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| LA REUNIONRéglementation européenne des produits phyto-sanitaires |
Face aux normes drastiques imposées par Bruxelles, la FDSEA a décidé de mettre au parfum ses adhérents en matière de produits phytosanitaires. Objectif de ces prochains mois : demander la dérogation des molécules indispensables et former les agriculteurs à une meilleure utilisation de ses matières actives.
Au
total, ce sont près de neuf cents molécules de désherbant,
insecticides, fongicides ou adjuvants qui doivent passer au banc d’essai
de l’AMM (autorisation de mise sur le marché) pour vérifier
qu’elles ne comportent aucun risque pour l’environnement, le producteur
ou le consommateur. “Cette réglementation part d’une bonne
intention mais son processus risque de coûter cher à la Réunion”,
souligne Jean-Bernard Hoarau, le président du syndicat agricole.
Pour qu’un produit puisse être re-homologué, il faut en effet
que chaque firme fabricante décide de “notifier” ou non ses
molécules. Ensuite, c’est à la commission européenne
de décider si elles peuvent être inscrites sur la liste positive
pour une période de dix ans renouvelable, ou si elles doivent être
retirées du marché.
“Compte tenu de notre climat tropical, nous ne pouvons pas utiliser tout à fait les mêmes molécules qu’en métropole, explique le président de la FDSEA. Nous devons donc réfléchir à des produits qui nous soient propres mais qui soient également suffisamment demandés pour être rentables”.
A la Réunion, la COROI-SREPC
est la principale firme importatrice de produits phytosanitaires. Pour faire
re-homologuer certains de ses produits, cette société portoise
investit globalement l’équivalent d’un million d’euros
par jour. Le choix entre un produit très utile à l’utilisateur
mais peu rentable pour le producteur et un autre tout aussi utile mais acheté
en masse est donc vite fait.
Si l’on prend l’exemple de la filière canne, en moins d’un
an, pas moins de trois matières actives (ou molécules) ont ainsi
été retirées du marché des herbicides homologués
sur canne à sucre.
LA DISPARITION DE LA TOMATE PAYS ?
Or,
pour continuer à utiliser des produits non re-homologués, les
agriculteurs jouent pour l’instant la carte des dérogations. Mais
jusqu’à quand ?
Dans le cas de la tomatone, utilisée pour féconder la fleur de
tomate sous serre, la prolongation s’achèvera fin mai. Deux alternatives
s’offrent aux maraîchers. Ou bien ils importent des bourdons qui
dissémineront eux-mêmes le pollen. Mais ça, les apiculteurs
n’en veulent pas parce que l’insecte pourrait nuire
à leurs abeilles. Ou bien une firme accepte de re-homologer
le produit. Ce dont on peut douter compte tenu des faibles retombées
économiques de la tomatone qui ne se vent qu’à hauteur de
500 litres par an sur l’ensemble de l’île.
“Le problème, c’est
que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde, observe
Marie-Rose Séverin, maraîcher à Petite-Île. A Maurice,
les producteurs de tomates utilisent des produits phytosanitaires qui ne sont
pas aux normes européennes. Et pourtant, leur importation est tolérée
à la Réunion. Comment pouvons-nous faire face à cette concurrence
? ”
Pour mieux préparer les agriculteurs réunionnais à cette
nouvelle réglementation, deux mille d’entre eux devraient bénéficier
au cours de cette année d’une formation obligatoire de quatre heures
à l’utilisation des produits phytosanitaires. Reste toutefois à
convaincre les principaux concernés de laisser leurs cultures le temps
d’une demi-journée pour se faire enseigner ce qu’ils pensent
peut-être déjà savoir...