Lettre ouverte à M. Martin HIRSCH,  Directeur-Général de l’AFSSA

Syndicat des Apiculteurs Professionnels des Pays de la Loire et de Poitou-Charentes
Président : Guy BROSSIER
Secrétaire : Philippe VERMANDERE (02.51.52.80.65 – philippe.vermandere@wanadoo.fr)

Les adhérents du SAP-PLPC, réunis le 11 janvier 2005 en assemblée générale à Saint-Lin (79) ont pris acte que l’Unité « Pathologie de l’Abeille » de l’AFSSA / Sophia Antipolis persiste  dans la défense de son "Étude expérimentale de la toxicité de l’imidaclopride distribué dans le sirop de nourrisseurs à des colonies d’abeilles" : sa réponse en date du 5 janvier 2005 sur apiculture.com, aux critiques exprimées par un groupe de réflexion de vétérinaires-spécialistes de la pathologie apicole, sous la direction du Dr. J.M. Barbançon, confirme son choix d’affronter ce qu’il convient d’appeler un consensus parmi les scientifiques. 

Le « Groupe de Travail Abeilles de la Commission des Toxiques », auquel s’est pourtant associée l’AFSSA / Sophia-Antipolis, a lors de sa réunion du 25 mars 2004 “considéré que cette expérimentation a été menée avec des méthodes grossières affectant la précision de données importantes.  ( … )  l’entrée expérimentale  d’imidaclopride est peu représentative de celle qui a lieu en conditions de terrain ” . Ce « Groupe de Travail Abeilles » conclut : “ L’étude (…) n’a pas été jugée de nature à remettre en cause cette conclusion (ndlr : d’un risque important de l’abeille dans les différents scénarios d’exposition), du fait de la faible exposition des abeilles et donc de sa faible représentativité  par rapport à l’exposition des colonies d’abeilles lors d’une miellée de tournesol ” (d’après C.R. réunion 25.03.04 sur site du MAAPR)

La Commission des Toxiques dans son avis du 12 mai 2004, s’agissant du Gaucho (maïs / tournesol) conclut :    (…) compte tenu des conclusions du CST (…) et du caractère limité des études expérimentales de l’AFSSA, la Commission des Toxiques considère qu’il existe un risque important  (d’après C.R. réunion 12.05.04 sur site du MAAPR/ SSM). Nous notons que dans cette formulation, - implicitement - la Commission des Toxiques semble avoir compris que les conclusions de l’AFSSA n’allaient pas dans le sens de celles du CST, qui exprimaient un risque important.

Leur capacité d’expertise en matière d’affaiblissements des colonies en régions de grandes cultures et leur expérience de la miellée de tournesol, autorisent les apiculteurs professionnels - et notamment ceux des Pays de la Loire et de Poitou-Charentes - à qualifier les critiques adressées par le groupe de réflexion autour du Dr. Barbançon  d’assurément judicieuses et fondées, même si à leur sens, elles ne sont pas exhaustives. Comme lui ils déplorent que le protocole conçu par l’AFSSA Sophia-Antipolis n’est pas pertinent. Outre son erreur première de mesurer - plutôt que la dépopulation - des mortalités (lesquelles n’ont pourtant été observées sur floraisons estivales de cultures qu’à de rares occasions), ses insuffisances en termes de la compréhension de la colonie d’abeilles et de la miellée de tournesol, mais aussi en termes de connaissances et de maîtrise de la pratique apicole, ont rendu la tentative de réduire des évènements de terrain dans un protocole d’études, vaine. Le moment venu, ce point de vue pourra être développé. S’il est de bonne guerre que l’AFSSA tente de discréditer le groupe autour du Dr. Barbançon, en citant certaines de ses phrases, seul 2 d’entre elles sont finalement recevables :

-  l’AFSSA a raison d’objecter qu’elle n’a jamais cherché à “évaluer la mortalité normale en pesant les colonies” , mais il faut noter  que cette phrase malheureuse n’affaiblit en rien l’argumentaire de fond.                                                                                                

-  comme elle peut aussi faire valoir que son rapport ne conclut pas à l’innocuité de l’imidaclopride. Observons toutefois que depuis le 26 février 2004 (article du Figaro sous le titre : « Le Gaucho ne tue pas selon une étude jamais rendue publique ») il a souvent été prétexte pour soutenir « l’absence de lien entre Gaucho et les problèmes des abeilles » (Bayer CropScience dans le communiqué AFP du 25.05.04) : il faut admettre que la présentation du rapport n’a pas su éviter une certaine ambiguïté (voir aussi ci-haut : avis de la Commission des Toxiques)

La publication annoncée de l’étude, sous le titre "Experimental study on the toxicity of imidacloprid given in syrup to honey bee (Apis mellifera) colonies"  dans "Pest Management Science", revue internationale à comité de lecture, peut-elle pour autant être interprétée comme validation de l’étude par le monde scientifique ? Rien n’est moins sûr…  La valeur et la probité scientifique d’un article qui rompt avec un consensus scientifique (i.c. celui du risque important pour l’abeille de l’imidaclopride, à travers le Gaucho sur maïs et tournesol), seront d’autant moins reconnues que sa publication est prévue dans la revue "Pest Management Science" : BayerCS, le propriétaire de l’imidaclopride, est lié à la « Society of Chemical Industry », détentrice du copyright de la dite revue ! Il n’est pas inutile de rappeler que plusieurs études réalisées par BayerCS, lesquelles - presque naturellement - avaient été publiées dans cette revue, ont en un deuxième temps, été récusées par le CST (Analyse des risques : Gaucho/abeilles - sept. 2003)

Par la même occasion, les adhérents du SAPPLPC ont appris que l’AFSSA/ Sophia Antipolis chargée de coordonner l’ « Enquête prospective multifactorielle des troubles des abeilles » entre l’AFSSA, les SRPV et le laboratoire d’analyse GIRPA /Angers a conclu son rapport intermédiaire, présenté les 6/7 janvier dernier au Comité de pilotage MIEL, par la phrase :   Ces premiers résultats  (confirment l’intérêt indéniable de l’enquête … et ) montrent une fois encore, la complexité du problème des affaiblissements ”. Pourtant les résultats des analyses du GIRPA, attestent d’une contamination généralisée par le fipronil et surtout par l’imidaclopride, des pelotes de pollens ramenées tout au long de la saison à la ruche. Quand des niveaux de contamination par ces molécules et leurs dérivés, de l’ordre de 0,1 µg/ kg, voire moins, sont réputés induire des effets délétères sur l’abeille, la conclusion lapidaire de l’AFSSA relève soit de l’aveuglément, soit de la partialité étant entendu que jusqu’à preuve du contraire l’enquête ne révèle pas d’autres pistes significatives.

A la sortie de l’hiver 2002-03, des échantillons de pelotes de pollen, essentiellement de végétation spontanée, peuvent être contaminés par du fipronil et/ou son dérivé sulfone et/ou son dérivé désulfinyl, quelque soit le département concerné par l’enquête (Gard, Yonne, mais surtout Gers, Eure et Indre) : on détecte au moins un des 3 composés recherchés du fipronil dans 46 % des pelotes de pollen de sortie d’hiver (Limite de Détection LD = 0,3 µg/ kg).

Quant à l’imidaclopride, au titre duquel sont recherchés la molécule-mère et le dérivé acide 6 chloronicotinique, au moins 1 de ces 2 composés est détecté (LD = 0,3 µg/ kg) dans 70 % des pelotes de pollen, peu importe le département (entre 61% pour le Gard et 77% pour le Gers), et peu importe le moment de la saison (fin hiver, printemps, été, automne 2003

En novembre dernier dans une tentative de comprendre le bilan « Constatation des troubles des abeilles » dressé par la DGAl à partir des réponses des DDSV à son enquête, les adhérents du SAPPLPC avaient consigné leurs réflexions dans un document, qui vous est joint à cette lettre. L’Unité « Pathologie de l’Abeille » de l’AFSSA / Sophia Antipolis y est citée dans le corps du texte comme acteur de cette action voulue par la DGAl, et fait également l’objet de son annexe 4., d’où il ressort qu’un contentieux lourd existe entre l’AFSSA et les apiculteurs.

Aussi les adhérents du SAPPLPC demandent-ils au Directeur-Général de l’AFSSA, de vérifier le bien-fondé et la véracité de leurs interrogations ; et en conséquence de quoi, de prendre toutes les mesures susceptibles de régulariser les relations entre l’AFSSA et la filière apicole.

Le 19 janvier 2005.
Guy BROSSIER
Philippe VERMANDERE


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