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Intersaison |
Alors que les individus des principales familles des Apoïdes tels les bourdons, les guêpes, les frelons… vont disparaître, exceptées leurs reines qui seules passent l’hiver entier, nos abeilles se préparent à entrer en hivernage. Cette longue période ne pose généralement pas de problème pour les colonies bien installées dans l’abondance : l’abeille craint davantage l’humidité que le froid que nous connaissons sur notre territoire. Par contre, les colonies faibles ou petites, celles aux provisions insuffisantes, les non-valeurs, souffriront et bon nombre d’entre elles ne verront pas le printemps. À nous de prendre en compte cette réalité et de pratiquer les ultimes regroupements indispensables en sachant que si deux pauvres ne font pas un riche, ils peuvent toujours s’entraider en attendant des jours meilleurs. |
CONDITIONS D’UN
BON HIVERNAGE
Précisons d’emblée au débutant que l’abeille hiverne et n’hiberne pas comme par
exemple, la marmotte. Celle-ci passe l’hiver dans un état léthargique, avec
jeûne et diminution du rythme cardiaque et respiratoire.
Au contraire, l’abeille continue de s’alimenter pour maintenir sa propre
température corporelle et la température de la grappe, même si l’activité
générale est réduite. Cela dit, l’hivernage est une période longue et difficile
pour l’abeille, hormis peut-être pour celles vivant dans les zones privilégiées
par le climat du Sud de la France, quoique… L’apiculteur doit par conséquent
tout mettre en œuvre pour aider ses colonies afin que cette période se passe
pour le mieux. Résumons les principales conditions nécessaires à un bon
hivernage :
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les colonies seront placées sur un terrain sec et peu venté, surélevées du sol de 20 cm au moins, loin des zones inondables, éloignées des bruits transmis par le sol. Loin, par exemple, d’une voie ferrée à grande circulation : chaque passage d’un train provoque vibrations et dérangement des abeilles ; |
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les ruches doivent être constituées, en ce qui concerne ses parois ou sa partie supérieure, de matériaux suffisamment isolants. Lorsque les déperditions calorifiques sont importantes, les abeilles consomment plus de carburant pour entretenir la thermorégulation de la ruche ; |
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seules, les colonies fortes seront mises en hivernage. Celles qui ne le méritent pas seront regroupées pour ne former que des éléments forts et capables de résister au froid ; |
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les provisions doivent être abondantes et de bonne qualité. Dans le doute et sachant qu’en Octobre le nourrissement au sirop n’est plus d’actualité, l’apiculteur n’a guère d’autre solution que de déposer un pain de candi sur le trou de nourrissement, à renouveler dès qu’il est consommé. |
Lorsque ces conditions sont réunies, nous aurons fait
l’indispensable. Seules des conditions météorologiques imprévisibles
désastreuses pourront contrarier nos abeilles locales, qui dans la majorité des
cas affrontent l’hiver sans problème ; elles sont génétiquement programmées pour
cela.
En Savoie, des colonies d’abeilles locales bien protégées, bien pourvues en
nourriture, passent l’hiver parfois à plus de 1 000 m d’altitude sous 1 mètre de
neige ou plus. À la fonte des neiges, nous les retrouvons parfaitement en forme.
Il n’en est pas forcément de même avec des souches d’abeilles importées, parfois
de pays au climat doux. N’étant pas programmées pour un hivernage long et
difficile, elles risquent d’en souffrir et pire, de ne pas le supporter. C’est
une raison, entre autres, qui devrait pousser les bergers d’abeilles à n’élever
que des souches locales.
ULTIMES
REGROUPEMENTS
Mon collègue Francis s’est déjà exprimé en septembre et son article est à relire
avec intérêt. Néanmoins, nous revenons sur ce sujet car c’est maintenant
l’époque de la dernière chance d’un groupement avec de bonnes probabilités de
réussite. L’opération est simple et c’est bien souvent le seul moyen de sauver
les abeilles de deux colonies faibles ou petites qui seraient vouées à la mort.
Comment procéder ? En deux temps : d’abord rapprocher les colonies jusqu’à les
mettre côte à côte et ensuite les rassembler.
Rapprocher les colonies.
Nous examinerons les deux cas les plus fréquents :
Les colonies sont l’une à côté de l’autre ou à une distance proche. Dans le premier cas, le regroupement peut s’effectuer sans opération supplémentaire de rapprochement. Dans le deuxième cas, nous rapprochons simultanément les deux colonies de 20 à 30 cm tous les deux jours afin de ne pas perdre les butineuses qui se réorientent au fur et à mesure. Dès que l’opération de rapprochement est terminée, le regroupement devient possible, comme dans le premier cas.
Les deux colonies ne peuvent pas être rapprochées, étant trop éloignées l’une de l’autre ou ayant entre elles un obstacle infranchissable (par exemple une ou plusieurs ruches). Dans ces conditions, pour réaliser le rapprochement indispensable pour ne pas perdre les butineuses, la solution consiste à en anesthésier l’une des deux. L’opération est délicate mais mérite d’être entreprise sur une colonie qui de toute façon est vouée à la perte. L’anesthésie des abeilles fait qu’on leur enlève entre autres, une partie de leur mémoire. Au réveil, elles n’ont plus le souvenir de leur emplacement. Nous allons profiter de ce laps de temps pour tenter cette opération. Le produit anesthésiant porte le nom de nitrate d’ammonium et s’acquiert chez un revendeur de matériel apicole ou en pharmacie. Il se présente sous forme de granulés blancs. Selon le volume de la colonie à traiter, nous en emploierons 1 à 2 cuillères à café.
Mode opératoire :
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Attendre le retour des dernières butineuses et obstruer le trou de vol de la ruche à déplacer (ruche « B »). |
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Découvrir la colonie jusqu’au couvre-cadres exclu. |
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Allumer l’enfumoir et attendre que la combustion soit bien partie pour obtenir une température maximale. |
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À ce moment, jeter une cuillère à café de nitrate dans l’enfumoir au centre des braises. Actionner 2 ou 3 fois le soufflet jusqu’à ce que se dégage une fumée roussâtre. |
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Dégager une partie du couvre-cadres et insuffler 3 ou 4 bouffées de fumée puis reposer le couvre-cadres : les abeilles se mettent à bruisser ; si l’opération est réussie, le bruissement s’estompe rapidement. Les abeilles tombent au fond de la ruche ou restent accrochées aux cadres, totalement inertes. |
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Dans ce cas, dégager le trou de vol, enlever pour 2 ou 3 minutes le couvre-cadres afin d’évacuer la fumée toxique. |
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Reposer le couvre-cadres après le dégagement de la fumée et déplacer cette ruche traitée à proximité de la ruche (A) avec laquelle elle sera réunie. Au bout de 10 à 15 minutes, les abeilles reprennent leur activité mais elles ont perdu la notion de leur emplacement. Dès le lendemain, le regroupement devient possible. Si l’anesthésie n’a pas réussi, on renouvellera l’opération le soir même ou le lendemain. |
Nota : à 210°, le nitrate d’ammonium produit de l’eau et un gaz anesthésiant, le protoxyde d’azote. À plus haute température, vers 250°, il y a formation de peroxyde d’azote, toxique pour les abeilles.
Regrouper les colonies
Avant de procéder à un regroupement, l’idéal est de supprimer la reine la plus mauvaise (par exemple celle dont le couvain est irrégulier). S’il est vrai que les abeilles se débrouillent seules pour l’éliminer, qui dit que s’il y a combat, la victorieuse s’en sortira sans séquelles ? Que la suppression de la reine la plus mauvaise soit faite ou non, le regroupement doit toujours s’envisager lorsque les butineuses sont rentrées, le soir de préférence.
Mode opératoire
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Disposer sur la colonie réceptrice A, une feuille de papier journal en guise de couvre-cadres ; percer quelques trous à l’aide d’un clou. |
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Désolidariser le fond de la ruche B à déplacer et obstruer son trou de vol. La déposer sur le papier journal posé sur la ruche réceptrice A. |
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Vérifier que les abeilles de la ruche B déplacée ne puissent pas sortir ; au besoin calfeutrer les endroits par où les fuites d’abeilles sont possibles. Laisser l’ensemble en place 1 à 2 jours, jusqu’au moment où l’activité au trou de vol de la ruche réceptrice A est devenue plus importante ou lorsque l’on observe des débris de papier, signes que la jonction des deux colonies s’est effectuée. |
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Achever le regroupement en rassemblant tous les cadres de couvain des deux colonies au centre de la ruche réceptrice A. On peut placer aussitôt de part et d’autre un cadre de pollen et ensuite les cadres de miel les mieux pourvus. On brossera les dernières abeilles sur cette nouvelle colonie reconstituée. On peut refermer celle-ci sans avoir oublié de lui fournir un peu de sirop pour favoriser la trophallaxie, c’est-à-dire les échanges de nourriture entre les individus de la ruche. |
Nota : Il se peut que le fond de la ruche à déplacer B ne
soit pas amovible. Dans ce cas, 1 ou 2 jours avant le regroupement, on
transvasera cette colonie dans deux hausses superposées, l’ensemble reposant sur
un plancher de fortune. Le problème du fond amovible est ainsi résolu.
FIN DE
TRAITEMENT ANTIVARROA
Nous ne le répéterons jamais assez : il faut retirer les lanières anti-varroase
après la durée effective de traitement. Celle-ci vous a été indiquée par le
Groupement de Défense Sanitaire Apicole Départemental. Les laisser plus
longuement en place dans la ruche risque de créer l’accoutumance à la molécule
et le développement de souches de varroas mutants, résistants à la molécule
active.
Que faire des lanières usagées ?
La réutilisation étant totalement déconseillée, elles doivent être détruites à
l’usine d’incinération pour éviter toute pollution accidentelle, principalement
du milieu aquatique. Pour ceux qui ont donné la préférence au thymol, le retrait
des barquettes vides n’est pas obligatoire, le fournisseur ne croyant pas
possible une résistance. Elles peuvent rester en place tout l’hiver et n’être
retirées qu’à la visite de printemps.
Par contre, le volume d’air de la chambre d’évaporation que nous avons réalisée
volontairement lors de la pose des barquettes restera un volume supplémentaire
et inutile à chauffer pendant les grands froids. Les abeilles devront puiser
davantage dans les réserves de miel, ce qui n’est pas spécialement le but
recherché, surtout cette année. C’est de plus pour elles un surcroît de travail.
RETOUR DU
CONGRES D’APIMONDIA
Nous avons parcouru la très vaste et belle exposition du Congrès d’Apimondia à
Ljubljana. Sans risque de se tromper, on peut dire que dans la très grande
majorité des cas, les matériels apicoles se ressemblent à quelques détails près.
Toutefois, nous ne résistons pas à l’envie de vous présenter une idée
révolutionnaire, matérialisée par les apiculteurs hongrois, concernant la lutte
contre la varroase. Si cette idée et sa mise en pratique peuvent nous sembler un
peu farfelues, ne la jugeons pas trop rapidement. C’est peut-être une avancée
dans la connaissance. Nous remercions notre ami apiculteur qui a eu la
gentillesse de nous traduire de l’allemand le document de présentation suivant.
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REMARQUABLE RÉALISATION POUR LES ABEILLES ON CONTRARIE LA MULTIPLICATION DE LARVES DE VARROA DANS LES CELLULES D’ABEILLES OPERCULÉES.
Nota : d’après M. KONYA, le procédé décrit ci-dessus gêne la multiplication de varroa et favorise le développement du couvain. Nous sommes perplexes car nous avons relevé dans le « Traité de biologie de l’abeille de Chauvin » exactement le contraire où une méthode de blocage de ponte décrite par M. SEVALLE (1940) précise : « Jadis dans le Gâtinais, quelques jours avant la miellée, on retournait un panier d’abeilles, on le recouvrait d’une grille de meunerie (servant de grille à reines) et, une fois calé dans cette position, on le coiffait d’un panier vide dans lequel les abeilles entreposent ensuite le miel. Dans le panier retourné, l’inclinaison des cellules est inversée : la reine, gênée dans sa ponte, l’arrêterait presque totalement. De ce fait, les abeilles qui naissent deviennent plus rapidement butineuses, n’ayant plus de couvain ouvert à nourrir ». |
Affaire à suivre…
CONCLUSION
La saison apicole s’achève avec la mise en hivernage de nos colonies. Elles
n’attendent plus grand-chose de nous si ce n’est qu’une visite régulière au
rucher et la tranquillité, elles l’ont bien méritée. Si la sécheresse
exceptionnelle les a parfois éprouvées, elle a eu des répercussions
contradictoires : une production modeste par manque de nectar pour certaines, ou
au contraire l’opulence pour celles placées à proximité d’essences profondément
enracinées, qui vont puiser la vie dans la nappe phréatique. Enfin, nous
espérons que nos anciens ont eu la sagesse de se protéger pendant les périodes
difficiles de cet été et que nous les retrouverons en pleine forme ce prochain
printemps. Les abeilles ont besoin d’eux.
B. Cartel
avec l'aimable autorisation de la revue
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