|
Pour compléter le tableau des miellées, surveiller les dates de
floraison des merisiers, cerisiers, pommiers et lilas
Et pour ceux qui veulent bien y croire, il semblerait que nos colonies devront
attendre la 2e quinzaine d’avril pour bénéficier de conditions vraiment
favorables.
Pour les apiculteurs des régions privilégiées, la visite de printemps a déjà été
réalisée. Ceux-ci doivent maintenant s’employer activement à conduire et à
diriger le développement de leurs colonies afin d’être en état de profiter au
maximum des miellées espérées. Pour les autres, en avril, les colonies devront
aussi bien supporter les derniers soubresauts de l’hiver, que vivre l’explosion
d’un printemps qui fleure bon l’abondance et la liberté de partir à l’aventure.
En avril, dans les régions du nord, nous devons supporter avec contrainte et
appréhension la dernière phase de la sortie d’hivernage et brusquement, nous
sommes débordés par l’explosion des populations qui demandent de l’espace vital,
les rentrées de pollen, de nectar, la pose de la première hausse et peut-être
même des velléités d’essaimage. Brusquement c’est comme en mai ! Alors par où
commencer ?
Cette année, l’hiver s’est particulièrement attardé et les arboriculteurs aussi
bien que les météorologues nous annoncent que le développement de la nature aura
un mois de retard.
Pour que les arbres se couvrent de fruits et que les hausses se remplissent de
miel, il faut absolument que le pacte entre le soleil et les abeilles soit
respecté.
En apiculture il faut prévoir avant d’agir. Prévoir c’est tenir compte de
l’évolution naturelle et harmonieuse de nos colonies en fonction du calendrier
des floraisons de notre région, pour adapter notre conduite. C’est essentiel si
l’on veut obtenir de bons résultats Il ne faut pas oublier que les butineuses
qui s’activeront pendant une miellée proviendront d’œufs pondus six, sept et
huit semaines auparavant.
Nos protégées auront-elles aussi un mois de retard ? Selon la littérature
apicole, si les réserves de pollen et miel étaient suffisantes, leur horloge
biologique les aura guidées pour un développement en phase avec la nature !
Soit, mais pour l’apiculteur c’est insuffisant. L’inquiétude grandit et le suivi
au trou de vol n’est plus suffisant. Il attend avec impatience le moment de
pouvoir procéder à la visite de printemps afin de constater l’état de ses
colonies et les interventions à entreprendre.
Certainement ses colonies ont déjà développé beaucoup de couvain et bientôt la
reine déposera 2000 œufs par jour ! Les soins au couvain et la conservation
d’une température constante de 35° nécessaire à cet élevage demandent beaucoup
d’énergie, alimentée par les réserves de miel. Il devient urgent de contrôler
régulièrement l’état de ces réserves car c’est en avril que très souvent des
peuples périssent de famine. C’est pourquoi il est recommandé de procéder le
plus tôt possible à la visite de printemps.
Les premiers beaux jours d’avril seront de suite mis à profit pour entreprendre
cette visite.
La
visite de printemps et les autres interventions.
Quelques repères pour fixer les différentes interventions dans le temps :
 |
Avant la floraison des saules, on se limitera au nettoyage
des plateaux. |
 |
Floraison des saules : on peut entreprendre la visite
générale. |
 |
Floraison des cerisiers : on peut agrandir, les rentrées de
nectar deviennent importantes. |
 |
Floraison des pissenlits : on peut commencer à faire bâtir
des cires. |
Quelques recommandations importantes préalables :
 |
Agrandir les entrées pour faciliter les entrées et sorties
des butineuses. |
 |
Ne pas modifier la position ni le sens des cadres surtout
ceux contenant du couvain, ce qui créerait des barrages aux déplacements
de la reine. |
 |
Si une ruche présente des signes de maladie, s’occuper
d’elle en dernier pour éviter la contamination des ruches saines.
|
 |
Toujours veiller à agir rapidement afin de limiter le
refroidissement du couvain. Il faut se souvenir qu’une température
constante de 35° est nécessaire à son développement et est maintenue à
grande peine par les nourrices dans la nursery. En cas de chute de cette
température toute l’activité de la colonie est stoppée et affectée en
priorité à son rétablissement. |
Préparation de la visite
L’intervention nécessite une préparation mentale de l’opération dans tous
ses détails, afin d’agir rapidement.
Tout d’abord le matériel : brouette à plateau ou charrette pour porter le
matériel ; une caisse pour les cadres à réformer, quelques cadres
construits, une partition ; un enfumoir et son combustible avec le briquet
ou des allumettes ; une balayette, brosse, spatule, lève-cadre, chalumeau,
ciseau, seau pour récupérer les déchets de cire, une couverture pour réduire
la surface ouverte, la fiche d’observation, un crayon et du papier, feuille
PVC ou vitre qui sert après la visite à recouvrir la ruche.
Les accessoires : pour être plus efficace, j’ai quelques ruches vides prêtes
à l’emploi qui me servent à transvaser la colonie d’une ruche à nettoyer
dans une ruche révisée.
Vérifier l’état et le volume des provisions
Nous savons qu’avril est un mois traître ; les réserves doivent être
suffisantes pour que la colonie ne se sente jamais dans le besoin en cas de
mauvais temps prolongé, sinon elle bloquerait immédiatement la ponte, ce qui
serait préjudiciable à son développement. Ces réserves doivent toujours
représenter au minimum de 8 à 10 kg de miel soit l’équivalent de 2 à 3
cadres Dadant operculés. A partir du moment où les cerisiers sont en fleurs,
l’apiculteur peut être rassuré ; les rentrées de nectar suffisent à
l’alimentation de la colonie, si la météo est favorable.
Cette année, il sera certainement très utile de vérifier si les réserves de
pollen sont suffisantes. La longue période de gel a provoqué en de
nombreuses régions le noircissement des chatons des saules et des
noisetiers. Il est à craindre une insuffisance de pollen frais, nécessaire à
la confection de la bouillie larvaire.
Vérifier l’état de la reine et de son couvain
 |
Un couvain compact comprenant des cellules operculées
régulièrement et bombées vers le haut, des larves et des œufs, sont la
garantie d’une reine en forme, capable de conduire son peuple à la
réussite. |
 |
Si le couvain est dispersé ou en mosaïque, attention : la
reine est âgée, usée ou malade. Cette colonie sera à surveiller ; pour
l’instant il est impossible d’intervenir, sauf en cas de maladie. Dans
ce cas il est prudent de prévenir le spécialiste apicole.
|
 |
Il arrive aussi que l’on ne trouve que du couvain de mâles
; nous avons à faire à une colonie bourdonneuse ; c’est le signe d’une
colonie devenue orpheline soit par disparition, soit par impuissance de
la reine et dans laquelle certaines abeilles sont devenues pondeuses.
Cette colonie est une non-valeur qui ne rapportera rien d’autre que des
soucis. Il faut l’enfumer copieusement pour que les abeilles se gorgent
de miel. Puis on emporte la ruche à 50 m du rucher et l’on secoue toutes
les abeilles par terre. Les butineuses retourneront vers le rucher et
gorgées de miel seront facilement acceptées par d’autres colonies ; les
abeilles pondeuses trop lourdes disparaîtront (en principe).
|
Vérifier l'état sanitaire de la colonie
Lorsqu’on ouvre une ruche, elle doit dégager une bonne odeur : mélange de
miel, de cire et de propolis. Toute autre odeur est suspecte et doit nous
faire penser à une maladie pour laquelle il faudra prévenir le spécialiste
apicole du syndicat.
Dans le cas où des traces de déjections souilleraient les parois ou la
planche d’envol, prévenir le spécialiste apicole. C’est un signe de maladie
qui se traite facilement. Cette visite sera aussi l’occasion d’éliminer tous
les cadres anciens, noirs ou moisis et de nettoyer le plancher si cela n’a
pas été déjà réalisé comme proposé en mars ; s’il est amovible en le
remplaçant par un plancher propre, nettoyé et désinfecté à la flamme. Les
cadres éliminés seront remplacés par des cadres construits. Il est trop tôt
pour mettre des cadres de cire gaufrée.
Pour déterminer la force de la colonie on relèvera le nombre de cadres de
couvain et son aspect.
Toutes les informations recueillies pendant cette visite doivent être
inscrites sur la fiche individuelle de suivi de la ruche, le nombre de
cadres de couvain, de provisions, de pollen ou vides. Il est très important
de noter toutes nos interventions afin de suivre l’évolution de la colonie
et de pouvoir programmer nos interventions futures avant d’ouvrir les
ruches.
Ne pas oublier non plus de renseigner le registre d’élevage : date de la
visite ; RAS ou constatations éventuelles ; visite du spécialiste apicole,
etc…
Rappel : le numéro de décembre contenait un registre d’élevage. Si vous êtes
nouvel abonné, envoi gracieux sur simple demande.
Comment
procéder ?
Tout d’abord il faudra choisir une journée calme, (sans vent) ; chaude, (au
minimum 18 ° à l’ombre) qui sera suivie de belles journées (si un retour du
froid est à craindre, s’abstenir car nos protégées n’auront pas le temps de
colmater toutes les fissures que nous aurons ouvertes).
Allumer et utiliser l’enfumoir
Le combustible : Il est conseillé de n'utiliser que des matières végétales :
foin, feuilles séchées, copeaux de bois, épis de maïs, aiguilles de sapin,
mélangés à des herbes aromatiques….etc. On peut aussi ajouter un peu de
propolis qui a un effet calmant. Personnellement je mélange à mon
combustible les déchets sortant du cérificateur solaire ; ils produisent une
fumée abondante et une braise durable. Il existe également des granulés que
l'on peut acheter dans le commerce : noyaux d'olive concassés ou autres.
Surtout n’utilisez jamais de chiffons de laine qui irritent les abeilles ou
des tissus synthétiques qui les empoisonnent.
Enfumage : introduire deux ou trois jets de fumée par l'entrée pour annoncer
votre présence et votre intention d'intervenir dans la ruche ; puis quelques
instant plus tard dans le trou nourricier ou en soulevant le couvre cadre
pour faire descendre les abeilles dans le corps de ruche. Le peuple est en
bruissement (c'est un bourdonnement grave qui indique une bonne pénétration
de la fumée dans la ruche).
Si le bruit décroît, (les gardiennes ventilent fortement pour éliminer
l’intrus), si une certaine nervosité commence à apparaître, si les abeilles
ventilent avec l'abdomen relevé (signal de regroupement), il faut de suite
enfumer énergiquement.
Dans un rucher, plus les colonies sont groupées en nombre important, plus il
faut être sur ses gardes car l'agressivité est contagieuse après les
premières piqûres (l’odeur du venin fait réagir la phéromone d'alarme).
Lorsque la réaction est trop vive, il vaut mieux reporter l’intervention.
Mais attention, la fumée doit être utilisée pour maîtriser l’agressivité
d’un peuple dérangé dans sa quiétude mais non pas pour l’intoxiquer.
L’enfumoir doit rester à portée de main pour de temps à autre cracher une
petite bouffée de fumée froide, mais non pour entourer la ruche d’un nuage
digne des pires brouillards londoniens. Il faut toujours se méfier de cet
accessoire très utile mais traître, c’est quand on a le plus besoin qu’il
s’éteint.
La visite
Après enfumage, laisser agir la fumée pendant 2 bonnes minutes. Elle
provoque le brouillage des phéromones d'alerte et de rassemblement ; les
abeilles se gorgent de miel, ainsi elles deviennent moins agressives.
Se placer en arrière de la ruche pour travailler sans gêner l'activité des
butineuses, décoller le couvre-cadre, donner un petit coup de fumée pour
confirmer notre visite et engager les abeilles à se réfugier à l’intérieur
de la ruche. Une minute plus tard, enlever le couvre-cadre, repérer la zone
occupée par la grappe et le remplacer immédiatement par une feuille de PVC
ou une couverture que l'on déroulera progressivement pour avoir une
ouverture réduite, limitant la sortie des abeilles, tout en conservant la
chaleur du nid.
Commencer la visite du côté opposé à la zone occupée par la masse des
abeilles en retirant d'abord le cadre de rive. Il est bien souvent vide de
toute provision et parfois humide ou même moisi. Il sera enlevé et réformé.
Et la visite continue cadre par cadre, chacun étant décalé d’un cran. Les
cadres vides et noirs sont éliminés ; ceux qui contiennent du miel ou du
pollen sont mis à la place des cadres évacués. Les cadres suivants subiront
le même contrôle et le volume des provisions sera estimé. Un cadre Dadant
plein de miel, c’est 3 kg de nourriture. Se méfier des cadres âgés,
déformés, relativement lourds dont on a tendance à surestimer la contenance.
Quelques traces de miel, un peu de pollen et beaucoup de déchets donneront
du travail aux nettoyeuses qui rejetteront ces vieilleries pour faire de la
place aux rentrées de produits frais. Il est préférable de les évacuer et de
les remplacer par des cadres frais, construits et vides. Ces cadres âgés
serviront à garnir les ruchettes pièges d’essaim.
Les cadres de couvain seront examinés avec une très grande attention mais
rapidement pour éviter le refroidissement des larves. Il ne faut pas oublier
que le microclimat du nid à couvain est de 35° et que notre intervention
détruit ce microclimat. Les couveuses et les butineuses mettront 24 heures
à le reconstituer toutes affaires cessantes. Notre intervention constitue un
stress pour la colonie et détruit son harmonie, la précipitant en situation
de détresse ; elle devient vulnérable.
Puis on veillera à réorganiser l’habitat : le nid à couvain sera bordé de
chaque côté, par un cadre construit, vide, permettant l’extension du nid et
de deux cadres de miel et pollen. L’espace restant sera provisoirement
neutralisé par une partition. Ce n’est qu’en fonction de l’extension du
volume occupé par le couvain que cet espace sera garni de cadres. A la place
du couvre-cadre, il est intéressant de poser soit une plaque de verre ou de
plexi ou simplement une feuille de PVC transparente, qui permettra de suivre
par tous les temps, aussi fréquemment que souhaité, sans ouvrir la ruche,
donc sans
détruire son harmonie, l’extension du nid à couvain et de savoir sans
hésitation quand augmenter le volume de la ruche et aussi plus tard quand
poser la hausse.
Conditions
requises pour une bonne production de miel
L'objectif de l'apiculture est de produire du miel. Pour cela il faut que
soient réunies au moment opportun trois conditions afin de profiter des
miellées proposées par la nature : une grande quantité de butineuses ; de
grandes surfaces de fleurs mellifères et des conditions climatiques
favorables à la montée du nectar. Si l’une ou l’autre de ces conditions
n'est pas remplie la récolte de miel sera faible ou nulle. Si l’apiculteur
ne peut intervenir sur la dernière des conditions, il peut par contre
veiller à ce qu'une quantité maximale de butineuses soient présentes au
moment voulu.
Par la visite de printemps, l'apiculteur connaît maintenant les
capacités de chacune de ses colonies. Il lui appartient de les veiller et de
les aider à générer ce maximum de butineuses pour profiter de la miellée
principale. Connaître l’époque de cette miellée est d’un grand intérêt (par
l’observation des périodes de floraison dont on aura noté les dates ; car il
y a peu de différence d’une année à l’autre). Cela permet d’anticiper la
réaction de la reine ; sachant qu’il faut compter 21 jours de l’œuf à
l’insecte parfait et encore une fois 21 jours pour faire de la jeune abeille
une butineuse, c’est 42 jours
avant la miellée principale que la reine devra pondre un maximum d’œufs. Et
pour cela, la colonie doit regorger de nourriture et de pollen. Car en cas
de disette il n’y aura que peu de ponte.
Quels sont les besoins alimentaires de l’abeille ?
Pour se nourrir, l’abeille a besoin de deux catégories d’aliments : l’un
riche en protéines, le pollen, qui est un aliment relativement complet et
l’autre, énergétique (les glucides), sous forme de miel, de miellat ou de
sirop.
Au cours de l’hivernage, la colonie a essentiellement besoin de matière
énergétique, d’abord pour se nourrir mais aussi pour développer dans la
ruche la chaleur nécessaire à sa survie. Les éléments protidiques sont
directement prélevés à partir des réserves accumulées dans son propre corps
(le corps gras des abeilles d’hiver) en complément des faibles quantités de
pollen pouvant être associées au miel en réserve. Durant cette période, les
abeilles ne consomment jamais le pollen stocké dans les rayons et, en
l’absence de miel ou de sirop de sucre fourni par l’apiculteur, elles
meurent de faim sur ses provisions solides. Seule la matière énergétique –
glucide – est indispensable. Lorsque la reine commence à pondre, bien
souvent avant que les premières fleurs apparaissent, les ouvrières ont à
nourrir les premières larves qui en sont issues. Leur métamorphose achevée,
elles assureront peu à peu le remplacement des vieilles abeilles et
deviendront à leur tour nourrices. À partir de cette période, les besoins
alimentaires de la colonie deviennent beaucoup plus importants et variés.
Chaque catégorie : - nourrices, butineuses, larves à différents stades,
reine - chacune a besoin d’une nourriture correspondant à son âge et à son
activité. Miel et pollen ne sont alors que des matières premières pour une
alimentation plus élaborée et diversifiée, dont les nourrices assure la
préparation.
Dès sa sortie de la cellule, la jeune ouvrière constitue ses réserves en
consommant beaucoup de pollen. Le pollen stocké, qui a subi des
transformations profondes par rapport au pollen frais, est aussi devenu plus
nutritif et c’est primordial pour le développement de son système
glandulaire salivaire - glandes hypo pharyngiennes, glandes mandibulaires
productrices de gelée royale et les glandes labiales dont les sécrétions
servent notamment à ensaliver les sucres.
De même la nature de la gelée royale n’est pas constante. Elle évolue en
fonction de l’âge de la nourrice et correspond ainsi aux divers besoins des
larves en fonction de leur âge et de leur caste. C’est ainsi que l’on peut
distinguer deux grands types de gelée royale. Celle qui est donnée à toutes
les larves âgées de moins de trois jours ainsi qu’aux futures reines, et
celle qui est distribuée aux larves d’ouvrières de plus de trois jours et
que l’on appelle communément la bouillie larvaire. Cette bouillie évolue
elle-même dans sa composition et se trouve mélangée à un peu de miel et de
pollen dans la dernière phase de l’alimentation de la larve, juste quelques
heures avant le filage du cocon et l’operculation de la cellule.
Que
faire si les réserves sont trop faibles ?
La visite de printemps nous a renseigné – en cas de besoin il ne faut pas
hésiter à compléter les provisions de la colonie avec un sirop 1/1 c’est à
dire 1 kg de sucre par litre d’eau de façon à ce qu’elle dispose en
permanence de 8 à 10 kg de nourriture. Peut être a-t-on en réserve quelques
cadres récupérés sur une ruche démontée à la mise en hivernage, ils sont
précieux pour venir en aide à un peuple en difficulté. Pour faciliter leur
acceptation, on les griffe légèrement avec une fourchette.
En cas de disette de pollen, il est possible de venir en aide à nos
protégées ; la farine de soja a donné de bons résultats : elle contient de
42 à 48 % de protéines. De même la poudre de lait écrémé contient de 31 à 39
% de protéines, 45 à 51 % de sucre lactique et 7 à 9 % de minéraux. Ces
succédanés sont additionnés d’un peu de sucre en poudre et étalés sur une
grande surface de carton ondulé rigide, dans un endroit ensoleillé, à l’abri
du vent et de la pluie. En l’absence de pollen, cette distribution est
activement fréquentée, mais délaissée aussitôt que les sources naturelles de
pollen sont de nouveau disponibles.
Lorsque le nid à couvain est très développé, que la température extérieure
chute brutalement, et que la froidure perdure, il peut arriver que la
colonie ne dispose pas d’un nombre suffisant de butineuses pour recouvrir
l’ensemble du couvain à chauffer et en même temps récolter du pollen. Nous
verrons alors sur la planche d’envol, des larves vidées de leur substance ;
les abeilles ont réduit la surface à chauffer en sortant de leurs cellules
un certain nombre de larves dont elles ont au préalable récupéré les
protéines.
Pour préparer la bouillie larvaire les couveuses ont besoin d’eau. C’est une
besogne harassante au cours de laquelle beaucoup de porteuses d’eau perdent
la vie. Pour les ménager et réduire les risques, il est recommandé
d’installer un abreuvoir à proximité immédiate du rucher, si possible dans
un espace couvert et abrité du vent On évitera de le placer dans l’axe de
vol des butineuses pour éviter que des détritus sortis des ruches ne
polluent cette eau. Le mois d’avril est le mois de tous les dangers ;
certains peuples auront du mal à se développer, d’autres par contre
s’agrandiront tellement vite que la place viendra à manquer (il faut se
rappeler que les abeilles nées d’un cadre occuperont un volume de trois
cadres –et qu’il en naît 2000 à 2500 par jour)
Il
faut agrandir le volume disponible pour éviter l’essaimage
Lors de la visite de printemps, nous avons installé notre colonie avec un
certain nombre de cadres de couvain au centre de la ruche. Un cadre Dadant
contient 8000 cellules ; en trois ou quatre jours, les naissances issues de
ce cadre occuperont trois cadres supplémentaires. C'est pourquoi, il est
utile de vérifier au moins deux fois par semaine le développement continu de
notre colonie. Et d’agrandir son espace vital au fur et à mesure des besoins
pour éviter l’essaimage en reculant la partition et en apportant des cadres
construits. Dès la floraison des cerisiers on peut remplacer les cadres
bâtis par des
cires gaufrées mais sans déranger le nid à couvain qui, rappelons-le, doit
rester encadré par des cadres de pollen et miel.
L’essaimage est pour les abeilles une nécessité physiologique tendant à la
régénération de l'espèce tout entière et un des meilleurs moyens de
sélection naturelle. En effet il est facile de constater qu’une colonie qui
vient d’essaimer, bien que momentanément affaiblie, est dans une situation
d’harmonie et d’euphorie qui décuple son rythme de vie. Elle devient
extrêmement active, non seulement parce que l’essaimage a permis le
renouvellement de la reine mais encore parce que toute la colonie semble
avoir été régénérée et stimulée par l'accomplissement d'un acte
indispensable à l'espèce.
Bien que phénomène naturel, l’essaimage constitue un trouble important dans
la vie de la colonie. Il entraîne un chômage de trois à quatre semaines,
alors que l’apiculteur attendait une récolte de miel.
Quand
poser la première hausse ?
Lorsque les abeilles occupent toutes les ruelles et investissent les cadres
d’extrémité, lorsque le haut des rayons est bien garni de miel et cela se
constate à l’épaississement et au blanchiment des cires sous la barrette
supérieure des rayons, lorsque les abeilles commencent à édifier des ponts
au-dessus des ruelles entre les barrettes supérieures des cadres ; alors il
est urgent de poser la hausse. Dans le cas contraire on pousse la colonie à
faire des préparatifs d’essaimage faute de place. Il ne faut pas oublier que
les ruches fortes qui essaiment juste avant la miellée ou pendant la miellée
sont une vraie catastrophe car il n'y aura plus de récolte. L’essaimage
naturel est certes une nécessité à subir mais qu'il ne faut en aucun cas
provoquer.
Il est tout aussi dangereux de poser les hausses avec précipitation et sans
attendre que la ruche soit suffisamment garnie d'abeilles. Ce grand volume à
chauffer lors d'une baisse de température peut perturber la colonie et
provoquer un refroidissement préjudiciable du couvain.
Pour concilier ces deux inquiétudes opposées (trop tôt ou trop tard) on
intercale 1 feuille de journal entre le corps de ruche et la hausse ;
feuille de journal dans laquelle on aura piqué quelques trous avec un clou
de 70. Les abeilles curieuses iront en reconnaissance et investiront les
lieux en cas de besoin et au moment idéal pour cet élargissement du volume
nécessaire au développement de la colonie.
C’est aussi la raison pour laquelle la première hausse sera toujours garnie
de cadres construits .Les cadres à bâtir ne seront donnés qu’au plus fort de
la miellée, quand la ruche disposera de suffisamment de cirières, dans une
deuxième hausse. D’autre part, l'apport de miel irait entièrement à la
hausse car les abeilles n'aiment pas avoir de vide au-dessus du couvain et
la reine se retrouverait avec un espace trop vaste. Il est donc évident que
toutes les hausses ne pourront pas être posées en même temps. Le moment
favorable dépend de l’état d’avancement de chaque colonie.
Pour inciter les butineuses à monter dans la hausse, car quelquefois elles
hésitent à l’investir, on badigeonne les cadres avec de l’eau fortement
miellée.
Par contre, parfois la reine monte dans la hausse pour y pondre. Plusieurs
raisons peuvent expliquer ce phénomène : manque de place dans le corps de
ruche, aération insuffisante, pose prématurée de la première hausse,
présence de rayons défectueux ou trop vieux dans le nid à couvain car sa
majesté souhaite avoir une progéniture soignée et choyée etc (ce n’est pas
le cas si lors de la visite de printemps on a échangé les vieux cadres). On
l'a décourage en donnant aux cadres de hausses un écartement supérieur à
ceux du bas (10 cadres dans le corps de ruche et 9 dans la hausse).
Mais le meilleur moyen d'empêcher la reine de monter dans la hausse reste
évidemment l'interposition entre le corps de ruche et la hausse d'une grille
à reines. Celle-ci laisse passer les abeilles mais arrête la reine. Il y a
des partisans de la grille à reine ; il y a autant d’opposants. Peut être
s’agit-il seulement d’une mauvaise utilisation de la grille ? Pour éviter
des constructions sauvages entre les cadres et la grille il faut que les
barreaux de la grille soient parallèles aux cadres de hausse De plus il faut
veiller aux distances : 6 mm entre cadres de corps et grille ; 6 mm entre
grille et cadre de hausse.
On prétend que si les cadres de hausse sont tournés à 90° par rapport aux
cadres du corps ils sont construits beaucoup plus régulièrement et que la
reine ne monte pas pour pondre. Cette méthode se pratique avec les Dadant 12
cadres à cause de leurs dimensions au carré (50 x 50).
La hausse sera elle aussi couverte avec une feuille de PVC de façon à
surveiller attentivement la marche du travail ; par forte miellée elle peut
se remplir très vite et il peut être urgent d’en poser une deuxième.
Celle-ci pourra alors être garnie de cire gaufrée.
La
mémoire de nos travailleuses ailées
Avant d'aller butiner pour la collectivité, chaque jeune abeille effectue
chaque jour des séries de vol d’orientation dans un paysage de plus en plus
étendu. Il est nécessaire que la jeune ouvrière photographie tous les
détails du parcours qui lui permettront de retrouver son habitation et pour
cela elle constitue un catalogue de repères (un arbre, une habitation, un
rocher, etc.) qu'elle stocke ensuite dans sa mémoire. Au début de cet
apprentissage, la mémoire est encore fragile ; on parle d'une mémoire à
court terme ou immédiate. Un changement quelconque comme un déplacement de
la ruche ou une baisse de la température de l'air peut facilement conduire à
la perte de cette mémoire. C'est pourquoi notre jeune abeille doit plusieurs
jours de suite exécuter plusieurs sorties de repérage afin de consolider son
processus d'information et de le stocker dans la mémoire à long terme moins
sensible aux perturbations. Cet apprentissage peut durer quinze jours. De
vol en vol, la zone couverte s'agrandit et la jeune novice réalise de plus
en plus vite, des trajets de plus en plus longs. Les observations conduites
ont démontré que si certaines abeilles sont capables de ramener de la
nourriture après six vols d’orientation, d'autres n'y parviennent qu’au bout
de dix-huit vols.
C’est le biologiste Karl vont Frisch prix Nobel 1973 pour ses travaux sur
l'interprétation des danses frétillantes des abeilles, qui a découvert leur
aptitude à reconnaître et à mémoriser les couleurs ainsi que la
détermination des distances et des lieux de butinage. Dès l’instant où elle
se pose sur une fleur, l’abeille enregistre sa couleur mais uniquement si
elle y trouve de la nourriture. Les visites suivantes achèveront la
mémorisation de la couleur associée à la nature de la nourriture trouvée
(nectar ou pollen). C’est pourquoi l’on peut affirmer que l’abeille reste
fidèle et butine spécifiquement une fleur donnée jusqu’à épuisement de la
source de nourriture. La vision des couleurs par l’abeille est différente de
la vision par l’homme. Cette mémorisation des couleurs permet aussi à la
butineuse de retrouver l'entrée de son habitation lorsque plusieurs ruches
sont alignées de front sans autre signe distinctif que la couleur de la
planche d'envol.
En plus des vols d’orientation et de la mémorisation des couleurs, l’abeille
est aussi capable de mémoriser les odeurs. Les recherches pratiquées à
l'Institut National de Recherches Agronomiques (l’INRA) ont prouvé qu'il
suffit d'une seule association odeur / nourriture pour que l’abeille
mémorise l'odeur d'une fleur ; alors que plusieurs séances de
conditionnement sont nécessaires pour qu’elle se souvienne des associations
nourriture / couleurs ou nourriture / formes. Son odorat très fin lui permet
de repérer un parfum parmi des milliers d'autres. Au fur et à mesure des
butinages, l'abeille est même
capable d'évaluer l’état de maturité d'une plante et de choisir le moment où
cette dernière sera la plus productive.
Les capacités de mémorisation d'une abeille sont une merveille mais que cela
ne trompe pas l’apiculteur ; malgré les légendes, elle ne mémorise pas une
physionomie qui ne sera pas épargnée par les piqûres éventuelles d'un peuple
en colère d'avoir été dérangé.
N’oublions
pas varroa
Le département de biologie appliquée de l’Université d’Helsinki en Finlande
reprend à son compte des études non publiées faites par le Docteur Ritter en
1999 et Shimanuki en 2000 concernant l’utilisation de sucre glace dans la
lutte contre le ravageur varroa. Les seules publications connues sur ce
sujet sont en langue italienne (Loglio et Pinessi) ou proviennent de
comptes-rendus de conférences d’apidologie (Ramirez). Ces publications
parlent de résultats encourageants dans la lutte contre varroa et reposent
sur l’utilisation de poussières non polluantes et non toxiques à l’intérieur
de la colonie. Une très fine poussière de pollen ou de glucose ou de sucre
glace a été testée. Attention, le sucre glace contient souvent de l’amidon
pour éviter qu’il se prenne en pain, d’où le conseil de le faire soi-même à
partir de sucre cristallisé avec un ancien moulin à café électrique par
exemple, juste avant emploi.
Les résultats de la lutte contre varroa avec des poussières reposent sur le
fait que ces poussières interdisent toute adhérence aux ventouses des pattes
de varroa et le neutralisent.
L’utilisation d’un appareil souffleur permet une meilleure diffusion de ces
poussières.
Avis aux expérimentateurs et faites connaître vos résultats !
Je vous souhaite une bonne récolte et à bientôt.
F. Anchling
|

















 |