Si
M. de La Palice s’était adonné à l’apiculture, sans doute nous aurait-il
gratifiés d’un aphorisme du genre : « Pour marquer une reine. c’est simple, il
suffit de la trouver ». Considérons
donc cette première étape franchie. La reine est là, sous vos yeux, se déplaçant
lentement sur le cadre…
Saisir
la reine
Tout d’abord, quelques rappels ou conseils :
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La reine ne pique pas, et les abeilles qui l’entourent sur le cadre ne sont pas agressives ; donc chasser toute appréhension, voire peur. |
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Une fois repérée, ne pas la quitter des yeux ; donc avoir le matériel à portée de main - dans la poche de la combinaison c’est très bien - ou posé sur le toit de la ruche voisine. |
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La reine n’est pas fragile, à l’exception de son abdomen. |
Le
plus simple est de la saisir par une aile, ou par les ailes – on ne choisit pas
parfois ! entre le pouce et l’index. Par une patte, ou par les pattes, c’est
plus difficile et aussi plus fragile. Et toute reine mutilée (patte en moins
voire simplement abîmée) est irrémédiablement condamnée. Par le thorax (très
solide), c’est bien sûr possible mais cela demande plus d’assurance et de
dextérité. Tout cela impose de travailler sans gants bien sûr. Et aussi d’avoir
de quoi se laver les mains de temps en temps pour enlever la propolis qui colle
aux doigts, surtout s’il fait chaud, car cela ne facilite pas les manipulations,
loin de là.
Tout en tenant la reine, il faut se décharger du cadre, soit en le remettant en
place dans la ruche, d’une seule main, soit en le posant à l’extérieur contre la
ruche, ou suspendu à un porte-cadres, ou dans une ruchette vide (avec le premier
cadre enlevé). Ceci fait-on place la reine dans une cage à reine (cage plastique
plate type Nicot) ou dans une cage à piston qui servira pour le marquage. Puis
on place la cage à l’ombre, le meilleur endroit étant encore une fois la poche
de la combinaison. On peut alors remettre en place les cadres dans la ruche et
le couvre-cadres.
L’autre méthode consiste à mettre directement la reine dans la cage à reine (il
existe pour cela des cages spéciales qu’on trouve dans le commerce souvent sous
l’appellation de « pince à reine ») ou mieux dans la cage à piston, sans la
saisir avec les doigts. Avantage : on peut opérer avec des gants. Inconvénient :
la reine est vive et si on manque le premier essai, cela devient vite mission
impossible ! En outre le risque de la blesser n’est pas négligeable. Une fois la
reine en cage, on procède comme précédemment puis on peut passer à l’opération
suivante.
Marquer
la reine
Quel produit utiliser ?
Le marquage peut être soit une tache de peinture (peinture spéciale sans odeur,
stylo marqueur), soit une pastille (couleur et forme différentes ou couleur +
numéro) qu’on colle sur le thorax de la reine (colle spéciale sans odeur bien
sûr). Ce second procédé a l’avantage d’être plus précis dans le suivi des reines
et utile en cas d’essaimage, mais il nécessite une double opération : dépose de
la colle puis pose de la pastille. Un inconvénient majeur par contre : il n’est
pas rare que la pastille se décolle (colle trop ancienne, mal conservée, séchage
trop rapide, voire dépilation du thorax les premiers jours chez une reine vierge
– dixit Gilles FERT in « L’élevage des reines ») et tout est à refaire. Sans
compter le désagrément, en cas de recherche de la reine pour une opération
quelconque, de ne pas faire cette opération dans de bonnes conditions alors
qu’on la pensait simple et rapide. Et sans compter non plus que peut subsister
un doute sur un remèrage naturel éventuel ; mais en général on arrive à
distinguer des traces de colle anciennes sur le thorax.
Comment
procéder ?
Là encore, deux méthodes sont possibles :
Soit prendre la reine dans la main et l’immobiliser par le thorax délicatement
entre le pouce et l’index, l’abdomen reposant sur le majeur au dessous. La
marquer et la remettre dans sa cage.
Soit la marquer au travers d’une maille de la cage à piston après l’avoir
immobilisée en veillant cependant à ne pas comprimer son abdomen ; pour cela
incliner légèrement le piston pour que la pression s’exerce au niveau du thorax.
Cette opération peut se faire dans un véhicule, option recommandée au début si
le marquage se fait à la main. Le risque de la perdre ou de la voir s’envoler…
s’envole aussi, à condition de ne pas laisser une vitre ouverte ! Elle peut se
faire aussi à quelque distance du rucher, calmement, bien installé dans une zone
ombragée. La ruche ayant été refermée, il n’y a aucune urgence à intervenir. Il
est d’ailleurs préférable aussi ensuite d’attendre que la peinture ou la colle
soit bien sèche et que toute odeur ait disparu.
Une variante : On trouve dans le commerce (on peut se le fabriquer aussi) un
tamis à mailles larges, comme pour la cage à piston, dont le bord fait environ 1
cm de hauteur qu’on place sur la reine pour l’immobiliser sur le cadre et la
marquer au travers d’une maille. Son emploi d’apparence simple n’est pas
toujours aisé car la reine est rarement isolée. Des abeilles en font ainsi les
frais, tout comme le couvain qui se trouve parfois perforé !
Un conseil : suivre le code international des couleurs pour le marquage des
reines. La seule contrainte sera d’acheter chaque année, pendant 5 ans, la
couleur ou le stylo marqueur correspondant à l’année en cours. Le code est le
suivant :
Année terminée par :
1 2 3 4 5
Ou + 5 ou + 5 ou + 5 ou + 5 ou + 5
Blanc Jaune Rouge Vert Bleu
Pour s’en souvenir, le procédé mnémotechnique suivant est amusant. Il faut
mémoriser la phrase : « Blanc, je rêve en bleu ».
je : pour jaune,
rê : pour rouge,
ve : pour vert.
Un autre conseil : concernant une jeune reine, mieux vaut attendre qu’elle ait
bien établi sa ponte pour la marquer, en moyenne une quinzaine de jours.
Le
clippage
de la reine
La
reine c’est se doter d’un « outil » pour la gestion de l’essaimage. Une reine
clippée ne peut plus voler, donc ne peut pas être entraînée par l’essaim qui
s’en va et… l’essaim revient à la souche. À l’apiculteur alors de s’adapter à la
situation. Comment ? À elle seule, la réponse à cette question pourrait faire
l’objet d’un long développement, ce qui est hors de propos dans le cadre de cet
article. Cependant, disons déjà que cela ne concerne que les apiculteurs dont
les ruches sont près de chez eux et qui peuvent exercer une surveillance
régulière pendant la période d’essaimage. À l’inverse, ce sera préjudiciable ;
et dans ce deuxième cas ne croyez pas ceux qui vous disent qu’ils n’ont pas de
problèmes
d’essaimage parce que leurs reines sont clippées et qu’ils n’ont de ce fait plus
à s’en occuper.
En
quoi consiste le clippage ?
Le mot ne figure pas dans le dictionnaire et il est d’un usage strictement
apicole. Il est formé par dérivation à partir du verbe anglais « to clip » qui
signifie couper, cisailler, rogner (les ailes à une volaille par exemple).
L’anglicisme qu’il conviendrait d’employer alors serait le clipping. On pourrait
tout aussi bien employer la traduction : le rognage, terme qu’on trouve parfois
dans certains ouvrages anciens.
L’opération consiste à couper, avec une paire de petits ciseaux bien tranchants,
une partie d’une grande aile de la reine. On la tient d’une main (gauche pour
les droitiers) par le thorax et de l’autre on ampute l’aile choisie d’un bon
tiers de sa longueur. Si on coupe les deux ailes, soit intentionnellement, soit
d’un coup de ciseaux intempestif, cela n’a aucune importance. Une reine aux
ailes rognées n’est pas considérée par les abeilles comme une reine mutilée.
Elle continue à pondre et être prise en charge normalement par les abeilles qui
forment sa cour. Dans ce domaine il y a aussi un code international qu’on peut
respecter si on veut être puriste : on rogne l’aile droite les années paires et
l’aile gauche les années impaires.
Réintroduire
la reine
Revenir à la ruche et enlever le couvre-cadres en donnant une bouffée de fumée
rasante. Placer la cage à reine en partie ouverte ou la cage à piston sans
celui-ci à plat sur la tête des cadres et… laisser faire. En peu de temps la
reine trouvera la sortie et redescendra entre deux cadres, aidée en cela par de
nombreuses abeilles. Si nécessaire l’aider avec très peu de fumée. Attendre un
peu avant de remettre le couvre-cadres. Il arrive parfois que la reine remonte.
Ce serait dommage de l’écraser entre une tête de cadre et le couvre-cadres ? Il
y a d’autres méthodes de remèrage !
Deux
incidents possibles et leur solution
Que faire si la reine est « emballée » ou « pelotée » ?
Les abeilles témoignent alors de l’agressivité vis-à-vis de la reine. Elles
l’attaquent et forment une boule autour d’elle. Elles peuvent l’étouffer. Ce
comportement est provoqué par une fuite rapide de la reine (donc incident plus
fréquent avec une jeune reine), ce qui la fait sans doute prendre pour une
étrangère. De la fumée suffit à désorganiser la « pelote » et permet soit à la
reine de réintégrer le nid à couvain entre deux cadres où l’acceptation se fera
plus facilement – mais ce n’est pas garanti ! – soit à l’apiculteur de récupérer
la reine promptement. Elle sera alors réintroduite avec plus de précaution ou
par engluage. Pour cela, soulever un cadre de couvain et dans un angle où il y a
toujours du miel, faire un sillon profond et large avec le lève-cadres et y
placer la reine en faisant couler un peu de miel dessus. Faire attention à ne
pas la blesser. Remettre le cadre en place. L’opération est terminée.
Que
faire si la reine tombe en catalepsie ?
La reine est alors inerte, comme morte. La cause ? Sans doute un
trop grand stress, la cage laissée quelque temps au soleil, une pression trop
forte entre les doigts ou entre les mailles du tamis et le piston… Surtout ne
pas croire qu’elle est morte et la jeter, mais essayer de la ranimer. Pour cela
la placer dans la paume de la main et lui souffler doucement de l’air chaud
dessus. Ne pas se décourager. La ranimation peut prendre plusieurs minutes !
Cela m’est arrivé personnellement trois fois et j’ai réussi chaque fois à les
ranimer. Lorsque la reine a « repris ses esprits », la placer dans une cage,
plate ou à piston, et placer la cage à plat entre deux têtes de cadres et…
laisser faire les abeilles.
Le marquage des reines est une opération qui demande sang-froid, dextérité et
doigté mais qui s’acquiert facilement. Les bénéfices qu’en retire l’apiculteur
pour la conduite de ses ruches (suivi des reines pour leur âge, orphelinage,
remèrage, essaimage artificiel…) valent bien l’effort consenti.
Par Jean-Louis Perdrix
Clichés Chong Wing
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