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Les faux bourdons : véritables partenaires de copulation !
par Jean-Marc Bertrand
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Presentation
Dans la littérature apicole, on présente souvent les “faux bourdons” comme des
individus indésirables et traités d’inutiles. Certains auteurs n’ont pas hésité
à les qualifier “d’abeillots”, nom un peu péjoratif pour désigner le membre
actif et véritable partenaire de la réussite des fécondations des reines
d’abeilles. D’ailleurs certains auteurs n’ont pas hésité non plus à qualifier
ces êtres de « Rois Fénéants », consommant tout le miel que les abeilles avaient
grand mal à récolter. De plus, les abeilles pourchassent ces mâles, dès la
première semaine d’août, dès que les premières nuits d’été sentent le frais.
Alors les hommes pensaient qu’il fallait détruire ces individus qui
envahissaient leurs ruches, afin de protéger leurs abeilles. D’autres
n’hésitèrent pas à lancer la fabrication de divers pièges à faux bourdons,
certains très efficaces, puisqu’ils faisaient périr ces pauvres mâles. Tous ces
artifices de piégeages étaient vendus dans toutes les bonnes maisons de matériel
apicole. Jusque dans les années 1970, certains pièges étaient encore vendus pour
venir à bout de ces mâles aux mœurs étranges. Mais qui sont-ils vraiment, ces
faux bourdons qui ne sont présents dans toutes les ruches que cinq mois par an
environ ? Depuis ces dernières années, avec tous les produits phytosanitaires,
ces mâles seraient-ils touchés par une quelconque anémie qui les rendrait plus
stériles et plus fragiles que jadis ? Question qui mérite méditation et
concertation et peut-être même une idée de recherche, à l’heure où le monde
apicole rencontre des difficultés pour obtenir des reines avec de la longévité.
L’apiculteur qui élève quelques reines, ne pense pas toujours aux braves faux
bourdons qui se lanceront conquérir les futures mères de ses ruches.
Aujourd’hui, il est bon de se consacrer à l’élevage de ces mâles, afin qu’ils
soient les plus performants possible. L’apiculteur obtiendra un effectif de
mâles suffisant, avec des êtres désirés, afin que la fécondation des reines
s’effectue le plus rapidement possible, c’est-à-dire vers le 7e ou le 9e jour de
leur vie ; dans tous les cas, les jeunes reines doivent être en ponte au plus
tard le 11e jour. Passé le délai de ces deux semaines, l’apiculteur obtiendra
sûrement des reines, mais celles-ci ne donneront jamais une bonne reine bien
féconde. À ce titre, Woyke (1970) a démontré que les reines qui s’accouplaient
tardivement, possédaient un degré de remplissage de leur spermathèque beaucoup
moins important. De même que des reines qui s’accouplent avec des faux bourdons
trop jeunes, ne reçoivent pas un nombre suffisant de spermatozoïdes. Les
résultats obtenus lors des comptages des spermathèques donnent les résultats
suivants : 2,2 à 2,423 millions alors que pour un accouplement en temps normal,
le nombre de spermatozoïdes est de 5 à 6 millions. Pour obtenir de bonnes
fécondations, il faut que les faux bourdons soient âgés d’au moins 14 jours. La
concentration des faux bourdons dans le secteur géographique influencera sur la
réussite des fécondations, donc sur la qualité des reines à venir. Les élever et
considérer leur élevage, comme celui des reines, permettra aux apiculteurs de
passer le cap de qualité des fécondations.
Développement
et
maturité sexuelle
Il
faut 24 jours de l’œuf à l’insecte parfait en ce qui concerne le développement
des faux bourdons, mais néanmoins, en cas de mauvais
temps, d’un refroidissement atmosphérique soudain ou d’un refroidissement du
couvain par exemple, le développement peut être rallongé de 2 jours et passe
ainsi à 26 jours de développement. à la naissance, les faux bourdons ont un
aspect velu, avec une dominance de couleur gris et possèdent un abdomen mou en
déféquant aisément si vous les tenez dans vos mains. Les faux bourdons sont
totalement dépourvus de dard, donc ils ne piquent pas. Au début de leur vie, le
faux bourdon s’accroche mal et tombe facilement soit sur le plancher ou sur le
sol lorsque l’apiculteur ouvre ses ruches. Il faut rajouter 12 jours, mais c’est
le temps minimum pour que les faux bourdons soient aptes aux fécondations. Les
faux-bourdons commencent à voler entre le 7e et le 10e jour, mais cela ne veut
pas dire qu’ils soient mûrs sexuellement.
La maturation des spermatozoïdes s’opère pendant leur passage des testicules
dans les tubes séminifères et sera terminée entre le 6e et le 9e jour suivant la
naissance. Un grand nombre de faux bourdons âgés de 10 jours sont capables
d’érection, mais la faculté d’érection sera à son maximum vers le 12e jour. Leur
longévité dépendra essentiellement des conditions d’élevage et des conditions
atmosphériques saisonnières. En cas de changement brutal du climat ou en cas de
disette, les abeilles attaquent et
dévorent
le couvain de faux bourdons, elles y trouvent des protéines. Les données que
nous avons sur la longévité des faux bourdons en totale liberté sont de 54 jours
de moyenne (Howell et Usinger, 1933). D’autres, comme H. Ruttner, (1968),
annoncent une longévité de plus de 70 jours avec une capacité de vol et d’être
encore actifs. Mais plus on avance dans la saison, plus leur espérance de vie
diminue. D’après Drescher (1968), pour le mois de juillet, leur longévité
moyenne est de 23 jours et seulement 3 % des faux bourdons sont encore en vie
après 40 jours. D’après les expériences de Witherell (1972) qui a étudié la
longévité moyenne sur des mâles sauvages pour une durée de 21,2 jours,
l’enfermement des mâles dans une hausse fermée par une grille à reine, abrège
considérablement leur vie. D’après Mackensen et Roberts (1948), de nombreux
mâles meurent au bout de 25 jours, alors qu’un tout petit nombre d’entre eux
atteint les 35 jours d’encagement. L’expérience de Mindt (1962) reste
intéressante en
ce qui concerne l’érection des mâles suivant le mois retenu. Par exemple, en
soumettant les mâles à une même excitation, 76 % d’entre eux rentrent en
érection en mai, 92 % en juin et 95 % en juillet. Leur phase d’activité
journalière se situe entre 12 et 16 heures. Si vous devez marquer des faux
bourdons, il vaut mieux le faire le matin avant 10 heures, ou le soir vers 18
heures, sinon vous perdrez un nombre important de faux bourdons, qui prendront
leur envol. Suivant leur âge, les faux bourdons ne se tiennent pas sur les mêmes
cadres, au début de leur vie, ils se trouvent sur les cadres de couvain ouvert,
mais à mesure qu’ils mûrissent ils se dirigent sur les bas des cadres et près du
trou de vol et les cadres de rive. Les faux bourdons plus âgés mais ayant
atteint une bonne maturité sexuelle restent nerveux et ont tendance à fuir lors
de l’ouverture des ruches, allant même jusqu’à se cacher sous les abeilles. Les
faux bourdons sont fragiles et sensibles aux refroidissements, isolés des
abeilles, ils s’engourdissent rapidement au-dessous de 25 °C. Cet
engourdissement leur laisse des séquelles au niveau de l’érection et de la
quantité ainsi que de la qualité de sperme. La quantité de sperme que donne un
faux bourdon est de 1,25 microlitre, mais pour l’insémination, un technicien ne
peut en récolter pas plus de 1 microlitre. Plus les mâles sont mûrs, plus la
liqueur séminale est colorée de couleur jaune crème, se détachant parfaitement
du mucus, qui reste blanc neige. Plus l’âge des mâles avance dans le temps, plus
l’érection est rapide et brutale allant même jusqu’à l’éclatement de
l’endophallus. Afin de rallonger la durée de présence des faux-bourdons dans un
secteur géographique, il suffit d’orpheliner quelques ruches, ces dernières ne
tuent pas les mâles à la fin de l’été, mais les gardent quelques semaines
supplémentaires tout en les nourrissant. Pour que l’élevage de faux bourdons
soit réussi et de bonne qualité, il ne faut pas dépasser le nombre de 2 000
individus par ruche. Si ce nombre est dépassé, leur vitalité et leur aptitude
pour les fécondations en seront fortement contrariées.
Déplacement
et lieux de rassemblement de faux bourdons
Les faux bourdons ont une curieuse manière de se rassembler dans des endroits
spécifiques qui sont souvent liés à un facteur de chaleur de l’endroit. Ces
lieux se trouvent délimités avec précision et ils restent les mêmes chaque
année. Ils se caractérisent par la présence de faux bourdons sans qu’il y ait la
présence de reine. Les faux bourdons sont capables de franchir des obstacles
rocheux d’une altitude de 1 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, sans
aucune
difficulté. Les faux bourdons s’orientent à l’aide des repères de l’horizon.
Grâce à cette action, les contrastes puissants exercent une force attractive
particulièrement grande. Ainsi le vol dans plusieurs directions présente des
intensités différentes. P. Jean-Prost (1958) fut le premier à identifier et à
parler des lieux de rassemblement des mâles. Ses observations faites sur les
lieux de rassemblement dans le Sud de la France et le Massif Central, ont permis
de comprendre ce phénomène. Il existerait une synergie entre les caractères
héréditaires, qui répondraient à un stimulus seulement pendant le vol à une
certaine altitude et dans certains lieux. Les lieux de rassemblement situés à
une distance de 4 km sont mieux fréquentés par les reines que ceux situés de 6 à
7 km. Grâce à l’étude de ces lieux de rassemblement, on a pu observer et
découvrir que les reines s’accouplent à une distance moyenne de 2,5 km et à une
distance maximale de 5 km de leur ruche. Mais néanmoins quelques observations
ont démontré que les reines et les faux bourdons étaient venus de 7 km pour
s’accoupler. Cette notion de distance est très importante pour tout apiculteur
qui désire donner du sang nouveau à son élevage. La diversité des faux bourdons
par rapport aux reines ne sera que plus bénéfique pour obtenir des élevages de
qualité. Changer de secteur géographique pour faire féconder des reines reste un
avantage pour obtenir de bonnes reines fertiles, avec un taux de variabilité du
couvain très important. C’est grâce aux travaux de Gary qui découvre que les
faux bourdons sont attirés par les reines par une substance sexuelle identique à
la substance de reine appelée acide ceto-9-décene-2-oïque sécrétée par les
glandes mandibulaires. Gary démontra également que ce pouvoir d’attraction ne
devient effectif qu’en l’air et à une certaine altitude en fonction des
conditions jusqu’à 30 m. D’autres stimuli actifs participent à attirer les faux
bourdons, comme le vol et en dernier ce sera l’ouverture de la chambre de
l’aiguillon.
L’hérédité,
la transmission de caractères utilisables
Les performances d’une colonie dépendent principalement de la vigueur des
abeilles qui constituent la ruche, mais les mâles qui constituent la colonie
transmettent la capacité du rendement. Sur ce point, les faux bourdons, sont
tout aussi importants que les reines. Une règle importante en élevage est de
bien considérer qu’au moment des accouplements, les reines doivent trouver le
plus grand nombre de mâles sélectionnés avec l’orientation choisie par
l’apiculteur. Au sujet de la pollinisation, Nye et Mackensen (1965) ont démontré
que la récolte du pollen de luzerne est héréditaire et qu’il était possible de
sélectionner des lignées avec une forte tendance ou une faible tendance à
récolter le pollen de luzerne. IIs ont remarqué également qu’il existait une
corrélation significative pour la récolte du pollen de luzerne entre des
colonies qui possédaient des reines sœurs, comparée à des colonies non
apparentées. Dans cette expérience, Nye et Mackensen ont sélectionné une lignée
à forte tendance à récolter le pollen de luzerne, le pourcentage moyen des
butineuses pour ce pollen augmentait de 39,8 % dans la seconde génération à 49,8
% dans la troisième génération, à 66,4 % dans la quatrième génération et à 86,2
% dans la cinquième génération. Quant aux lignées à faible tendance à récolter
le pollen de luzerne, les chiffres étaient de 26,2 % dans la seconde génération,
à 14,8 % dans la troisième génération, à 7,6 % dans la quatrième génération et
7,2 % dans la cinquième génération. Mais lorsque des reines de la lignée à forte
tendance à récolter le pollen de luzerne se sont accouplées librement, le
pourcentage de butineuses de pollen de luzerne atteignait encore 52,6 %.
Une autre piste de sélection intéressante est la résistance aux maladies
infectieuses comme la loque américaine. Bien avant que l’on utilise
l’insémination artificielle, on avait constaté que la résistance à la loque
américaine est héréditaire (Sturtevant, 1920 ; Park, Pellet et Paddock, 1937).
L’expérience de Rothenbuhler (1964) a fait la preuve de différences importantes
dans le comportement de 4 lignées endogames, à l’égard du couvain mort de loque
américaine. Tout d’abord des différences génétiques furent observées. Deux
lignées endogames mirent des temps complètement différents à évacuer le couvain
mort à l’acide cyanhydrique, (expérience de Jones et Rothenbuhler, 1964).
L’expérience a démontré que les colonies d’abeilles jeunes et résistantes
évacuaient toutes les larves tuées par la loque américaine ; alors que les
colonies avec des abeilles âgées de plus de 4 semaines n’évacuaient les larves
mortes que pendant la miellée. Rothenbuhler effectua des croisements et
identifia en retour quatre types de colonies en 1 – des colonies qui
désoperculent les cellules et évacuent les larves mortes en 2 – des colonies qui
se contentent de désoperculer les cellules en 3 – des colonies qui évacuent le
couvain mort de cellules désoperculées par l’apiculteur en 4 – des colonies qui
ne désoperculent pas les cellules et n’évacuent pas non plus le couvain mort. En
résumé les abeilles adultes de lignées génétiques différentes protègent aussi
les larves à des degrés différents, le caractère de résistance à la loque
américaine est héréditaire. Naturellement je ne vous donne ici que deux exemples
de caractères héréditaires, d’autres caractères, qui peuvent s’apprécier par un
calcul, comme le nombre de crochets alaires, sont également héréditaires. Les
résultats obtenus par Drescher en 1971 montrent que la reine et le mâle
influencent presque également la formation phénotypique de la caractéristique
chez les descendants.Suivant le travail de sélection désiré, l’apiculteur
effectuera un choix d’obtenir des reines, soit pour faire du miel, soit pour
faire des reines d’élevage. Dans les deux cas la transmission de certains
caractères sera présente chez les descendants et c’est ainsi que la conservation
de la lignée se perpétuera dans le temps. L’échange, entre plusieurs
apiculteurs, de reines qui seront fécondées hors du territoire géographique de
la lignée, donne d’excellents résultats pour maintenir un certain dynamisme,
nécessaire pour améliorer une lignée servant à la production. Pour atteindre un
but rapidement, beaucoup d’apiculteurs effectuent une sélection dans une même
race afin d’écarter au plus vite l’influence d’une autre race, ainsi ils
atteignent avec succès le résultat espéré. Les résultats ouvrent des espérances
aussi bien pour conserver des lignées que pour commercialiser des abeilles qui
posséderont un taux de variabilité de couvain à son maximum, ainsi les produits
obtenus, auront plus de vigueur et une meilleure résistance.
Avec l'aimable autorisation de la revue
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| Réalisation : Gilles RATIA Mise à jour : 03/04/02 APISERVICES - Copyright © 1995-2005 |
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