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do.gif (159 octets) Dossier "Abeilles et Produits Phytosanitaires"
Conseil Travaux du CNEVA-LPPRA sur la Deltaméthrine
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Travaux du CNEVA-LPPRA sur la Deltaméthrine
Juin 1985
Conclusion extraite de la publication intégrale sur le Bulletin Labaratoire vétérinaire N° 18

Les expériences terrain, nous le constatons, sont difficiles à conduire. Cela tient au fait qu'elles mettent en jeu un insecte social dont il est difficile de maîtriser l'environnement. De nombreux paramètres dans les ruchers témoin et traité (biotopes, aire de butinage, force des colonies, sélection des reines...) peuvent difficilement être codifiés correctement. De plus, le contrôle des épandages dans tout le secteur expérimental s'avère difficile, les agriculteurs étant surtout attachés au bon rendement de leur récolte.

Cependant, des enseignements importants en découlent :

Au point de vue clinique, nous avons constaté des symptômes identiques entre les intoxications expérimentales au laboratoire et sur le terrain, particulièrement par mise en évidence du " knock-down ". Celui-ci sans avoir pour conséquence la mort de l'insecte peut expliquer le non retour à la ruche par perte d'orientation ou par KD permanent si des variations de températures interviennent. Ainsi l'absence de cadavres d'abeilles devant la ruche n'exclut pas la possibilité d'une intoxication. Plusieurs fois, les abeilles " mortes " prélevées pour les analyses reprenaient vie arrivées au laboratoire ( cf.: intoxications expérimentales) .

La perturbation du cycle biologique de la colonie est évidente (disproportion couvain-abeilles, adynamie) mais irrégulière entre les différentes ruches. L'examen d'autres colonies situées sur des sites non traités montre un développement harmonieux.

La recherche des résidus a mis en évidence la présence de deltaméthrine dans les cadavres d'abeilles à des doses souvent supérieures à la DL5O ainsi que dans les pelotes de pollen.

La présence de deltaméthrine sur les végétaux et dans les pelotes de pollen durant toute la période de floraison démontre la rémanence du produit. Cela est en accord avec les caractéristiques du produit annoncées par le fabricant mais diffère des résultats des expérimentations de terrain conduites jusqu'à présent où la deltaméthrine ne se retrouve sur les végétaux que durant huit jours (22).

La présence de deltaméthrine au rucher témoin n'a d'explication que par une pollution extérieure. L'intensité des traitements et la dispersion par le vent en est peut être la cause mais reste une hypothèse.

La présence d'un germe nouveau, donné comme peu pathogène. Cependant, l'intoxication jouant comme cause favorisante, l'apparition d'un effet de synergie n'est pas à exclure.

La différence de résultats entre les laboratoires nécessite la mise en œuvre d'une harmonisation.

CONCLUSION

" Ce travail a essayé d'apporter des informations rigoureuses sur la toxicité de la Deltaméthrine vis-à-vis de l'abeille. Comme l'ensemble des publications qui en font état, nous concluons à une haute toxicité dans les conditions de laboratoire. La DL5O trouvée à 27°C s'accorde avec celle de BOS. La toxicité sur butineuse est augmentée lorsque l'on travaille à 17°C, ce qui est d'une grande importance et est trop facilement oublié dans le cas de la Deltaméthrine.

Le " knock-down " n'est pas seulement une manifestation passagère de l'intoxication. Il peut dans certaines conditions de température devenir irréversible et être la cause de la dépopulation des colonies: la Deltaméthrine se fixe chez l'abeille et la toxicité apparaît ensuite à basse température.

Sachant :
  • que la température interne de l'abeille dépend en grande partie de la température ambiante externe,

  • que la toxicité de la Deltaméthrine apparaît souvent lors des miellées de colza au cours d'une saison printanière sujette à de nombreux aléas climatiques et particulièrement lorsque ceux-ci s'exacerbent,

  • que sur le terrain on retrouve les symptômes cliniques obtenus lors des intoxications expérimentales au laboratoire,

  • que les analyses toxicologiques mettent en évidence des résidus de Deltaméthrine dans les cadavres d'abeilles et les pelotes de pollen, mais avec une grande variabilité (intra et inter laboratoires) due aux dégradations ce qui empêche de faire référence à la DL5O pour donner une importance de la mortalité,

  • que le pouvoir répulsif de la Deltaméthrine, gage de non toxicité vis-à-vis de l'abeille, ne dure que trois jours et que le pouvoir attractif des fleurs, variable selon les conditions atmosphériques, joue en sens contraIre,

  • nous pouvons conclure à la possibilité d'intoxication des colonies d'abeilles par la Deltaméthrine dans certaines conditions de terrain défavorables. Cet insecticide peut donc être ponctuellement responsable de problèmes de cheptel et être la cause d'intoxications chroniques d'intensité variable différentes de celles connues jusqu'alors.

    La décision de traitement ainsi que le dosage sont laissés à l'initiative de l'agriculteur. Les enquêtes menées chez différents exploitants ont montré un manque de rigueur dans les applications de produits phytosanitaires. Les surdosages sont très fréquents ainsi que les mélanges de produits. Les traitements sont souvent effectués par temps de vent. On remarque très bien la dispersion du nuage de nébulisation loin des machines agricoles sur les autres cultures. Enfin. " traiter avant floraison " est une expression dont l'interprétation varie énormément particulièrement en ce qui concerne le début de floraison ou la demi floraison. On trouve là des facteurs aggravants très importants.

    L'année 1984 a vu l'autorisation de traitement au Décis en pleine floraison. Parallèlement, elle a vu une augmentation des cas d'intoxication où le Décis a été retrouvé (cf. : tableau chap. 7).

    Enfin. les germes nouveaux mis en évidence peuvent interférer et jouer comme facteur aggravant supplémentaire dans l'apparition de l'intoxication ou inversement.

    On peut lire dans la méthode n° 95 de la commission des essais biologiques (19) à propos des essais de toxicité en laboratoire et plein champ: "Quelles que soient leur précision et la qualité des résultats qu'ils fournissent, les essais de toxicité n'apportent qu'une probabilité élevée du danger ou non danger. Il est impossible de leur faire prendre en compte la totalité des facteurs susceptibles de diminuer ou d'accroître le danger couru. Il ne faut jamais perdre de vue que tous les insecticides sont toxiques pour les abeilles et que la notion du danger restera toujours assortie d'une marge de sécurité plus ou moins grande. Le rôle des essais est de déterminer autant que faire se peut l'importance de cette marge de sécurité ".

    Dans le cas de la Deltaméthrine cette marge de sécurité a été, à notre avis, surestimée.


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