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Analyse pollinique des miels

Par  Paul SCHWEITZER

avec l'aimable autorisation de la revue
L'Abeille de France 
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punaise.gif (183 octets) L'analyse pollinique des miels 
         IX -Tétrades et polyades

Dans les chapitres précédents, tous les grains de pollen que nous avons rencontrés n'étaient constitués que d'un seul grain. C'est ce que l'on appelle également une monade. C'est le cas le plus général. Certains grains de pollen sont cependant émis sous une forme composée de plusieurs entités réunies ensembles que l'on appelle sous le terme générique de polyades. Plus particulièrement on parle de diades lorsque le grain de pollen est composé de deux entités, de tétrades lorsqu'il y en a quatre et de polyades lorsqu'il y en a plus (généralement 8 ou 16)…

Il faut naturellement connaître ces structures particulières et savoir les identifier.

Pour les miels produits en France et en Europe, les polyades les plus fréquentes sont des tétrades. Les figures ci-dessous représentent le cas le plus classique. Ces 3 images représentent la même tétrade vue selon des plans différents. Imaginez 3 billes accolées et posées sur une table avec une quatrième posée dessus. La tétrade est ici régulière et s'inscrit dans un tétraèdre régulier.


Erica cinerea - Bruyère cendrée
Plante atlantique - surtout dans l'ouest de la France

Callune vulgaris - Bruyère callune
La bruyère dont l'aire d'extension est la plus repandue.
Du nord de l'Europe au Bassin méditérranéan.

Arbutus unedo - Arbousier
dans les miels de Corse


Acacia dealbatha - Mimosa
dans les miels produit en zone d'influence méditerranéene

Ce type de structure se rencontre chez presque tous les grains de pollens de la famille des éricacées qui comptent de très nombreuses plantes mellifères comme les différentes bruyères, le rhododendron, la myrtille, l'arbousier… avec quelques très rares exceptions ainsi le pollen de Erica terminalis n'est pas une tétrade. L'inverse est cependant encore moins vrai puisque des tétrades se rencontrent chez beaucoup d'autres espèces : des orchidacées (orchidées) par exemple, mais également chez la drosera, la massette (Typha latifolia) mais pas Typha angustifolia dont le pollen est une monade monoporé, ainsi que chez le catalpa, catalpa bignonioides, arbre ornemental planté dans beaucoup de nos ville et dont le pollen tétraédrique se retrouve régulièrement dans nos miels.


Rhododendron ferruginum - rhododendron dans les miels de haute montagne (Alpes - Pyrénées)


Catalpa bignonoides - Catalpa
Dans les miels récoltés en zone urbaine ou périurbaine.

En mélissopalynologie, il s'agira surtout de savoir distinguer les tétrades des différentes éricacées les plus fréquemment rencontrées dans les miels : la bruyère cendrée, erica cinerea, la bruyère arborescente, erica arborea, le rhododendron, rhododendron ferriginum, l'arbousier arbutus unedo… Le pollen de bruyère callune (Calluna vulgaris) forme une tétrade particulière puisque les quatre grains sont situés presque dans le même plan. IL est très facile à reconnaître… 

Les miels espagnols qui sont fréquemment importés en France contiennent des tétrades de bruyères qui n'existent pas en France comme celle de Erica umbellata. C'est alors un indicateur d'origine géographique1. Il est très important de connaître également certaines polyades à 16 grains. La seule que l'on peut trouver de façon naturelle dans un miel français est celle du mimosa (Acacia dealbatha). Il s'agit d'un acacia - un vrai à ne pas confondre avec le robinier faux-acacia (Robinia pseudacacia) d'où l'importance des mots et de la terminologie latine, qui seule élimine toute ambiguïté, dans les résultats d'analyses polliniques. 

Les vrais acacias sont surtout des plantes tropicales. On retrouve leur pollen dans les miels récoltés dans ces zones. Ceux produits en Amérique centrale sont très riches en polyades de mimosacées. Ils contiennent également souvent en nombre un très petit pollen (une monade) de mimosa pudica. Certains pollens de mimosacées se présentent également sous forme de tétrade. Comme ces miels sont également très importés en France, il faut bien faire la différence entre le pollen du mimosa (acacia dealbatha) que l'on trouve dans certains miels produits en France et les autres polyades qui ne peuvent provenir que de miels importés…


Caluna Vulgaris

1 Les éricacées sont toujours des indicateurs d'origine géographique d'un miel. En ce qui concerne le genre erica (les bruyères sauf la callune), il en existe plus de 800 espèces répandues en Europe et en Afrique (essentiellement sur le pourtour méditerranéen mais également au Cap et sur les hautes montagnes du Centre d'Afrique).

Paul SCHWEITZER
CETAM
Laboratoire d'Analyses et d'Écologie Apicole


avec l'aimable autorisation de la revue

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