Paris, le 15 janvier 1999
Le gouvernement a décidé vendredi de bannir provisoirement
l'insecticide Gaucho de Bayer des champs de tournesol français, afin de protéger
les abeilles des éventuels effets négatifs de ce produit, dans l'attente des
résultats d'études complémentaires demandées à la firme agrochimique allemande.
La décision du ministre de l'Agriculture Jean Glavany est une victoire pour les
apiculteurs français qui demandaient le retrait de l'autorisation de mise sur
le marché du Gaucho (imidacloprid) qui enrobe les semences de tournesol.
Les apiculteurs sont convaincus que ce puissant neurotoxique, chargé de
détruire les pucerons et les ravageurs du sol, est responsable du phénomène
de disparition des abeilles observé en France depuis quelques années.
L'interdiction provisoire du Gaucho pour les cultures de tournesol constitue à
l'inverse un revers pour la firme Bayer, convaincue que son produit n'est pas la
cause de la chute de la population des ruches et de la baisse de la production
de miel de tournesol. Bayer entend réaliser "le plus vite possible"
les études complémentaires demandées, a déclaré à l'AFP Gérard Eyries,
directeur marketing de Bayer-Agro France, filiale du groupe allemand. "Plus
vite nous convaincrons le ministère de l'innocuité de notre produit sur les
abeilles, plus vite nous pourrons remettre notre produit sur le marché",
a-t-il dit.
La mesure de retrait de l'autorisation de mise sur le marché du Gaucho utilisé
sur les semences de tournesol porte sur l'ensemble du territoire national, afin
de faciliter le contrôle de son application, a précisé le ministère dans un
communiqué.
Le ministère a décidé en outre de mener une enquête épidémiologique
complémentaire pour déterminer si d'autres facteurs pourraient être
responsables ou co-responsables du phénomène de chute de population dans les
ruches.
Pour prendre sa décision, M. Glavany s'est appuyé sur l'avis émis le 16
décembre par la Commission des toxiques du ministère de l'Agriculture.
Composée d'experts, celle-ci avait estimé que les dernières études ne
permettaient pas de "conclure à un effet indiscutable" du Gaucho sur
les abeilles. Mais elle considérait qu'il n'était "pas possible non
plus d'exclure totalement l'effet de l'imidacloprid", compte tenu de sa
toxicité à faible dose. La Commission recommandait des études
complémentaires sur la présence de l'insecticide dans les parties de la plante
accessibles à l'abeille, sur les limites de la toxicité du produit et sur la
durée de la persistance de l'imidacloprid dans les sols. Elle souhaitait que
les résultats de ces travaux soient connus dans les deux ans.
La Commission ne demandait pas le retrait du Gaucho. Dans l'attente des
résultats des nouvelles études, elle proposait de reconduire les zones
d'interdiction provisoire d'emploi du Gaucho instaurées l'an dernier. En 1998,
l'utilisation de l'insecticide avait été suspendue dans trois
départements-tests (Deux-Sèvres, Indre et Vendée) afin de mener des études
en plein champ.
Le Gaucho est un produit phare pour Bayer. Utilisé également sur le maïs, la
betterave ou les céréales, il représente au total 35% du chiffre d'affaires
de Bayer Agro France, soit environ 400 millions de francs. Son utilisation sur
tournesol représente un dixième de cette somme, a indiqué M. Eyries. Près de
la moitié (46%) des cultures de tournesol en France ont été traitées en 1997
avec du Gaucho, soit plus de 410.000 hectares.
Envie
de réagir ?
Entrez dans le
FORUM
Apiservices - Galerie Apicole Virtuelle - Page d'accueil