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Changement de cire pour la reconversion à l’apiculture biologique Par Anton Imdorf,
Stefan Bogdanov, Verena Kilchenmann |
Dans l’Ordonnance sur l’agriculture biologique, il est stipulé que la cire utilisée dans une exploitation reconvertie à l’apiculture biologique doit provenir d’unités biologiques. Elle ne doit contenir aucun résidu de pesticides qui pourrait contaminer les produits apicoles. Vu que la plupart des apiculteurs-trices ont utilisé autrefois de la cire contaminée achetée dans le commerce (ill. 1) ou utilisé eux-mêmes des acaricides persistants pour, par exemple, lutter contre les varroas, ils doivent, s’ils désirent se reconvertir à l’apiculture biologique, remplacer l’ensemble de leur cire par de la cire exempte de résidus. Pendant trois ans, 22 apiculteurs-trices ont participé à la présente étude dont l’objectif visait à trouver le procédé convenant le mieux à l’obtention de cire sans résidus. Chaque année, un échantillon de cire sans résidus a été prélevé pour contrôler le succès de la reconversion.

Illustration 1 : Résidus d’acaricides dans les
cires gaufrées suisses
La surveillance sur plusieurs années des résidus dans un échantillon de
mélange représentatif des cires gaufrées suisses montre que, pendant les
dernières années, les résidus ont légèrement diminué grâce à l’application
d’acides organiques et de thymol dans la lutte contre les varroas. Ce sont dès
lors principalement les concentrations de fluvalinate qui demeurent encore trop
élevées. Autrement dit, ces résultats signifient qu’en utilisant régulièrement
de telles cires gaufrées, la cire des rayons contient toujours des résidus de
pesticides et les exigences de qualité de l’apiculture biologique ne sont donc
pas remplies. Dans le cadre de la reconversion à l’apiculture biologique, la
cire contaminée doit être remplacée par de la cire sans résidus. Si l’on tient
compte des échantillons de cire des différents fabricants de cires gaufrées, les
valeurs varient fortement et certaines peuvent même révéler des résidus très
au-dessus de la moyenne.
Procédés
pour le changement de sa cire
Sur la base de la quantité de résidus relevée dans la cire à l’occasion de la
1ère analyse de cire, les exploitations ont été subdivisées en 3 groupes:
Remplacement total de la cire, 9 exploitations
Les résidus dans la cire des différents acaricides se situaient à plus de 0,8 mg
par kg de cire. Dans ces exploitations, l’ensemble de la cire a été remplacé par
de la cire sans résidus dans toutes les colonies et selon différentes méthodes.
Remplacement partiel, 10 exploitations
Les résidus dans la cire des différents acaricides s’élevaient avant le
remplacement à moins de 0,8 mg par kg de cire. Dans ce procédé, on a tenté par
l’introduction d’un plus grand nombre de nouvelles cires gaufrées sans résidus
ou de constructions naturelles d’abaisser le niveau de résidus le plus
rapidement possible au-dessous du seuil actuel de détection (dilution des
résidus).
Sans remplacement de la cire, 3 exploitations
Exploitations sans résidus. Dans ce cas-ci, on a contrôlé, après le premier
prélèvement d’échantillons, qu’aucun résidu n’était décelable aussi durant les
deux années qui ont suivi. Le renouvellement des cires a été effectué dans ces
exploitations par des cires gaufrées non contaminées provenant de l’exploitation
même ou par des constructions naturelles.
Prélèvement
et analyse des échantillons de cire
Par rucher, on a prélevé de la cire dans 5 colonies et on en a constitué un
échantillon de mélange représentatif. Dans chaque colonie, on a découpé un
morceau de 5x5 cm sur le 3ème cadre qui, dans la mesure du possible, ne
contenait ni pollen, ni nourriture, ni couvain. Dans la variante remplacement
partiel, on a veillé, lors du 2ème et du 3ème prélèvement, à prélever des
échantillons de cire sur les anciens et les nouveaux cadres à couvain. Le
prélèvement d’échantillon a eu lieu en octobre. Les différents morceaux de rayon
constituant l’échantillon de cire d’un rucher ont été fondus au laboratoire en
un échantillon de mélange et la cire épurée a été isolée. Puis les résidus de
bromopropylate (Folbex VA), coumaphos (Perizin), fluvalinate (Apistan) et
flumethrine (Bayvarol) contenus dans la cire épurée ont été analysés1. Le seuil
de détection de ces différentes substances s’élevaient à 0,10 mg/kg de cire pour
le bromopropylate et à 0,25 mg/kg pour le coumaphos, le fluvalinate et la
flumethrine.
Remplacement
total
Dans le cas d’un remplacement total, la cire des exploitations avec des résidus
élevés, c’est-à-dire plus de 0,8 mg par kg de cire pour un seul acaricide, a été
remplacée au cours d’une année par de la cire d’origine biologique sans résidus.
Autrement dit, tous les cadres de couvain, de nourriture et à miel ont été
remplacés. Vu qu’à l’époque de l’essai, il n’y avait pas encore de cire
biologique sur le marché suisse, on a utilisé de la cire exempte de résidus
provenant d’Afrique et qui correspondait du point de vue de la qualité à la cire
suisse.

Photo 1 : Enfermée dans une cage recouverte
d’une grille à
reines, la reine peut-être nourrie et soignée par les ouvrières.
Procédés de reconversion
Les apiculteurs-trices participant à l’essai ont adopté différents procédés de
reconversion à différentes époques de l’année. Ci-après sont décrites les
méthodes qui ont été le plus souvent utilisées :
Reconversion début avril - Toute la colonie est balayée sur de nouvelles
cires gaufrées et nourrie. Le couvain operculé des anciens cadres à couvain a
été réuni en un nucleus. Ensuite, les abeilles écloses sont aussi balayées sur
des cires gaufrées exemptes de résidus.
Reconversion fin mai, début juin – Variante 1: formation d’essaims
artificiels avec la reine de la colonie-mère et logement des essaims sur les
cires gaufrées exemptes de résidus. Une fois que la colonie-mère a élevé une
nouvelle reine et est sans couvain, la colonie est également balayée sur les
nouvelles cires gaufrées.
Variante 2 : On peut aussi à ce moment procéder à la reconversion uniquement par
le biais d’essaims artificiels et vendre les anciennes colonies-mère après la
récolte de miel ou au printemps suivant: Variante 3 : Répartir en nuclei sans la
reine la colonie en fièvre d’essaimage. On peut laisser les éventuelles cellules
royales. Dès que la jeune reine pond, on balaye les jeunes colonies sur des
constructions naturelles vides ou sur des cires gaufrées. A ce moment là, les
vieux cadres sont en grande partie exempts de couvain.
Reconversion fin juillet, début août – La reine est enfermée pendant
trois semaines dans une grande cage recouverte d’une grille à reines (photo 1).
Lorsque les colonies n’ont pratiquement plus de couvain, les abeilles et la
reine sont balayées sur de nouvelles cires gaufrées puis nourries. L’encagement
pendant trois semaines n’a aucune conséquence négative sur l’hivernage des
colonies2. On peut aussi balayer les colonies sans encager les reines. Dans
cette variante, le couvain operculé est réuni en nuclei et les abeilles après
leur éclosion sont également balayées sur des cires gaufrées exemptes de
résidus. A l’occasion de la reconversion, il est indispensable de gratter et de
passer à la flamme les ruches avant d’y loger les abeilles (photo 2). Cela
suffit à éviter une recontamination par les résidus contenus dans les parois des
ruches3. Dans quelques ruchers, les ruches ont en plus été lavées avec de la
soude caustique.

Photo 2 : Avant de loger les colonies sur des cires gaufrées
exemptes de résidus, il faut gratter et flamber les ruches.
Résultats
Il a été possible d’évaluer les résidus de 9 exploitations qui ont entrepris un
remplacement total de leur cire. A ce propos, on observe que les échantillons de
cire n’enregistrent aucun résidu mesurable l’année qui a suivi le remplacement
total (tab. 1).

Tableau 1 : Somme des résidus d’acaricides dans les échantillons de cire avant
et après le remplacement total (ND signifie que l’échantillon concerné
n’enregistre aucun ou que de légers résidus qui sont en dessous du seuil actuel
de détection).
Remplacement
partiel
Pour cette variante, seules les exploitations qui affichaient lors de la 1ère
analyse de cire en 2000 des concentrations par substance active acaride
inférieure à 0,8 mg de résidus/kg de cire étaient prises en compte. En 2001 et
en 2002, selon l’exploitation, 2 à 5 cires gaufrées d’origine africaine ont été
bâties par colonie et par an. Dans deux exploitations, le renouvellement des
cadres de corps a été effectué par des constructions naturelles.
Résultats
Dans cette variante, les résultats montrent qu’il faut, selon la quantité de
résidus, compter deux ans dans la plupart des cas jusqu’à ce que l’on ne décèle
aucun résidu avec les méthode d’analyse employées (Tab. 2).

Tableau 2 : Somme des résidus d’acaricides dans les échantillons de cire avant
et après le début du remplacement partiel avec de la cire exempte de résidus.
Sans
remplacement de la cire
Dans ce groupe, on a analysé un échantillon de cire dans trois
exploitations qui, lors de la première analyse de cire en 2000, n’ont enregistré
aucun résidu. Ces exploitations n’ont également enregistré aucun résidu durant
les deux années qui ont suivi. Les échantillons de cire étaient soit sans résidu
ou les valeurs se situaient en dessous du seuil de détection. Cela signifie que
par le prélèvement d’échantillons représentatifs, on obtient des informations
fiables sur les résidus.
Conclusions
Méthodes de reconversion et cycle de la cire
Les exploitations qui avant la reconversion ne recyclaient pas eux-mêmes leur
cire et par conséquent achetaient régulièrement des cires gaufrées ou qui ont
utilisé pendant plus d’une année un acaricide persistant doivent partir de
l’idée qu’il leur faudra remplacer l’ensemble de leur cire avant la
certification bio. On peut dans ce cas renoncer à une analyse de cire avant le
remplacement des cires. Avec la méthode du remplacement total, on est assuré
qu'à partir du remplacement de la cire, tous les vieux cadres à venir pourront
êtres livrés à un établissement de traitement de la cire bio certifié. Ainsi,
les commerçants de cire qui fondent des anciens rayons bio en nouvelles cires
gaufrées bio ont la garantie qu’ils prennent en charge un matériau brut exempt
de résidus. A l'avenir,cela pourra être attesté aux ciriers par les résultats
d'analyse des résidus qui devra être effectuée tous les trois ans dans les
exploitations bio. Dans la variante remplacement partiel, cette garantie n’est
pas donnée au cours des premières années puisqu’il y aura encore des vieux
cadres en circulation. Dans ces conditions, il sera donc nécessaire d’effectuer
des analyses supplémentaires jusqu’à ce qu’une telle exploitation puisse livrer
ses vieux cadres à une entreprise de traitement de la cire bio. Autrement dit,
un remplacement total en vaut aussi la peine même dans le cas de faibles résidus
d’acaricides (plus de 0,5 mg par kg). La variante remplacement partiel (résidus
d’acaricide jusqu’à 0,8 mg par kg de cire) présuppose donc que l’on procède
soi-même au recyclage de sa cire et que l’on donne ses vieux cadres à une
entreprise conventionnelle de traitement de la cire jusqu’à ce que plus aucun
vieux cadre contaminé ne circule dans l’exploitation. Dans ce procédé, la durée
de reconversion est d’au moins deux ans, alors qu’avec le procédé du
remplacement total, elle n’est que d’une année.
Moment de la reconversion et coûts Selon la taille de l’exploitation et la
conduite du rucher, on peut prendre en considération différentes méthodes et
époques de l’année pour remplacer la cire. Il faut privilégier la période de la
formation des jeunes colonies de même que celle après la récolte de miel avant
le nourrissement d’hiver. Si l’on veut procéder au remplacement avec des
constructions naturelles, c’est la période de la formation des jeunes colonies
qui convient le mieux. En procédant au remplacement par la formation d’essaims
artificiels et en vendant la colonie- mère à l’automne ou au printemps suivant,
on peut parvenir à réaliser le remplacement des cires à moindre frais. Selon la
situation, la formation de jeunes colonies doit cependant être planifiée en deux
étapes. Dans ce cas, il faudra compter deux ans pour effectuer la reconversion
complète.
Cire bio
En ce qui concerne la qualité de la cire, la cire d’Afrique convient très bien
au remplacement des cires gaufrées pour la reconversion à l’apiculture bio. Il
faut espérer que l’on trouvera bientôt sur le marché suisse des cires bio et que
l’on pourra ainsi renoncer à acheter de la cire en provenance d’Afrique. Dans
les variantes de reconversion décrites ci-dessus, on ne résout pas seulement le
problème des résidus d’acaricides, mais aussi celui des résidus de
paradichlorobenzène causés par la lutte inadéquate contre la fausse teigne.
Remerciements
Nous aimerions remercier pour leur précieuse collaboration toutes les
apicultrices et apiculteurs qui ont participé à cette étude.
Anton Imdorf, Stefan Bogdanov, Verena Kilchenmann
References
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