Anciens éditoriaux 1999
Editorial
n°854
Bilan et perspective
1999 - Que fut-elle ?
Espoir et amertume à propos du dossier tournesol notamment : la
filière apicole, après la décision de Monsieur le Ministre de l’Agriculture,
pouvait raisonnablement espérer. Mais les travaux et les recherches demandées
avec la participation de la Communauté Européenne (crédits dévolus aux
apiculteurs, les victimes) non seulement ont été retardés mais certains
résultats seront ignorés pour cause de publication tardive. Ainsi, pour des
prélèvements d’échantillons de terre et de végétaux, la convention
annoncée en avril est parvenue au laboratoire le 13 juillet : 720
prélèvements prévus, 75 reçus. Heureusement, les apiculteurs veillaient au
grain et ont complété en partie. Et pendant ce temps-là, le rapport de l’adversaire
s’élaborait sans retard.
La commission des toxiques n’attendra pas pour donner son avis, avis que le
Ministère examinera sans aucun doute avec une particulière attention.
Relative satisfaction avec l’aide significative attribuée aux analyses de nos
miels d’une part et à plus de la moitié des dossiers de transhumance d’autre
part. C’est bon pour le moral.
Vigoureuse réaction de la filière apicole dans son ensemble à propos de la
Directive Européenne sur le miel, Directive qui met en danger la qualité des
miels européens en général et français en particulier.
Santé des abeilles aussi avec le difficile combat à mener contre la varroase
et ce en raison de l’absence d’un produit totalement efficace. Mais de là,
à entendre ou à lire que les apiculteurs ne savent pas conduire leurs ruches
et sont responsables, en grande partie, des pertes d’abeilles, c’est une
accusation que l’ensemble de la filière récuse avec force.
2000 - Que sera-t-elle ?
Tout d’abord celle de l’espoir de maintenir l’interdiction de
traiter les semences tournesol, voire les autres semences mais aussi la
poursuite des expériences et des recherches avec les équipes actuelles et non
pas sur appel d’offres. On ne change pas les équipes au fait du dossier !
Egalement le souhait que les aides à la transhumance notamment, permettent de
solder tous les dossiers avec un pourcentage de participation financière
identique au précédent, en clair une augmentation du budget attribué
par le Ministère de l’Agriculture.
Et puis aussi la défense avec conviction et fermeté au niveau de la Commission
Européenne, par nos fonctionnaires délégués, du contenu de la Directive
modifiée.
L’essentiel ainsi évoqué, nous aurons l’opportunité d’en débattre lors
des Congrès Nationaux de mars et d’octobre, nous aurons peut-être la
nécessité de nous mobiliser comme nous avons su le faire à Bruxelles puis à
Paris très récemment.
En cette période traditionnelle de souhaits et de vœux,
espérons que nous serons entendus. A toutes et à tous, les équipes de l’Abeille
de France et du SNA vous souhaitent de bonnes fêtes de fin d’année.
| Pour
le SNA le Président Y. VEDRENNE |
Pour
l’Abeille de France la Gérante V. CHONG WING |
Editorial
n°853
Les Grandes Manœuvres
Ce titre, souvent repris par la presse quotidienne et hebdomadaire
nationale à la veille de grands débats, de manifestations civiles ou
militaires et destiné à impressionner l’opinion publique, l’adversaire et
parfois l’ami, sied bien aux problèmes apicoles du moment.
Grandes manœuvres par exemple à propos des difficultés liées aux cultures de
tournesol avec les parutions d’un livre et de rédactionnels pour les médias.
Ces écrits émettent des hypothèses et décrivent des situations connues des
apiculteurs et maîtrisées depuis bien longtemps.
Le problème posé depuis plusieurs années l’est autour d’une situation
extrêmement dépouillée :
Elémentaire, n’est-ce pas !
L’évidence, critère de vérité, n’interpelle-t-elle pas nos pourfendeurs
?
Directive miel maintenant : les apiculteurs sont apparemment écoutés, le
délai de l’examen du dossier à Bruxelles s’allonge et donne ainsi le temps
de peaufiner nos remarques, nos attentes en complète harmonie.
C’est bon pour le moral...
Aide européenne ensuite : elle va son chemin, elle ne donne pas satisfaction
mais elle existe. Les grands bénéficiaires en sont les laboratoires publics
dont nous souhaitons que tous les chercheurs soient des « trouveurs ». Nous
sommes optimistes d’autant que les crédits sont là. Quant à nous,
apiculteurs de base, à part l’aide à la transhumance et celle affectée à l’analyse
des miels, il y a peu à espérer. Toutefois de nouvelles pistes se profilent à
l’horizon dans la cadre ONIFLHOR. Cela nous a été confirmé aux dernières
«48 heures» de la filière apicole, marathon épuisant mais riche d’enseignement
et d’informations.
Rome ne s’est pas faite en un jour.
Y. VEDRENNE
Editorial
n°852
Normes ISO, Certification
de conformité, Traçabilité,....
Et quoi encore ?
Du géranium certifié conforme au cariste certifié ISO, la presse
quotidienne nous permet de constater que la liste des certifiés s'allonge.
Phénomène de mode ou conjoncturel ? Certainement les deux.
Elevage dopé aux antibiotiques et aux hormones, poulet à la dioxine, vache
folle, organismes génétiquement modifiés, boisson imprégnée de
parachlorocresol, (fongicide avec lequel sont traitées les palettes), on trouve
vraiment de tout sur notre table. Les propos alarmistes de Jean-Marie PELT
considéré comme le pourfendeur le plus sensé de la dérive alimentaire, n'en
ont que plus de valeur. Au rythme des scandales qui défrayent la chronique
alimentaire, les maîtres mots de l'alimentation sont soudainement devenus :
Transparence, Traçabilité et Qualité.
C'est un peu la revanche du petit producteur vis-à-vis de tous ceux qui ne
prônaient qu'élevages industriels et monoculture intensive. Dans un monde où
l'erreur n'a pas droit de cité, il faut bien sûr des responsables. Mais
comment remonter la chaîne alimentaire pour le découvrir ? par la
Traçabilité.
Pendant longtemps, les aliments biologiques ont été un peu la panacée de
quelques écologistes ou d'anciens hippies reconvertis en chevriers dans la
France profonde et s'adressaient à un public informé et prêt à en payer le
prix. La déferlante "d'accidents" dans l'agro-alimentaire a conduit,
ces dernières semaines, beaucoup de consommateurs à prendre d'assaut les
commerces d'aliments obtenus sans produits chimiques ni pesticides, au rang
desquels naturellement notre miel.
Les décisions récentes arrêtées à Bruxelles malgré l'opposition des
Apiculteurs doivent nous conforter dans la mise en œuvre de démarches de
certification (AOC ou IGP). Les enquêtes de consommation confirment la tendance
de l'acheteur à vouloir connaître l'origine et les caractéristiques d'un miel
régional. On assiste depuis quelque temps à une recherche d'authenticité et
de valeur sûre au détriment des miels bon marché et d'origine incertaine.
La Traçabilité est devenue un but pour le consommateur et ce mot ne sortira
pas de sitôt de notre vocabulaire. C'est un élément fort de notre fin de
siècle. Ce n'est pas une mode mais un moyen de fidéliser le client en gagnant
sa confiance.
L'enjeu économique final est immense. La magie de l'aliment, c'est son crédit
et par là même le fondement de sa valeur, même si elle est parfois discrète.
La transparence du produit précède celle des marchés. A fortiori en
alimentation humaine, la valeur précède le prix.
Et pour conclure, rappelons-nous ce que disait il y a déjà plus de
2000 ans Hippocrate :
"Que ton aliment soit médicament".
F. ANCHLING
Editorial
n°851
L'Agriculture
biologique
L'agriculture biologique a le vent en poupe. Les multiples affaires
belges, françaises et britanniques, mettant en lumière les aberrations des
méthodes d'élevages des aviculteurs et autres entraînent chez le consommateur
une réaction très compréhensible de rejet des productions forcées ou
industrielles. Ces affaires sont révélatrices d'une déviance grave du
système agro-alimentaire où seul le rendement et la minoration des coûts de
production ont de l'importance. Vendre cher et produire très bon marché est le
nouveau commandement. Cela est en partie vrai dans le négoce des miels, il faut
l'admettre.
La confiance se mérite : nous devons aussi chez nous, mais bien moins
qu'ailleurs, bannir les pratiques des "industriels des ruches" petits
ou grands qui perdent de vue l'abeille, la qualité et la couleur d'un beau
miel, pour ne voir que l'or et pas suffisamment ce qu'ils proposent aux
consommateurs. C'est le cas de certains miels, impropres à la consommation au
regard des lois, importés d'Asie et d'autres continents. Les instances
gouvernementales nationales et européennes restent ici franchement trop
discrètes malgré les indications et les rapports concordant des laboratoires
et des responsables de la profession.
Paradoxe encore, le règlement de l'agriculture biologique adopté le 19/09/99
par la CEE et non encore publié officiellement. Il mérite d'être lu
attentivement. Vous trouverez d'ailleurs dans votre revue le texte complet sur
l'apiculture. Paradoxe enfin quand la commission européenne propose et laisse
en juin 99 le miel dans la catégorie des produits industriels. Janus a deux
visages !
Concernant le chapitre apicole, le texte constate que "l'apiculture est une
activité importante qui contribue à la protection de l'environnement et à la
production agro-forestière grâce à l'action pollinisatrice des
abeilles". L'intérêt ici est que la C.E.E. reconnaît et met enfin
l'accent sur une évidence répétée par tous les apiculteurs. Elle indique que
"la qualification des produits apicoles comme étant issus de production
biologique est étroitement liée aux caractéristiques des traitements
appliqués aux ruches et à la qualité de l'environnement". C'est un point
d'importance et j'y reviendrai. Un autre article ajoute :"Lors du choix des
espèces, il faut tenir compte de la capacité des animaux (sic !) à s'adapter
aux conditions du milieu, de leur vitalité et de leur résistance aux maladies.
La préférence est donnée à l'utilisation "d'espèces européennes
d'Apis mellifera et de leurs écotypes locaux". L'alimentation occupe le
paragraphe 5. Je ne résiste pas au plaisir de vous faire savoir qu'"il
faut laisser aux ruches des réserves de miel et de pollen suffisantes pour
assurer l'hivernage" et que "l'alimentation artificielle est
autorisée lorsque la survie des ruches est compromise par des conditions
climatiques extrêmes. Celle-ci doit être constituée de miel issu de
l'apiculture bio, de préférence de la même unité en agriculture bio".
LAPALICE est de retour !
Heureusement, des dérogations successives permettent l'usage des sirops ou
mélasses bio (?) par défaut les sirops habituels feront l'affaire pendant une
période transitoire de trois ans . Pour un miel issu de l'agriculture
biologique, si l'on suit la "prophylaxie et les soins vétérinaires"
du règlement, il faut prévenir les maladies "par le choix de races
résistantes appropriées" sans autres précisions et "l'application
de certaines pratiques (lesquelles ?) favorisant une bonne résistance aux
maladies et de la prévention des infections". Celle-ci repose sur "le
renouvellement régulier des reines, le contrôle systématique des ruches ...
la maîtrise du couvain mâle dans les ruches, la désinfection du matériel et
des équipements... le renouvellement régulier des cires et de bonnes
provisions" etc.. Enfoncer les portes ouvertes est un sport bien connu dans
la bureaucratie !
Selon vous, quel apiculteur digne de ce nom agit différemment ? Où est le
savoir-faire des apiculteurs dans l'expression de la qualité ? Les a priori ont
la vie dure. En quoi des produits phytotoxiques, utilisés sans contrôles ni
AMM parce que "naturels" sont-ils moins dangereux pour le miel que les
produits allopathiques bien définis et contrôlés ? En fait, les produits
allopathiques sont isolés le plus souvent à partir de produits naturels,
débarrassés des produits annexes inutiles voire toxiques. Utilisés en
traitement à posologie convenable, ils ne sont pas dangereux pour le miel ou
l'homme, leurs résidus sont traçables en laboratoire et leurs métabolites
connus. Quid des produits phyto, des huiles essentielles variables d'un flacon
à l'autre, impures, en alcoolat ? Rappelons que la nature a mis au point des
toxines et des poisons redoutables que la chimie de synthèse n'a pas encore pu
reproduire !
Que dire des produits homéopathiques si ce n'est qu'Apis 9CH, abeille entière
écrasée et diluée selon la technique de HANNEMAN n'a jamais soulagé une
seule véritable allergie ! Quant à traiter les maladies infectieuses des
abeilles par des produits infinitésimaux adaptés selon la théorie des
contraires à l'homme et prescrit après un interrogatoire particulier et
singulier du médecin, j'attends de voir les résultats sur les virus, bacilles
et agents des mycoses apicoles ! Varroa comme les poux n'ont qu'à bien se tenir
et les apiculteurs aussi !
La morale de cette histoire est que tout miel, de par sa nature même est un
vrai produit biologique. Cette vérité doit être reconnue par tous, y compris
par la CEE. Un apiculteur responsable intervient sur ses ruches selon les
règles administratives autorisées, avec des produits efficaces et surveillés
(AMM). Il pratique la sélection à la recherche des abeilles les plus
productives et les mieux adaptées à l'écosystème où il vit. Nos miels
restent sains et naturels. Ils le sont moins chez les autres que chez nous
(Chine ...). Pour affirmer la qualité de nos productions, certifions les miels
français et européens par des appellations d'origine (A.O.C. , I.G.P. ...).
Des chartes sévères garantiront la confiance des consommateurs, nos seuls et
vrais juges. Leur certitude de qualité reposera sur le savoir-faire des vrais
apiculteurs associés aux preuves tangibles des contrôles en laboratoire,
attestant des qualités physiques et organoleptiques des miels.
Comme M. JOURDAIN faisait de la prose sans le savoir, nous sommes tous des
producteurs de miel dans une apiculture que l'on peut qualifier sans rougir de
"biologique". Qu'on le dise et le répète partout !
A. BECKER
Editorial
n°850
Causes
communes
Juillet - Août : deux mois au cours desquels l'activité économique de notre pays se ralentit, période durant laquelle le travail apicole lui, bat son plein. Les récoltes déjà effectuées, celles en cours, mais aussi celles à venir ne permettent qu'un optimisme mesuré. Il est vrai que les conditions climatiques que nous subissons avec cette année de treize lunes ne favorisent pas le développement de nos colonies d'abeilles ...
Il est bien sûr encore trop tôt pour faire le point, d'autant que nous attendons avec une certaine anxiété de connaître l'impact de l'interdiction des semences traitées sur tournesol, c'est-à-dire de constater si nos abeilles fréquentent à nouveau, sans dommages, ces grandes cultures. En effet, pour l'ensemble de la filière apicole, les comportements observés en 1998 laissent envisager une rémanence plus longue que prévue de la matière active. Actuellement les travaux ont repris et la filière apicole a été consultée par deux fois. Entre temps, et avec le concours d'un Avocat, elle a officiellement réagi afin de :
Ces deux structures ont en effet demandé l'annulation de la décision du Ministère de l'Agriculture au Conseil d'Etat.
Les lézardes espérées dans le mur de la coordination qui dérange ne sont, comme vous pouvez le constater, même pas des fissures. Le bloc est solide. Les frais seront supportés par l'ensemble de la filière apicole sans exception.
La firme productrice dispose depuis janvier 1999 de deux années pour répondre. Les obstructions aux projets de recherche 99 validés par les apiculteurs obligent les chercheurs concernés à étendre leurs projets sur l'an 2000. Il est raisonnable de penser que pour la prochaine campagne, une interdiction de l'utilisation de semences traitées sera maintenue...
Autre difficulté du moment, la directive miel qui au niveau européen ne peut satisfaire personne, exceptés peut-être les importateurs. Une démarche musclée est en cours et le groupe de travail miel du COPA-COGECA se réunira d'urgence dans quelques jours pour arrêter sa stratégie. Il semblerait que d'ores-et-déjà, les apiculteurs aient l'appui des instances administratives et syndicales pour un rejet complet de cette directive dans l'état actuel de sa rédaction.
Mais le dossier apicole européen, c'est aussi l'aide à la transhumance pour laquelle 350 dossiers ont été déposés pour un montant avoisinant les 18 millions de francs. En toute logique, les dossiers en partie ou en totalité déjà financés par les apiculteurs ont été traités et l'ensemble le sera au fur et à mesure du déblocage de l'enveloppe allouée par le Ministère de l'Agriculture. Ceci signifie que certains apiculteurs devront reporter leurs investissements fin 99 et début 2000.
Côté promotion du produit, l'aide ONIFLHOR attribuée à PROMOMIEL est effective et cette structure envisage de l'utiliser au profit d'un livret à usage scolaire, d'un dépliant pour les apiculteurs et de l'aide à la mise en place dans le cadre du Concours Général Agricole, d'un jury de jeunes dégustateurs des classes de cours moyens sélectionnés au niveau de toutes les régions de France... Les habitudes alimentaires se prennent très jeunes, nous l'avions déjà souligné voici quinze ans lors de la première aide européenne et avions réalisé à cette époque un certain nombre de documents audiovisuels en direction des Ecoles, des Centres de Documentation Pédagogique et des Ecoles Normales. Il est réconfortant de constater que cette initiative que nous avions soutenue et essayé ponctuellement de rendre pérenne refait surface avec la participation de la presque totalité des acteurs apicoles mais aussi avec la participation de l'ONIFLHOR, ce qui est à la fois un encouragement et une reconnaissance.
Ainsi va le monde apicole pour lequel faire le lézard n'est pas d'actualité. Quant à ceux qui espéraient une éclipse sur les grands problèmes, celle-ci n'est pas au rendez-vous...
Y. VEDRENNE
Editorial
n°849
Les abeilles,
sentinelles de l'environnement ?
La surveillance écologique de l'environnement urbain et industriel fait appel à des techniques de plus en plus complexes et coûteuses.
Une technique de surveillance originale, bon marché et très prometteuse est l'étude menée dans la vallée industrielle de la FENSCH en Moselle. Elle concerne l'analyse des produits de la ruche récoltés par l'abeille dans son biotope, associée à une étude comportementale. Quel meilleur robot spécialisé, prolifique, fiable, biodégradable et d'un coût dérisoire peut-on imaginer pour remplir la tâche fastidieuse et éternellement répétitive de collecte systématique d'une aussi grande surface ? Les produits récoltés, pollens, nectars, propolis (résines) ont chacun des intérêts spécifiques dans la surveillance de l'environnement.
Les pollens sont des marqueurs de la flore mellifère et anémophile. La réalisation de cartes botaniques est possible et nécessaire. La variabilité dans le temps des spectres polliniques renseigne finement sur la transformation de la typologie florale locale étudiée et permet d'anticiper les atteintes sévères de l'environnement. Cette technique détecte à un stade infra clinique les anomalies de l'écosystème végétal, c'est-à-dire dès avant l'irréversibilité des atteintes par des polluants chroniques d'origine industrielle ou urbaine.
Les pollens sont de par leur structure physico-chimique des adsorbeurs (et non pas des absorbeurs) de polluants soit hydrophiles ou lipophiles. Les pollens portent aussi des informations génétiques (surveillance des plantes transgéniques).
Les miels sont des solutions de sucres complexes issus du nectar transformés par les organes digestifs de l'abeille. Le miel garde la trace infinitésimale des produits en particulier phytosanitaires rencontrés par l'abeille lors du butinage.
La propolis, mélange de résines arboricoles et autres est une remarquable mémoire des pollens anémophiles mais aussi des résidus minéraux industriels, territoriaux et autres, charriés par les mouvements de l'atmosphère. La cire est un support organique remarquable des parfums, odeurs, produits liposolubles etc. Ainsi sont étudiés du sol jusqu'à 30 m d'altitude, tous les étages de la flore.
Cette technique, grâce aux moyens de laboratoire détecte la présence des polluants les plus variés : minéraux, métaux lourds, produits chimiques, organiques, cryptogamiques, microbiens, etc..
Si les escargots sont déjà utilisés dans des études sur la pollution des couches superficielles des sols, l'abeille est une recrue de choix.
La ruche est un organisme vivant complexe et organisé très sensible à de nombreux polluants chimiques à des doses extraordinairement faibles parfois 2 à 3 ppm (partie par million) comme dans les insecticides systémiques. L'observation quantifiée par des moyens simples et automatisés permet de détecter les troubles comportementaux que les méthodes classiques ne suspectent même pas.
L'ensemble des résultats déjà obtenus par cette approche originale dans la vallée de la Fensch justifie son extension. Après le département de la Moselle, elle est en cours de réalisation dans toute la Région Lorraine. La bonne volonté d'apiculteurs, petits producteurs acteurs de cette étude, confirme plus que jamais leur nécessité et l'importance écologique d'une apiculture de proximité bien répartie sur l'ensemble du territoire. L'apiculture de proximité a des effets bénéfiques majeurs sur la pollinisation de la flore et l'amélioration des rendements agricoles. Elle doit être encouragée car sa disparition entraînera à court terme un désastre écologique redoutable. L'abeille, sentinelle écologique efficace ?
La validité de cette technique et son intérêt pour la surveillance de l'environnement sont indéniables. La facilité de mise en œuvre de cette méthode, son faible coût et sa sensibilité sont des atouts majeurs. Des études complémentaires, avant son extension, restent indispensables.
A. BECKER
Editorial
n°848
Pas facile !
Le temps humide et froid qui persiste fin avril annonce une récolte de printemps bien faible. Ne parlons pas des régions où un apport de nourriture s’est avéré nécessaire pour la survie des colonies. Depuis plusieurs années, ces conditions climatiques, fin d’hiver doux et printemps froid, nuisent au bon démarrage de la saison apicole et découragent bon nombre de débutants. Mais la capacité de nos apiculteurs à espérer et à réagir dans les moments difficiles reste intacte (dossier tournesol par exemple).
Le rapport de synthèse définitif sur le programme Gaucho/Abeilles/Tournesol est enfin connu. Simplement, les remarques de la filière apicole n’ayant pu être intégrées dans la précédente version (faute de temps ?) ne le sont toujours pas mais une autre correction plus tardive y figure.
Fin février, la décision concernant le projet de recherches élaboré par le C.N.E.V.A., le C.N.R.S. et l’I.N.R.A. devait être communiquée. Il a fallu attendre le 1er avril pour que celui-ci soit effectivement validé. A ce jour la notification de cette décision n’a toujours pas été communiquée aux organismes de recherches concernés.
Les travaux ne peuvent donc débuter qui prévoyaient, dès fin mars, des échantillonnages de végétaux précoces ainsi que des sols non ensemencés. La filière apicole a le sentiment qu’il est fait obstruction dans le traitement du dossier. Elle s’en inquiète et rappelle qu’elle reste vigilante.
Madame la Conseillère du Ministre chargée du dossier a été saisie par courrier, Monsieur le Ministre également. Les apiculteurs souhaitent simplement que l’honnêteté du processus de recherche de la vérité soit préservé.
Environnement mellifère encore avec une démarche en cours pour le maintien en floraison des jachères jusqu’à la date légale de destruction soit le 14 juillet : les chasseurs sont consultés car ils sont eux aussi concernés.
15 mai, date limite pour le retour des dossiers d’aide à la transhumance : votre revue a fourni tous les renseignements nécessaires et reste à votre écoute mais il est grand temps. La demande ne vous engage pas définitivement, n’hésitez pas à la présenter.
Y. VEDRENNE
Editorial
n°847
Le bio ?
Doux rêveur : c’est ainsi que l’on considérait voici une quinzaine d’années les partisans d’une agriculture biologique plus douce et plus propre, une agriculture éloignée de l’impérieuse nécessité de produire des quantités toujours plus importantes afin de satisfaire les besoins du monde, avec en corollaire la nécessité d’amortir des investissements toujours plus lourds. Certes, il convient d’admettre que les méthodes intensives peuvent avoir des effets négatifs sur l’environnement, mais on continue néanmoins de produire. En effet, ces quantités excédentaires entraînent une activité économique connexe à l’agriculture et par voie de conséquence agissent sur l’emploi. N’oublions pas non plus que l’humanité a faim.
Aujourd’hui il existe une volonté de soutenir l‘agriculture biologique. S’agit-il d’une crise commerciale ou d’une crise écologique ? En fait, c’est plus simplement la prise de conscience de la nécessité de produire en tenant compte de l’utilisation raisonnée des ressources, leur préservation, notamment l’eau et les sols et de considérer également les effets sur l’énergie utilisée. Plus concrètement, il s’agit d’envisager plus qu’une solution, une réduction de nos activités polluantes, mais sans pour autant retourner à des formes primitives. Cette agriculture biologique peut se présenter comme une filière de réapprentissage de bonnes pratiques, elle exige de la part de son auteur une volonté personnelle de conversion. Et si la recherche de la qualité conduit à redéfinir la véritable place de l’homme dans la société, elle permet aussi de contribuer à son propre bonheur et à celui des siens.
L’homme retrouve ses capacités créatrices, il redevient un cultivateur du vivant, attaché à la production et non à la modification. Il réconcilie élevage et production végétale, il recherche la rusticité, la diversification, les assolements réfléchis et le travail dans la durée. Mais cette démarche nouvelle est-elle rentable pour tous ceux qui pourraient le désirer ?
ET L’APICULTURE DANS TOUT CELA ?
Et bien comme nous le savons, elle a fait l’objet d’un cahier des charges concernant le mode de production biologique du miel. Ce cahier des charges est l’œuvre de quelques-uns et en son temps, la filière apicole a été ou ignorée ou présente mais pratiquement jamais écoutée. Aujourd’hui ce dossier revient avec un avenant au cahier des charges concernant le mode de production biologique du miel et des exigences particulières en matière d’extraction de gelée royale, de conditionnement, d’étiquetage. L’apiculteur se trouve enfermé dans un certain nombre de contraintes dont il pratique d’ailleurs la plupart sans s’en rendre compte. Au niveau européen, un règlement communautaire est en préparation. Les apiculteurs ne peuvent y échapper. Mais à bien y regarder, exception faite de la proximité des ruches à côté de cultures intensives, les éleveurs d’abeilles se conforment déjà au cahier des charges concernant le mode de production biologique du miel. Pour certains, s’inscrire dans ce créneau bien restreint mais porteur montre qu’à l’évidence ce mode de production est désormais une branche incontournable de la pratique apicole. Le règlement européen définitif permettra-t-il de disposer de suffisamment de sites mellifères pour répondre à la demande toujours croissante ? C’est la vraie question qui conditionnera l’importation des miels étrangers répondant au cahier des charges, miels pour lesquels malheureusement le contrôle initial sera plus incertain.
Y. VEDRENNE
Editorial
n°846
Dans le bon sens
Le monde agricole est en effervescence, l’actualité
en témoigne. Le monde apicole, dont une partie de ses membres se reconnaît
dans ce monde agricole, est lui aussi en proie à un certain nombre de
difficultés. Ses effectifs et ses moyens ne lui permettent pas souvent de s’extérioriser
mais lorsqu’il le fait, c’est toujours une réussite, la dernière en date :
le rassemblement au pied de la Tour Eiffel à propos de l’insecticide Gaucho.
Ces actions jointes à d’autres plus localisées, les démarches entreprises
par l’ensemble des partenaires de cette filière font qu’aujourd’hui
celle-ci est désormais régulièrement consultée au niveau national, ce qui
est un réel progrès par rapport à ce que nous avons connu dans les années
passées.
L’aide européenne obtenue pose toujours problème à la fois dans son
financement et dans sa gestion. Les récentes décisions prises en cette
dernière semaine de février permettent d’envisager l’avenir avec un
optimisme mesuré mais aussi avec un indice de satisfaction à la hausse. Il est
acquis que les apiculteurs pourront de nouveau, pour les récoltes à venir,
attester de la qualité de leurs produits : l’amélioration des outils de
quatre laboratoires nationaux sous convention et l’aide directe aux analyses
sont maintenues. Comme par le passé, nous encourageons donc les apiculteurs à
utiliser ces moyens. Dans le même temps, un effort financier significatif,
puisqu’il se situe aux environs de 2,2 à 2,4 millions de francs, permettra
aux apiculteurs transhumants de s’équiper avec une aide directe pouvant
atteindre 40 % de l’investissement. Enfin, les recherches entreprises et
financées en partie par la Communauté dès 98 en matière de lutte contre la
varroase, laissent espérer des jours meilleurs par le biais de méthodes,
certes contraignantes, mais relativement bon marché. Saluons dans ce cas
précis le travail remarquable de l’Unité de Zoologie et d’Apidologie d’AVIGNON,
travail que nous porterons à votre connaissance dans un prochain numéro.
Autre difficulté, autre souci, autre crainte avec le problème toujours
présent des semences de tournesol : l’arrêté est certes paru au Journal
Officiel du 14 février interdisant l’emploi de semences traitées mais il
indique aussi que celles-ci pourront être conservées... Un programme de
recherches complémentaires établi par trois organismes publics indépendants a
été proposé aux apiculteurs réunis pour la circonstance dans les
Deux-Sèvres. Il est, pour l’ensemble de la filière, la garantie que les
travaux effectués le seront dans la plus parfaite impartialité. L’aide
européenne obtenue par les apiculteurs après des années de discussions doit
contribuer au financement de ces recherches. Avec le printemps qui s’annonce,
l’espoir renaît...
Communiqué de dernière minute
Un des objectifs du règlement 1221/97 du Conseil concerne la rationalisation de
la transhumance. Un crédit est actuellement ouvert qui s’éteindra le 31
août 1999 avec une date limite de réception des dossiers au 31 mai. L’Abeille
de France et le S.N.A. se tiennent à la disposition des apiculteurs dépendant
de l’AMEXA ou payant une cotisation M.S.A. et possédant un minimum de 70
ruches pour les conseiller en matière d’investissements éligibles et pouvant
être financés à 40 % du montant hors taxe. A cet effet, une permanence
téléphonique sera assurée les lundis 8, 15 et 22 mars de 9 h à 12 h au 03 25
71 52 61, fax 03 25 71 52 62. Il sera possible d’autre part de se renseigner
également à notre siège de Paris le mercredi en demandant la personne
chargée du dossier «Rationalisation de la transhumance». Enfin, sur simple
demande écrite et transmise par fax, il vous sera retourné les premiers
éléments d’information et les conseils pour la gestion de ces dossiers de
financement.
Y. VEDRENNE
Editorial
n°845
Maintenant...
demain ?
Rien d’officiel par ailleurs au J.O. comme au B.O., mais l’usage est qu’une simple notification à l’entreprise suffit pour que la décision s’applique.
L’enrobage des semences apparemment commencé, certaines ventes faites, d’anciennes semences en stock et une rémanence suspectée plus longue que prévue : autant d’aspects que la filière apicole réunie le 28 janvier a examinés avec l’appui de chercheurs et les conseils d’une grande centrale agricole nationale. Un projet plus élaboré accompagné de souhaits, voire d’exigences incontournables devrait voir le jour très rapidement. Puisque de nouvelles études seront entreprises, les partenaires apicoles doivent y être associés.
Dans certains cas, en 1998, cela n’a pas été toujours admis.
Autre domaine, celui des O.G.M.:
C’est la Cour de Justice des communautés européennes qui sera appelée à statuer sur la commercialisation de trois maïs transgéniques après l’arrêt du 11 décembre 1998 pris par le Conseil d’Etat.
Pour la première fois une instance consultative avance le principe de précaution au regard de la santé humaine.
Nos abeilles comme nos plantes sont concernées par ces O.G.M. Trois biologistes du C.N.R.S. n’ont-ils pas observé que le lotier génétiquement modifié change le comportement des bactéries proches de ses racines ? N’écrit-on pas que le colza lui aussi génétiquement modifié pourrait abréger la durée de vie de nos abeilles de 15 jours tandis que la dispersion du pollen sur les crucifères sauvages entraînerait des modifications sur ces plantes ?
Le monde agricole dépendra-t-il de toutes les grandes firmes qui contrôlent chaque jour davantage la production alimentaire mondiale ?
Y. VEDRENNE
Editorial
n°844
Antichambre
Deux grands dossiers ont rattrapé 1999 sans que nous en soyons satisfaits quand à leur devenir :
a) l’aide européenne tout d’abord pour laquelle, exception faite du dossier « laboratoires et analyses », nous manquons cruellement d’informations ... et de résultats. Nous aurons pour la mi-janvier, une réunion qui devrait apaiser nos craintes. Cela nous a été promis la veille du réveillon ...
b) le dossier tournesol dont nous souhaitions vous en donner l’issue, reste en attente de la décision de Monsieur le Ministre de l’Agriculture. Nous avons certes été reçus le jour de la manifestation puis entendu en délégation moins d’une semaine après, mais tous les protagonistes sont logés à la même enseigne. Nous espérons de par notre comportement unitaire, à cause de nos arguments fortement étayés et parce que le doute ne fait plus de doute pour les apiculteurs, nous espérons une décision réaliste. (Nous, signifie ici toute la filière apicole syndicale et coopérative).
ET MAINTENANT ...
L’avènement de l’Euro sera-t-il cette formidable chance annoncée pour l’Europe ? Souhaitons-le car le marché européen, le débouché le plus sûr pour les productions agricoles, reste le plus fiable pour les miels et ceux de France en particulier. Est-il nécessaire de rappeler leur grande diversité, leur grande qualité, fruits de la compétence reconnue des apiculteurs français.
Ainsi, l’avenir qui se mesure davantage d’un manière technocratique et scientifique, nous l’abordons avec une approche plus humaniste à travers un souhait qui se veut optimiste. Dans ce même esprit, nous devons plus que jamais croire en nous-mêmes, offrir l’image d’une apiculture bien déterminée dans la défense de ses intérêts, consciente de son rôle incontournable au profit de l’environnement et ouverte au progrès et à l’innovation.
« La plupart des hommes ont un moment dans leur vie où ils peuvent faire de grandes choses, c’est celui où rien ne leur semble impossible » (Stendhal).
Y. VEDRENNE
Editoriaux des numéros de l'année
1998
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