ruche
divers germes ou spores pathogènes, des résidus indésirables de pesticides,
d’antibiotiques et autres contaminants. Comment dérouter nos buveuses d’eau de
ces points noirs et les orienter vers une eau de meilleure qualité ?
La solution toute simple est de leur proposer à proximité du rucher, un
abreuvoir adapté et alimenté régulièrement en eau propre. Celui-ci peut être
constitué d’un récipient non oxydable peu profond, posé sur un support à
quelques dizaines de centimètres du sol, si possible en dehors du couloir de vol
des abeilles. Nous disposerons dans l’abreuvoir des éléments flottants
(polystyrène, liège…) qui permettront aux abeilles de se poser sans risques.
L’abreuvoir sera couvert afin d’éviter les déjections des abeilles et autres
insectes en vol, source de contamination non désirable.
Quelle est l’utilité de l’eau dans la ruche en février ? Les nourrices
l’utilisent pour la confection de la bouillie larvaire destinée aux larves les
plus âgées. Elle semble être également employée pour diluer la gelée royale.
D’après SMITH (1959), « les petites larves grandissent mieux, se nymphosent
mieux et deviennent aisément adultes quand la teneur en eau de la nourriture est
légèrement augmentée, au cours des premiers jours. Pendant cette période de
développement de la larve, on observe une décroissance graduelle de la teneur en
eau de la gelée royale ».
REPRISE
DE PONTE
![]() |
Ce sont principalement les noisetiers puis les saules que butinent nos abeilles
pour rapporter les premières pelotes de pollen frais. Chaque charge pèse en
moyenne entre 15 et 25 mg et représente environ 20 % du poids de l’insecte. Elle
correspond à 14 kg pour un homme de 70 kg. Avec ces nouvelles protéines, le «
beefsteack des larves », la reprise de ponte est possible et même attendue pour
remplacer les abeilles d’hiver. Elles ont assuré l’hivernage de la colonie et
deviennent désormais nourrices avant de disparaître. C’est à elles de prendre en
charge le jeune couvain à venir. Forte de ces nouveaux-nés, la colonie va se
développer proportionnellement à sa force et à ses provisions. Il n’y a pas lieu
d’intervenir. Par contre, si les provisions de miel paraissent un peu justes, l’apport d’un pain de candi, sur le trou de nourrissement est tout à fait recommandé. Le nourrissement liquide est à proscrire en période froide et reste déconseillé en fin d’hiver, même si quelques rayons de soleil incitent les abeilles à sortir. Il fait l’effet d’un coup de fouet : la reine accélère son rythme de ponte et la colonie se développe anormalement vite, compte tenu de l’époque. Un coup de froid peut arriver alors. Si c’est le cas et s’il se prolonge, la grappe d’abeilles, comme elle le fait naturellement, se resserre, abandonne de fait le couvain périphérique qui faute de soins, ni nourriture, ni chauffage meurt. |
Ce drame dans la ruche était prévisible : la colonie dopée artificiellement a
dépensé inutilement de l’énergie pour élever ce couvain excédentaire. Il est
désormais perdu. Les abeilles doivent sans plus tarder, l’extraire des cellules
et l’évacuer hors de la ruche. Dans le cas contraire, si par exemple la période
de froid se prolonge plusieurs jours, les larves et nymphes mortes se
décomposent dans les cellules. L’état sanitaire de la colonie est menacé : il y
a risque de développement d’agents pathogènes, responsables de maladies telles
que les mycoses, les loques.
NOURRITURE
DES LARVES
C’est généralement entre le 5e et le 15e jour de sa vie que les glandes
hypopharyngiennes et mandibulaires de l’ouvrière sont pleinement développées et
aptes à fonctionner, notamment avec l’apport prépondérant du pollen. Elle
devient alors nourrice et à ce titre produit la gelée royale destinée
principalement à la reine et aux jeunes larves mâles et femelles. Cette
substance nutritive spécifique de couleur blanche, acide, n’est pas stockée
comme le miel ou le pollen : elle est distribuée immédiatement au fur et à
mesure des besoins exprimés ou non. Selon l’âge de la nourrice qui la produit,
selon la qualité de sa propre nourriture – nectars et pollens butinés- selon
l’âge de la larve qui la reçoit, la composition chimique de la gelée royale
varie.
Le tableau ci-dessous en propose une analyse moyenne (« Le Traité de
L’Apiculture » de Rustica).
| Matières
Quantité Eau
66 %
|
![]() |
De l’éclosion à l’operculation, période qui varie de 5,5 à 6 jours, les larves
d’ouvrières sont visitées fréquemment (de 2000 à 7 000 fois selon différents
observateurs). Mais une baisse de température du couvain retarde l’operculation
et allonge de ce fait la durée totale de développement de l’ouvrière. Ce
phénomène est général chez les insectes.
Les larves ne sont nourries qu’en fonction des besoins (de 150 à 1 100 fois,
selon ces mêmes observateurs). Lors d’un nourrissement, la nourrice dépose 1
goutte de nourriture à proximité de la bouche de la larve. Chaque abeille peut
élever l’équivalent de deux à trois larves, dans la période réservée à la
fonction de nourrice. Les larves de reines sont élevées dans des cellules
particulières. Celles-ci sont construites spécialement pour les remplacements en
cas de supersédure ou d’essaimage, ou bien agrandies à partir de cellules
d’ouvrières en cas de remplacement d’urgence suite à un accident. Durant la
période d’élevage, les larves royales baignent dans une abondante nourriture,
même après l’operculation.Elle est composée de deux types de gelée : une lactée
opaque, l’autre claire et aqueuse. D’après OFFMAN (1960), la première est plutôt
administrée à la jeune larve de moins de trois jours qui reçoit ensuite l’autre
plus claire. Curieusement, le taux de croissance des larves de reine de moins de
trois jours est plus faible que celui des ouvrières du même âge. Ce n’est qu’à
partir du 4e jour que ce taux s’inverse au bénéfice des larves de reine. La
reine est généralement entourée d’une dizaine de courtisanes qui l’examinent, la
lèchent (transmission des phérormones) et la nourrissent à raison de 2 à 3 fois
par heure.
Les besoins nutritionnels d’une reine peuvent être estimés. En prenant comme
hypothèse une ponte annuelle de 200 000 œufs d’un poids moyen de 0,2 mg soit 40
g de matière. L’énergie nécessaire pour les produire correspond à 60 g de gelée
royale à laquelle s’ajoutent 5 g pour les besoins propres de la reine. Au total,
c’est 65 g de gelée royale qui seront nécessaires à l’entretien annuel d’une
reine en ponte.
LA
NOURRITURE DES ABEILLES
Globalement, les abeilles – larves et adultes (appelés imagos) – se nourrissent
à partir d’éléments floraux : le nectar et le pollen.
Le nectar :
À l’aide de sa langue déployée, l’abeille aspire le nectar généré par les
nectaires des fleurs et les nectaires extra-floraux, que lui offrent certaines
variétés de fleurs dans le but d’être fécondées (pollinisées).
Le nectar est une substance
aqueuse
qui fournit à l’abeille principalement les hydrates de carbone. Ceux-ci sont
présents dans cette substance dans des proportions variables allant de 5 à 80 %
sous forme de sucres tels que le saccharose, le glucose, le lévulose. En outre,
le nectar apporte de petites quantités de composés azotés, de minéraux, d’acides
organiques, des lipides et des substances aromatiques. Parfois l’abeille récolte
aussi du miellat, secrété par certains insectes suceurs, principalement les
pucerons. La composition chimique du miellat diffère un peu de celle du nectar.
Ramenés à la ruche, nectar ou miellat sont consommés par les adultes et par les
larves les plus âgées dans la bouillie larvaire ou sont transformés en miel
(miel de nectar ou miel de miellat) et stockés alors dans les alvéoles.
Le pollen :
Prélevé sur les étamines à l’aide de ses pattes antérieures, agglutiné en pelote
sur chacune des deux pattes postérieures de l’abeille, c’est l’élément
fertilisant mâle des fleurs. Le pollen est riche en protéïnes (de 5 à 35 %) mais
apporte également des lipides, des sucres, des vitamines, des sels minéraux, de
l’amidon et des stérols. Si ces derniers sont peu représentés dans le pollen, de
l’ordre de 0,5 %, ils sont essentiels pour métaboliser le cholestérol que
l’abeille ne pourrait produire sans eux.
Le pollen ramené à la ruche est directement consommé par les larves les plus
âgées, dans la bouillie larvaire ou bien traité par les ouvrières, de façon à
empêcher la germination.

Il est finalement stocké dans des alvéoles différentes de celles du nectar.
L’apiculteur le nomme alors « pain d’abeilles ». En vieillissant, il se dessèche
et perd progressivement de ses qualités. Si l’équilibre alimentaire de la
colonie est rompu, par carence de pollen ou si celui qui est entreposé est de
mauvaise qualité, les nourrices deviennent incapables de produire de la gelée
royale, substance spécifique réservée au jeune couvain et à la reine.
Si les jours rallongent, les goûters autour de la crêpière ou les soirées au
coin du feu restent un moment privilégié pour déguster cidre, galettes, crêpes
ou toute autre douceur au miel. Les occasions ne manquent pas entre la
Chandeleur et le Mardi-Gras. De même, les réunions d’apiculteurs sont fréquentes
; ne les manquons pas. Elles préparent la prochaine saison et recueillent aussi
les cotisations des adhérents retardataires ! C’est lors de ces échanges
fructueux, que chacun apporte ses connaissances, fait état de ses réussites ou
de ses échecs, avec comme devise commune : « savoir faire et le faire savoir ».
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